1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

A la Cop31, comment dépasser le stade des grandes promesses ?

8 novembre 2026

La Cop31 s'ouvre ce lundi à Antalya et pourrait miser sur la question de l'électrification pour obtenir des avancées concrètes contre le réchauffement.

L'entrée de la Cop31 à Antalya.
Les objectifs des sommets sur le climat se heurtent régulièrement au besoin d'un large consensus pour adopter une déclaration commune.Image : Orhan Cicek/Anadolu/picture alliance

Avec sa musique entraînante, ses images spectaculaires et son déluge d'effets spéciaux, le message clé de la vidéo promotionnelle d'Antalya est clair : la Turquie, qui accueille la 31e édition de la conférence de l'Onu sur le climat, serait une destination moderne et surtout, soucieuse de l'environnement.

Le président Recep Tayyip Erdogan et son épouse, Emine, font tous deux une apparition dans cette vidéo promotionnelle. La première dame qualifie le changement climatique d'"une des manifestations les plus visibles du fardeau que l'activité humaine a fait peser sur notre planète".

Du 9 au 20 novembre, des délégués d'un peu moins de 200 pays se réuniront ainsi dans la ville côtière d'Antalya.  Si la Turquie en est l'hôte officiel, c'est l'Australie qui mènera les négociations marathon.

Sécheresses, canicules, feux de forêt et niveaux d'eau historiquement bas dans les principaux cours d'eau européens : ce sommet sur le climat arrive après un nouvel été marqué par des urgences climatiques, que ce soit en Europe ou ailleurs dans le monde.

Fin août, une série de crues soudaines, déclenchées par une avalanche de roches et de glace au Népal et au Tibet, a emporté des villages entiers, faisant plus de 1 400 morts et des milliers de personnes portées disparues.

Les experts climatiques ont établi un lien entre cette catastrophe, la fonte des glaces ainsi que le réchauffement climatique.

Des niveaux record de gaz à effet de serre

À l'échelle mondiale, les émissions de dioxyde de carbone continuent d'augmenter. Les concentrations de gaz à effet de serre, principal moteur du changement climatique, ont atteint un niveau record en 2025, vouant la planète à "un avenir plus chaud", a averti l'Onu, fin octobre. 

L'organisation estime qu'il n'est plus possible de limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, l'objectif convenu lors de l'Accord de Paris à la Cop21 en 2015.

La transition mondiale visant à abandonner les combustibles fossiles polluants, comme le charbon, le pétrole et le gaz, sera, une fois de plus, le principal sujet à Antalya.

À ce jour, aucun consensus n'a été trouvé sur les énergies fossiles, qui sont pourtant la principale source de réchauffement climatique.

Lors des Cop, la difficulté à décrocher un consensus

Malgré ces revers, le monde a réalisé certains progrès grâce à l'Accord de Paris.

David Victor, expert en climatologie à l'université de Californie à San Diego, explique qu'avant la Cop en 2015, la planète se dirigeait vers une hausse moyenne des températures comprise entre 3 et 3,5 °C. 

Si les engagements climatiques actuels étaient pleinement mis en œuvre, les dernières projections de l'Onu indiquent une hausse pouvant atteindre 2,6 °C. Il s'agit d'un progrès significatif, même si un réchauffement de cette ampleur aura des conséquences à l'échelle mondiale.

"Il ne fait aucun doute que nous pourrions en faire davantage", note David Victor, qui tempère toutefois les ambitions de la Cop31.

Au Burundi, le combat pour faire renaître les lacs

05:58

This browser does not support the video element.

Tous les accords conclus lors de ces conférences sur le climat doivent faire l'objet d'un consensus unanime, ce qui signifie que chaque État a la capacité faire échouer les principales résolutions. À ce défi s'ajoutent les guerres en cours, les conflits commerciaux et d'autres difficultés économiques qui vont peser sur les négociations de cette année.

"C'est comme un gigantesque sapin de Noël sur lequel chacun a accroché ses propres décorations, et le sapin craque sous le poids, alors qu'on continue à y ajouter des décorations", compare David Victor.

Négocier dans des cadres plus restreints

Plutôt que d'attendre que tous les États membres de la Cop parviennent à un accord, l'expert voit des chances de changement dans ce qu'il appelle des "clubs", c'est à dire des alliances plus restreintes entre gouvernements et entreprises qui collaborent pour offrir des solutions concrètes, que ce soit dans l'aviation, le transport maritime ou l'électromobilité.

"Le processus de Paris est important et doit aller de l'avant, dit David Victor. Mais tout le travail se fera au sein de ces clubs."

La Conférence de Santa Marta, en Colombie, consacrée à l'abandon des énergies fossiles et qui s'est tenue en avril dernier, illustre bien cette approche.

La Colombie et les Pays-Bas avaient invité des représentants de 57 pays et de secteurs économiques clés à discuter des moyens d'abandonner progressivement le charbon, le pétrole et le gaz, après l'échec d'un accord lors du sommet sur le climat de 2025, suite à l'opposition de plusieurs États producteurs de pétrole.

Augmenter l'électrification

Compte tenu des conflits commerciaux actuels et de la crise énergétique, la Turquie et l'Australie, ont inscrit l'industrialisation verte et la transition vers les énergies propres parmi leurs objectifs. L'un de ces objectifs consiste à porter la part de l'électrique dans la consommation énergétique mondiale à 35 % d'ici 2035, contre environ 20 % aujourd'hui.

Une récente analyse de l'Agence internationale de l'énergie (IEA) montre qu'une accélération de l'électrification pourrait réduire la facture énergétique des pays importateurs de combustibles fossiles de plus de 400 milliards de dollars (357 milliards d'euros) d'ici 2035, par rapport à 2025. Cette idée pourrait séduire les régions dépendantes de ces importations, parmi lesquelles l'Allemagne et l'Union européenne.

Bamako : des bus portent des messages sur le climat

02:37

This browser does not support the video element.

Le ministre allemand de l'Environnement, Carsten Schneider, a déclaré que "l'Allemagne et l'UE souhaitaient donner un nouvel élan à l''élimination progressive des combustibles fossiles à l'échelle mondiale".

Les pays producteurs de pétrole comme l'Arabie saoudite y voient toutefois une menace pour leur modèle économique et ont, à plusieurs reprises, bloqué un accord final incluant des plans de sortie progressive des énergies fossiles.

Même la Chine, malgré son expansion massive des énergies éolienne et solaire au cours des 20 dernières années, pourrait cette fois encore s'opposer à cette idée. La superpuissance économique rejette traditionnellement toute exigence, proposition ou ingérence extérieure concernant ses décisions nationales en matière de politique énergétique.

La solidarité financière n'existe que sur le papier

Tous les pays du monde sont touchés par le changement climatique, les pertes et dommages liés à la chaleur, aux sécheresses et aux cyclones tropicaux se chiffrant en centaines de milliards de dollars. Les plus durement touchés sont les pays du Sud et les nations insulaires, qui risquent de disparaître avec l'élévation du niveau de la mer.

Ainsi, les pays en développement réclament davantage de soutien financier. Lors de la Cop29 à Bakou, en Azerbaïdjan, les pays industrialisés se sont engagés à débloquer au moins 300 milliards de dollars par an pour le financement de la lutte contre le changement climatique d'ici 2035.

Mais la manière dont seront débloquées ces fonds reste floue. Parallèlement, des pays parmi les plus industrialisés, notamment les États-Unis, ont réduit leur aide au développement.

Le gouvernement allemand n'a, quant à lui, débloqué que 4,7 milliards d'euros de son budget 2025 pour le financement international de la lutte contre le changement climatique, contre 6,1 milliards d'euros en 2024.

"Le niveau de soutien financier accordé aujourd'hui aux pays en développement est loin d'être suffisant", se désole Jan Kowalzig, expert en climatologie chez Oxfam Allemagne.

Et ces promesses de financement non tenues risquent d'entamer sérieusement la confiance dans les négociations sur le climat.

Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW