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Course à l'IA : la Chine dans le rétroviseur des Etats-Unis

Ehl David
23 septembre 2026

Donald Trump dénonce les appels à freiner le développement de l'IA, y voyant un avantage concurrentiel pour la Chine.

Donald Trump de retour de New York, tient un parapluie.
Donald Trump, qui s'oppose à tout a annoncé que les documents officiels américains allaient abandonner le terme "IA" au profit de "super intelligence". Image : Matt Kaminsky/ZUMA/picture alliance

Alors que depuis des semaines, des experts et décideurs de grandes entreprises d'intelligence artificielle (IA) appellent à ralentir le rythme de développement de la technologie, le président américain Donald Trump a d'abord qualifié ces craintes et mises en garde de "supercherie" qui seraient orchestrée selon lui par le camp démocrate et ce qu'il appelle la "gauche radicale". 

Quelques jours plus tard, après une nouvelle attaque en règle contre les démocrates, Donald Trump annonçait la création d'une "Force IA" (AI Force), sur le modèle de la Space Force, la sixième branche des forces armées qu'il avait créée lors de son premier mandat. 

"J'annoncerai très prochainement la nomination d'un "tsar" de l'IA", a expliqué le président américain, sans donner davantage de détails sur le fonctionnement de cette force dédiée à l'IA. 

Qu'a exactement annoncé Donald Trump ? 

Donald Trump a accusé les démocrates de diffuser de fausses informations sur les dangers de l'IA afin d'obtenir la "décimation ou destruction" de la technologie. "Au contraire, nous allons la chérir, l'aider et veiller sur elle", a dit le républicain. 

Pour le poste de "tsar", donc de représentant spécial pour l'intelligence artificielle, le président a appelé "uniquement les personnes ayant un QI élevé" à postuler. Il n'a en revanche pas précisé les missions qui incomberont à ce poste. 

Dario Amodei appelle à ralentir le développement de l'IA.Image : Andrej Sokolow/dpa/picture alliance

La décision du milliardaire pourrait être une tentative de saper une initiative du gouverneur démocrate Gavin Newsom de Californie, critique féroce de Donald Trump et éventuel candidat à la primaire démocrate pour la prochaine présidentielle.  

Gavin Newsom avait signé la veille un décret destiné à pousser les entreprises de la Silicon Valley à prendre des mesures de sécurité supplémentaires pour gérer les risques de l'IA. Une piste serait d'imposer des systèmes capables de déconnecter et d'interrompre le fonctionnement d'un agent d'IA lorsque celui-ci devient incontrôlable pour l'humain. Plusieurs États américains, y compris ceux dirigés par les républicains, poussent pour une réglementation. 

Peur de la domination chinoise 

La compétition entre les États-Unis et la Chine pour le leadership de l'IA pourrait être comparée à la course à l'espace entre les États-Unis et l'ex-Union soviétique dans les années 1960. Actuellement, plusieurs entreprises américaines sont considérées comme leader sur le marché mondial et pour conserver leur avance sur les firmes chinoises, Donald Trump veut continuer à leur laisser carte blanche. 

Il ne s'agit pas seulement d'intérêts économiques : les Etats-Unis craignent qu'une domination chinoise dans le domaine de l'IA ne propulse la Chine au rang d'unique superpuissance mondiale. 

Ainsi, dans sa tribune, Dario Amodei, le patron d'Anthropic, a non seulement mis en garde contre les conséquences d'un développement incontrôlé de l'IA. Il y aborde également la concurrence sino-américaine

"Pour rester à la pointe au niveau mondial, il faudra coopérer avec la Chine, ce pays autocratique qui dispose de loin des capacités les plus avancées en matière d'IA", explique Dario Amodei. "Si nous limitons considérablement nos capacités en matière d'IA en pensant que la Chine fera de même, et que celle-ci fait ensuite cavalier seul, l'IA pourrait devenir si puissante qu'une telle dérive pourrait conduire à sa domination géopolitique". 

Le système de régulation chinois : l'IA au service de l'Etat

En Chine, les développements technologiques sont étroitement liés aux objectifs gouvernementaux. Dès 2017, le gouvernement central a publié un plan de développement pour une nouvelle génération d'IA. 

Un autre document stratégique prévoit des étapes clés par lesquelles la Chine compte passer pour atteindre la domination mondiale dans le secteur de l'IA d'ici 2030. Les réglementations sont appliquées par l'Agence chinoise du cyberespace (CAC), qui délivre également des licences. 

Une réunion préparatoire s'était tenue ce mercredi entre le ministre des Finances américain Scott Bessent et le vice-Premier ministre chinois He Lifeng.Image : Bai Xueqi/Xinhua/dpa/picture alliance

La réglementation en Chine garantit que les modèles d'IA ne contredisent pas la doctrine politique officielle. Par exemple, le chatbot chinois d'IA Deepseek fournit des réponses fidèles au régime à des questions politiquement sensibles, telles que Taïwan, le massacre de Tiananmen ou l'oppression des Ouïghours, comme l'a documenté la DW début 2025. 

Pour la Chine, la réglementation de l'IA repose donc sur les objectifs de l'Etat. C'est une nette différence avec les appels à davantage de garde-fous aux Etats-Unis, ou la réglementation visant à réduire les risques de dérapage de l'IA prévue par la législation de l'Union européenne. 

Un accord sur l'IA entre les États-Unis et la Chine ? 

Ce jeudi, Donald Trump doit recevoir le président chinois Xi Jinping pour un dîner d'Etat à la Maison blanche. Le commerce et l'intelligence artificielle sont annoncés comme figurant au haut de l'agenda pendant son séjour. 

Les Etats-Unis ont déjà suggéré la création d'un "mécanisme de notification" réciproque, face au risque de perte de contrôle. Il s'agirait d'échanger des informations sur les dangers liés à l'IA. La proposition a déjà été discutée lors d'une réunion entre le vice-Premier ministre chinois He Lifeng et le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent à New York dimanche. 

Scott Bessent a évoqué des négociations "très fructueuse", expliquant que "nous pensons que, comme pour toute autre activité transfrontalière, il est très important que la première et la deuxième superpuissance de l'IA évoluent vers plus de transparence".

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