Les Etats-Unis sanctionnent la présidente de la CPI
19 août 2026
"L'administration Trump est claire : la Cour pénale internationale (CPI) est une juridiction supranationale corrompue et fatalement politisée, qui abuse avec malveillance de son autorité et outrepasse son mandat" : c'est ainsi que débute le communiqué du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio.
Celui-ci rappelle que les Etats-Unis poursuivent ainsi leur "une campagne diplomatique" lancée en juillet dernier pour "lutter contre les abus de pouvoir de la CPI". Marco Rubio a promis de démanteler la Cour "brique par brique".
Si Washington avait déjà pris des sanctions contre des responsables de la juridiction internationale basée à La Haye, la Maison Blanche s'attaque cette fois à la présidente de la CPI, la Japonaise Tomoko Akane.
Cette dernière est juge depuis 2018 à la CPI, avant d'en être élue présidente en mars 2024.
Les Etats-Unis sanctionnent également le magistrat sénégalais Abdoulaye Seye, qui est l'actuel substitut du procureur de la Cour.
Tomoko Akane et Abdoulaye Saye sont désormais interdits de voyager aux Etats-Unis, où d'y effectuer des transactions immobilières ou financières.
La Japon, pourtant un allié des Etats-Unis, dénonce des mesures "regrettables", alors que Tokyo est le principal contributeur financier de la CPI.
Tomoko Akane a aussi bénéficié de la défense de l'Union européenne, qui affirme soutenir "fermement" la Japonaise. C'est aussi le cas de l'Allemagne. La diplomatie allemande estime en effet qu'il est d'une "importance centrale de défendre et de protéger la CPI en tant qu'institution indépendante".
Enfin, pour la Cour, les sanctions américaines "sapent l'Etat de droit" et constituent une "attaque flagrante contre l'indépendance d'une institution judiciaire impartiale".
Ces sanctions constituent principalement une réponse aux enquêtes menées par la CPI à l'encontre d'Israël, allié des Etats-Unis. La Cour a émis, en 2024, un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à cause de la guerre à Gaza.
Les Etats-Unis n'ont pas ratifié le traité international qui a institué la CPI. La Russie et la Chine, également membres du Conseil de sécurité de l'Onu, ne reconnaissent pas non plus la compétence de la juridiction, entrée en fonction en 2002.
D'autres pays ont récemment pris leurs distances avec la Cour, dont le Venezuela, proche de Washington depuis la capture par les Américains de l'ancien président Nicolas Maduro.
En Afrique, le Tchad a également annoncé, fin juillet, sa décision de se retirer de la CPI. Plusieurs sources estiment que cette décision est également le résultat d'une pression américaine.
Plusieurs sources estiment que l'annonce de la décision de retrait du Tchad aurait été prise à l'incitation des États-Unis, l'administration Trump étant remontée contre la CPI.
Officiellement, le Tchad estime que la CPI vise de manière disproportionnée les Etats africains.
Sur les treize enquêtes ouvertes par la Cour depuis son entrée en vigueur, neuf "concernent des États africains, contre quatre ouvertes dans d'autres régions du monde, mais sans avancées concrètes", explique le communiqué des autorités tchadiennes.
La décision du Tchad fait suite à celles des régimes militaires sahéliens du Burkina Faso, du Mali et du Niger qui ont, eux aussi, annoncé leur retrait de la CPI, début juillet, la qualifiant d'"instrument de répression néocoloniale aux mains de l'impérialisme".