Crise humanitaire au Kirghizstan
16 juin 2010
Les affrontements ont fait au moins 187 morts et environ 2 000 blessés depuis cinq jours. Des centaines de milliers de personnes ont pris la fuite pour échapper aux combats et beaucoup d'entre elles se retrouvent bloquées à la frontière de l'Ouzbékistan.
Ils sont des milliers à vouloir quitter le pays. « Aidez les Ouzbeks ! Laissez-nous passer ! » peut-on lire sur les pancartes des déplacés. Mais la frontière entre le Kirghizstan et l'Ouzbékistan reste fermée. Ceux qui ont fui les combats restent sur place et attendent, dans des conditions difficiles, comme l'explique cette réfugiée :
« Tout le monde souffre ici, beaucoup ont de la fièvre, presque tous sont malades. Beaucoup de personnes âgées ont eu des crises cardiaques et il n'y a pas assez de médicaments. »
Le gouvernement ouzbèk affirme avoir déjà accueilli plus de 100 000 réfugiés, plus qu'il ne peut gérer. Le pays a donc fermé sa frontière et ne laisse plus entrer que des blessés. Le Comité International de la Croix Rouge estime qu'environ 275 000 personnes ont été déplacées par les combats. Parmi les personnes bloquées à la frontière, personne ne veut retourner dans la zone des combats, où de nouveaux échanges de tirs ont eu lieu la nuit dernière. La peur règne parmi les déplacés, explique cette femme :
« Ils brûlent nos maisons, pourquoi, qu'est-ce qu'on leur a fait ? Il y a des cadavres partout dans les rues. Qui va nous aider ? »
D'où viendra l'aide ? C'est aussi la question que se posent ceux qui sont restés dans la ville d'Och. Les habitants fouillent les décombres pour trouver de quoi subsister. Ils n'ont plus de nourriture, ni de médicaments pour soigner les blessés. La situation est désepérée, estime cet habitant d'Och :
« Où est le gouvernement ? La population ne comprend pas. Pourquoi personne ne rétablit l'ordre ? »
Un premier cargo d'aide humanitaire internationale, envoyé par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a atterri dans l'est de l'Ouzbékistan. Deux autres devraient bientôt suivre. En visite à Berlin, le Haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres, a appelé à l'aide internationale, pour éviter que la « tragédie » des affrontements interethniques ne vire à la « catastrophe ». Selon lui, il est nécessaire de trouver une solution politique au conflit.
Auteur : Aude Gensbittel
Edition: Ibrahim Tounkara