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En RDC, la cryptomonnaie face aux banques qui ferment

12 novembre 2025

Dans l'est de la RDC, nombre d'habitants se tournent vers les cryptomonnaies alors que les banques sont fermées depuis la prise de Goma et de Bukavu par les rebelles.

Une personne tient son smartphone devant un ordinateur portable.
Plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde possèdent des cryptomonnaies.Image : Issouf Sanogo/AFP

En République Démocratique du Congo, de nombreux habitants de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, se tournent vers la cryptomonnaie pour tenter de gérer leur situation économique rendue difficile par la guerre entre l'armée congolaise et les rebelles de l'AFC/M23. Si certains y trouvent leur compte grâce aux parrainages, d'autres sont plus réticents : le recours, par le passé, à cette monnaie virtuelle ne leur ayant pas laissé un bon souvenir.

"Je n'ai pas de salaire, pas de travail"

Ainsi, Tino, la quarantaine et les yeux rivés sur son téléphone, focalise son attention sur une application de cryptomonnaie qui, selon lui, génère de l'argent depuis quelque temps. Alors que les banques de la région sont fermées depuis la prise des villes de Goma fin janvier et Bukavu mi-février par l'AFC/M23, il espère que la cryptomonnaie peut résoudre un tant soit peu ses problèmes financiers actuels et préfère opter pour cette solution plutôt que de faire dormir le peu d'argent qu'il lui reste.

"J'ai investi et après 45 jours j'ai eu 125% de mon investissement, assure-t-il. Si je me suis lancé, c'est à cause de la situation économique actuelle. Je n'ai pas de salaire, je n'ai pas de travail, tout est bloqué par la guerre. Quand j'ai vu qu'il y avait une situation qui pouvait me permettre de gagner 5 ou 6$ par jour, je me suis lancé parce qu'à un moment je me suis dit que si je ne le faisais pas je ne pourrai pas nourrir mes enfants. Pour investir, il faut acheter une sorte de monnaie virtuelle en ligne chez quelqu'un qu'on ne connaît pas, vous investissez dans une plateforme que vous ne connaissez pas, ça peut fermer aujourd'hui ou demain mais tout ce qui m'intéresse, moi, ce sont les dividendes que je gagne aujourd'hui."

"On ne construit pas la paix sur des fosses communes"

10:19

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La cryptomonnaie et ses risques

Cependant, d'autres habitants de Bukavu restent sceptiques face à ce genre d'opérations même si nombre d'entre eux vivent avec moins de deux dollars par jour. Ainsi, Eric Murhula affirme avoir été "victime d'une grosse arnaque, j'ai perdu à peu près 1500$ que j'avais investi dans Standard Capital. À un certain moment, on ne savait plus comment faire le retrait, le bureau a fermé, en ligne, le système n'était plus opérationnel.... Ceux qui pensent que ça pourrait marcher, bonne chance à eux mais moi par contre, même si je devais gagner dans les 10 minutes qui suivent, je n'ai plus ce courage."

Ecoutez le reportage à Bukavu...

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Maitre Maurice Mirindi, le vice-président de la société civile du Sud-Kivu, exhorte ses compatriotes en quête de gain facile à la prudence, malgré la vulnérabilité actuelle. Selon lui, "à ce jour, la cryptomonnaie n'est pas encore réglementée en RDC. Pourtant, on devrait tenir compte de son évolution actuelle pour épargner la population du danger qu'elle continue à courir car je dois vous dire qu'on a assisté à plusieurs opérations de monnaie électronique et très souvent ce sont les Congolais qui en sortent perdant. Je crois que le gouvernement congolais, à travers la banque centrale, devrait prendre des mesures dans l'urgence pour limiter les dégêts de sorte que demain ou après-demain, qu'il n'y ait pas une autre situation qui puisse mettre la population en difficulté."

Jusqu'à ce jour, ni l'accord signé à Washington entre la RDC et le Rwanda en juin ni la déclaration signée à Doha en juillet entre la RDC et l'AFC/M23 n'ont permis la réouverture des banques pour soulager l'économie. Pas plus qu'ils n'ont mis fin aux violences dans l'Est de la RDC.