Des jeunes de la RDC mécontents du travail parlementaire
30 avril 2026
Rares prises de parole en plénière, peu de propositions de loi, contrôle insuffisant de l’action gouvernementale, députés seraient absents de leurs circonscriptions pendant les vacances parlementaires : les critiques des jeunes de Beni dans l'est de la RDC figurent dans un rapport publié le mardi (21.04.26). Ils réclament davantage de transparence et de redevabilité de la part de leurs élus.
Ces jeunes en colère sont réunis au sein du collectif "Parlement citoyen" qui rassemble 64 jeunes du Nord-Kivu. Ceux-ci sont engagés dans le suivi de l’action publique et de la représentation politique. Leur objectif est d’évaluer le travail des élus et de renforcer le contrôle citoyen.
Pour Issa Muhima, président du Parlement citoyen du Nord-Kivu, les députés doivent rendre davantage de comptes à ceux qui les ont élus.
"Nous voulons que les élus soient davantage redevables envers leurs électeurs. Vous savez, les citoyens lambda sont naïfs et nos députés exploitent cette vulnérabilité citoyenne pour faire ce qu’ils veulent. Imaginez un élu qui a un mandat de redevabilité et qui a au moins 30 jours de restitution, ces députés préfèrent passer leurs vacances ailleurs plutôt que de venir rendre compte à la population", explique-t-il.
Manque de réponses aux problèmes
Pour une partie de la jeunesse, cette absence sur le terrain se traduit par un manque concret de réponses aux difficultés du quotidien.
"Nous avons un problème d’électricité, problème d’accès aux soins, problème des routes, problème des écoles. Il y a aussi le chômage pour nous la jeunesse, il y a aussi des taxes qui nous menacent nous les jeunes entrepreneurs. S’ils étaient là pour la cause de la population, ils allaient plaider pour un allégement fiscal dans cette zone en conflit", explique Laetitia Mathe, jeune entrepreneuse à Beni.
Certains habitants estiment que le problème est ailleurs. Ils pointent du doigt l'incompétence de certains députés.
"Nos députés travaillent, mais beaucoup de dossiers dépassent leurs compétences. Prenez par exemple la guerre : ils souhaitent la paix comme tout le monde, mais ils ne contrôlent pas directement les opérations militaires" note par exemple François Kalungero.
D’autres encore soutiennent que le problème est plutôt structurel. C'est le cas de Fortune Kavugho, habitante de Butembo, une autre ville du Nord-Kivu. Elle considère que les parlementaires subissent la pression de leurs partis politiques et du pouvoir exécutif.
"Dans notre pays, le président et le gouvernement dictent les choses, ils s’imposent et les pauvres députés, ils sont étouffés. Et au lieu de plaire à la population, ils plaisent à leurs partis politiques, au gouvernement et au président. Je sais qu’ils sont forts, mais ils sont étouffés" déclare Fortune Kavugho.
Responsabilité collective
Charles Kalisya, lui, n'avait pas l’âge de voter lors des dernières élections de 2018. Aujourd’hui, devenu étudiant, Charles soutient que la responsabilité est collective. Selon lui, la société civile devrait mieux préparer les électeurs avant les scrutins.
"La société civile allait analyser candidat par candidat, elle doit expliquer à la population ce qui est un vrai leader qui doit représenter la population. Mais est-ce qu’on a eu le temps d’analyser ensemble qui est le vrai député ?", s'interroge-t-il.
Sur les 500 sièges que compte l’Assemblée nationale de la RDC, le Nord-Kivu compte une quarantaine de députés nationaux. Plusieurs représentent des entités aujourd’hui affectées ou partiellement contrôlées par la rébellion du M23, notamment la ville de Goma, les territoires Rutshuru, Masisi, Lubero et Walikale.