La démocratie en net recul au Sahel
15 septembre 2026
Ce 15 septembre marque la 19e édition de la Journée internationale de la démocratie. Elle a été proclamée en 2007 par l’Assemblée générale des Nations unies pour promouvoir les principes de la démocratie dans le monde.
Alfred Shango Lokoho est politologue et maître de conférences honoraire à la Sorbonne, à Paris. Selon lui, les récents coups d’État militaires dans le Sahel sont un recul spectaculaire de la démocratie, mais un certain nombre d’acquis lui semblent irréversibles, comme l’émergence de la société civile. Interview.
Alfred Shango Lokoho : C'est une très bonne chose qu'une journée internationale soit consacrée, de manière solennelle, à cette question des droits humains. Pour rappeler justement à la conscience du monde l'importance des droits humains dans la vie de société, dans la vie des États, dans la vie des individus, dans la vie des pays.
DW : 36 ans après le début du multipartisme et de l'expérimentation de la pratique démocratique dans la plupart des pays de l'espace francophone, beaucoup d'analystes notent un net recul de la pratique de cette démocratie dans ces pays. Est-ce que vous le pensez aussi ?
Alfred Shango Lokoho : Net recul ? Non, je n'irai pas jusque là. Dire que si on faisait le bilan aujourd'hui, il y a du positif, il y a du négatif, il y a des avancées, il y a des trébuchements, il y a des reculs comme des coups d'État qui sont survenus ces dernières années, non seulement au Sahel, Niger, Burkina Faso, Mali ou en Afrique de l'Ouest, du côté de la Guinée-Bissau ou de la Guinée-Conakry.
Si on allait au fond des choses, on verrait qu'il y a un certain nombre d'acquis qui sont irréversibles.
DW : Selon vous, quels sont ces acquis irréversibles ?
Alfred Shango Lokoho : C'est l'acceptation d'abord du pluralisme des voix, même si la tentation toujours de ces partis uniques existe toujours.
Au moins, on a accepté, dans la vie de tous les jours, qu'il y ait des alternances politiques selon des durées constitutionnelles.
Il y a aussi l'émergence de la société civile, elle est irréversible.
DW : Pourtant, des pays dont la pratique démocratique commençait à s'ancrer ont brutalement mis entre parenthèses ce système politique : Mali, Niger et Burkina Faso, entre autres. Dans le cas d'espèce, peut-on parler de recul, d'échec ?
Alfred Shango Lokoho : Oui, là carrément, on peut dire que c'est vraiment un recul spectaculaire, justement de ce souci de la pluralité démocratique, de ce souci justement d'entendre d'autres voix que celles de ceux qui sont au pouvoir.