Les Dendi affectés par la crises entre le Niger et le Bénin
9 janvier 2026
La ville de Gaya, au Niger, va vibrer, du 10 au 12 janvier, au rythme du festival du Dendi. Une occasion pour le peuple dendi de revaloriser sa culture et ses traditions. En effet, la communauté dendi, qui représente environ 200 000 personnes, est répartie entre trois pays : le Bénin, le Nigeria et le Niger, où 4 500 membres de ce groupe ethnique vivent autour de la ville de Gaya.
Mais les tensions politiques actuelles, depuis le coup d'État militaire au Niger de juillet 2023, ont entrainé la fermeture des frontières et les Dendi sont les premiers à en souffrir.
La DW a rencontré, comme ils aiment se désigner, des "Dendi du Bénin" et des "Dendi du Niger".
Au début, la fermeture de la frontière entre les deux pays a souligné la solidité des liens de fraternité et de solidarité entre les communautés dendi du Niger et du Bénin. Mais aujourd'hui, ces liens se fragilisent.
La traversée du fleuve Niger, un gouffre financier
En raison des tracasseries et de la corruption au niveau du fleuve Niger, qui marque la frontière avec le Bénin, Rakia et Moussa ont réduit leurs visites à leur famille de Malanville, une ville située de l'autre côté de la frontière.
"Aujourd'hui, la police des frontières nous oblige à payer des sommes que nous n'avons pas, explique Rakia. Alors que nous étions plus d'une vingtaine à nous rendre régulièrement à Malanville, il nous est désormais impossible d'y circuler. Les difficultés ne s'arrêtent pas là. Une de nos amies, en traversant pour rendre visite à sa propre mère, a perdu plus de 140 000 francs CFA. C'est vraiment difficile pour venir à Gaya ou pour en repartir."
Moussa raconte que "la situation est telle que je peux passer un mois, voire un mois et demi, sans pouvoir me rendre à Malanville. Là, j'en reviens parce que mon meilleur ami s'est marié et je ne pouvais pas manquer les festivités du mariage."
En effet, les habitants de Malanville et de Gaya se sentent toujours concernés par un évènement familial se déroulant de l'autre côté de la frontière.
Des familles séparées
Il est aussi très courant de retrouver des membres d'une même famille domiciliés de part et d'autre. C'est le cas d'Issoufou Idrissou, âgé de 22 ans. Cet élève inscrit à l'école de Gaya note que "mes frères et sœurs qui se trouvent au Bénin, c'est impossible pour moi d'aller les voir. L'année passée, j'ai subi le risque que les gens encourent en ce moment même, en traversant. Maintenant, en tant qu'élève, c'est impossible. Si tu veux traverser, il faut beaucoup d'argent... Ah oui, pour un élève ça fait mal. Comme on n'a pas le choix, je suis obligé de rester à Gaya et d'attendre ce que le pouvoir va faire."
Hamsou, mère de six enfants, va bientôt marier sa fille à un homme vivant à Kandi, au Bénin. Elle espère une amélioration rapide des relations entre le Niger et le Bénin, afin que la frontière soit réouverte.
"Je suis de la communauté dendi et nous sommes parents avec celle du Benin, affirme-t-elle. On se marie entre nous et nous faisons des enfants. C'est pour cela que j'exhorte les autorités à rouvrir les frontières. Ma fille est dotée, elle va se marier pour s'installer à Kandi et je souhaite que nos autorités se concertent pour ouvrir les frontières. Car partout où tu croises un Dendi, ils sont tous des parents."
Entre la précarité financière et l'isolement, la communauté dendi, des deux côtés du fleuve Niger, est à bout de souffle. Leur seul vœu est de voir bientôt la réouverture de la frontière entre le Niger et le Bénin.