Ousmane Sonko : pas de Parlement "chambre d’enregistrement"
26 mai 2026
Ousmane Sonko revient donc en force au parlement, élu par tous les membres du Pastef, malgré ses divergences avec le président Bassirou Diomaye Faye issu du même parti.
Le nouveau chef des députés a été longuement applaudi par les députés de son parti qui détient 130 des 165 sièges du Parlement. Il remplace El Malick Ndiaye qui avait démissionné dimanche pour lui céder la place.
"Je n'utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Aucun député avec moi n'utilisera cette institution pour une vendetta personnelle", a déclaré M. Sonko, en langue wolof, après son installation au perchoir de l'Assemblée nationale.
Mais, a-t-il ajouté, "l'Assemblée nationale ne sera pas une chambre d'enregistrement. Elle usera de manière responsable de tous les leviers de contre-pouvoirs. Nous voterons les lois conformes à l'intérêt général et rejetterons celles qui ne le sont pas".
L'ex-chef de gouvernement a félicité son successeur Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô nommé lundi par le président Faye qui l'a chargé ensuite, selon M. Lô, de former un gouvernement "dans les plus brefs délais".
La nomination de M. Lô est interprétée comme un appel du pied aux bailleurs et aux investisseurs en raison des difficultés financières du pays ouest-africain dont l'économie est plombée par une dette atteignant 132% du PIB.
Un discours axé sur la gouvernance et les réformes
A leur arrivée au pouvoir en 2024, les nouvelles autorités avaient accusé le pouvoir de l'ex-président Macky Sall (2012-2024) d'avoir caché une partie de la dette, entraînant la suspension du programme d'aide du FMI de 1,8 milliard de dollars.
La gestion de cette dette a été, avec notamment celle de la justice, parmi les points de désaccord entre le chef de l'Etat et son ex-Premier ministre. Pendant que le premier souhaite discuter avec le Fonds monétaire international (FMI) d'un nouveau programme d'aide, le second vante lui une approche souverainiste.
M. Sonko a reconnu en son successeur Lô des qualités malgré "leurs divergences sur le franc CFA et la gestion de la dette".
Il a en outre estimé que "dans toutes les démocraties, l'exécutif ne peut pas nommer un gouvernement sans se concerter avec la majorité. C'est la majorité à l'Assemblée nationale qui doit gouverner".
Aussi, selon lui, "avant de nommer un Premier ministre, le président (de la République) devait en discuter avec la majorité dans le pouvoir et dans l'opposition".
L'élection de M. Sonko au perchoir a été boycottée par les députés de la principale coalition de l'opposition qui y voit un "coup d'Etat institutionnel", a constaté un journaliste de l'AFP. La majorité parlementaire a "installé quelqu'un, Ousmane Sonko, qui a déjà perdu son mandat de député et ne peut le retrouver. Nous n'allons pas nous associer à cette mascarade", a déclaré à la presse le député d'opposition Abdou Mbow.
Chronologie des événements
Nous sommes devant le domicile d’Ousmane Sonko, à la Cité Keur Gorgui. Un militant du parti Pastef-Les Patriotes crie : "Sonkoooo !" Il est venu soutenir son leader, Ousmane Sonko.
Nourdine Diallo est dévasté par cette rupture, car il croyait au tandem Diomaye-Sonko, qu’il a scandé partout lors de la campagne électorale au Sénégal.
"Ça nous a fait très, très mal de savoir que le président a limogé le Premier ministre. Nous avons battu campagne en disant 'Diomaye est Sonko - Sonko est Diomaye'. Ce slogan était vraiment réel, ce n’était pas juste des mots. Nous l’avons vécu et nous avons dit aux Sénégalais que Diomaye et Sonko sont des frères, que Diomaye et Sonko ont des liens fraternels, des liens de parti et des liens institutionnels."
Bras de fer institutionnel
Le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko est intervenu peu après son passage à l'Assemblée nationale lors de la traditionnelle séance de questions au gouvernement. Ousmane Sonko mettait clairement en cause certaines décisions du président Diomaye Faye.
Désormais c'est un bras de fer institutionnel qui se dessine. Une session de l'Assemblée nationale est prévue ce mardi (26.05.26) pour statuer sur la réintégration d'Ousmane Sonko en tant que député. Il avait suspendu son mandat pour occuper le poste de Premier ministre.
La session de l'Assemblée se penchera aussi sur un second point : l'élection d'un nouveau président pour remplacer El Hadj Malick Ndiaye démissionnaire. El Hadj Malick Ndiaye, un fidèle parmi les fidèles de Sonko a rendu le tablier dimanche (24.05.26) peu après le limogeage de son champion. Ousmane Sonko qui a toutes les chances de se trouver au perchoir de l'Assemblée nationale et devenir la deuxième personnalité de l'Etat.
Cela va ouvrir une confrontation directe entre les deux ex-compagnons, estime Malao Kanté, politologue.
"On peut considérer Ousmane Sonko comme le nouveau visage de l’opposition. Sauf que cette opposition détient aujourd’hui la majorité parlementaire. Ce qui n’est pas sans risque. D’abord, il y a un risque de motion de censure pour le prochain Premier ministre. Ce qui est clair, c’est que ça risque d’installer le pays dans une situation un peu compliquée et de bloquer le bon fonctionnement de l’Etat."
L'opposition dénonce la procédure de réintégration
Face à cette situation, Adama Fall, responsable politique de Pastef-Les Patriotes, espère que la nation passera avant Diomaye et Sonko.
"En tant qu’Africain, c’est à l’accoutumée de notre histoire. On a vu Blaise Compaoré et Thomas Sankara, on a vu Patrice Lumumba, et même au Sénégal, entre Mamadou Dia et Senghor. Aujourd’hui, nous sommes en train de revivre l’histoire, sauf que la différence, c’est que ce n’est pas du tout la même génération que celle de Mamadou Dia. Nous sommes une génération consciente, et l’histoire ne va pas se répéter dans ce sens-là ; elle va se répéter dans le bon sens."
C'est une onde de choc qui traverse le Pastef. Plusieurs cadres et responsables administratifs proches de Ousmane Sonko ont décidé de quitter leurs fonctions en signe de solidarité.
Cette possible réintégration d’Ousmane Sonko au parlement où le parti est largement majoritaire est intervenu après la démission dimanche du président du parlement, El Hadji Malick Ndiaye. Le groupe parlementaire de l'opposition Takuu Walu a tenu une conférence de presse ce lundi (25.05.26), suite à cette démission. Aïssata Tall Sall et ses collègues rejettent la lettre de démission de Malick Ndiaye qu'ils qualifient de nulle. Pour la présidente du groupe parlementaire de l'opposition, celui-ci a violé le règlement intérieur de l'Assemblée nationale.
Aïssata Tall Sall a par ailleurs appelé Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel sur cette réintégration d’Ousmane Sonko, elle dénonce un coup d’Etat constitutionnel. Elle prédit que si Bassirou Diomaye Faye ne fait rien, c’est à son fauteuil que va s’attaquer Ousmane Sonko.
Bassirou Diomaye Faye qui a nommé dans la nuit un nouveau Premier ministre en remplacement d’Ousmane Sonko. Il s’agit du banquier et ancien de la BCEAO Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. Il a été ministre d’Etat, ministre auprès de la Présidence. Le Premier ministre a indiqué que son pays est á un tournant et appelé à la mobilisation de la nation.