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L'Allemagne se prépare à une mobilisation massive de la Gen-Z

Sandrine Blanchard | Jens Thurau
30 octobre 2026

En Allemagne aussi, la contestation s’organise. Des jeunes de la génération Z appellent à manifester pour le climat, l’éducation et la justice sociale. Les autorités craignent toutefois d’éventuels débordements.

France Paris 2026 | Un jeune manifestant brandit une pancarte : "La GenZ vaincra" (illustration)
De nombreuses manifestations lancées par la "Gen Z" ont déjà cours depuis plusieurs semaines de par le monde.Image : Teresa Suarez/AP Photo/picture alliance

Il se peut que Friedrich Merz passe une nuit agitée. Le chancelier allemand et son gouvernement redoutent une mobilisation de grande ampleur de jeunes, demain [samedi 31 octobre 2026] dans les rues d'Allemagne, à l'image de celles observées ces dernières semaines en France et d'autres pays d'Europe et du reste du monde.

La "Gen-Z" désigne, de manière générale, la génération des adolescents et des jeunes adultes nés entre 1995 et 2010. Ils reprochent souvent à leurs parents de ne pas avoir fait suffisamment contre le changement climatique et d'avoir laissé se creuser les inégalités entre riches et pauvres. Ils s'inquiètent également de leurs perspectives en matière d'éducation et d'avenir dans des sociétés occidentales vieillissantes.

CDU : "Empêcher à tout prix une situation comme en France"

En France, des violences ont éclaté en marge de manifestations pourtant initialement pacifiques. Des voitures ont été incendiées dans de nombreux endroits et, à Limoges, l'hôtel de ville a été brûlé. Dans des villes comme Lille, Lyon et Toulouse, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et des milliers personnes ont été arrêtées.

De nombreux responsables politiques, principalement issus de la CDU du chancelier Friedrich Merz, mettent en garde contre des situations similaires en Allemagne, le week-end prochain. Alexander Throm (CDU), expert des questions de sécurité intérieure au sein du groupe parlementaire de l'Union CDU-CSU au Bundestag, a ainsi déclaré au journal économique Handelsblatt : "Des situations comme celles observées en France doivent être empêchées à tout prix."

L'Allemagne ne veut pas se laisser déborder comme les forces de l'ordre l'ont été en France le 17 octobre dernier.Image : Nicolas Tucat/AFP/dpa/picture alliance

Crainte d'une action de groupes d'extrême gauche internationaux

Selon Alexander Throm, des groupes d'extrême gauche et des criminels issus des milieux migrants (sic) pourraient "détourner" les manifestations : "Une alliance dangereuse est en train de se former, notamment à Berlin", croit-il savoir.

Marc Henrichmann (CDU), président de la commission parlementaire chargée du contrôle des services de renseignement, avertit lui aussi : "Les réseaux de l'extrême gauche sont internationaux et coordonnés." Selon ses déclarations au Handelsblatt, des militants violents d'extrême gauche franchissent désormais les frontières pour piller et commettre des actes de violence dans d'autres pays.

Sebastian Koos est sociologue à l'université de Constance. Il mène des recherches sur les mouvements de jeunesse et de protestation en Allemagne. Il estime quant à lui, dans une interview à la DW, que l'Allemagne ne peut pas connaître des violences comparables à celles observées en France, même si les événements du pays voisin ont inspiré les manifestations actuellement annoncées en Allemagne.

Les organisateurs qui ont appelé à manifester samedi en Allemagne assure vouloir manifester pacifiquement et rejeter toute forme de violence "sans exception".Image : Camilla Baronetto/LiveMedia/ipa-agency/picture alliance

"Pas la même colère qu'en France"

Sebastian Koos souligne des différences essentielles entre les jeunes des deux pays : "Ce mouvement n'est pas animé par la même colère qu'en France. Il est préparé, déclaré et organisé. Sur le site Internet, l'appel à manifester pacifiquement est clairement mis en avant." Le sociologue n'exclut toutefois pas que des groupes extrémistes puissent profiter de ces rassemblements autorisés pour provoquer des troubles. C'est pourquoi, selon lui, "il est très important que la police et les autorités soient bien préparées."

Quentin Gärtner, 19 ans, étudie la biotechnologie à Heidelberg et a occupé jusqu'en novembre dernier le poste de secrétaire général de la Conférence fédérale des élèves, qui représente environ 7,5 millions d'élèves en Allemagne. "Ce qui nous rassemble tous, c'est que notre patience est à bout concernant le système éducatif. Beaucoup de jeunes sont très frustrés", déclare-t-il à la DW.

"Les résultats des élèves allemands continuent de baisser, les effectifs du personnel enseignant sont sans cesse réduits et, dans de nombreux établissements scolaires, les bâtiments n'ont pas été rénovés depuis des années."

Compréhension des revendications chez les Verts

Pour Quentin Gärtner, cela s'explique par un problème plus général de la démocratie parlementaire en Allemagne et dans de nombreux autres pays occidentaux : "Les responsables politiques veulent gagner les élections. Ils pensent avant tout aux groupes qui comptent pour eux et moins à l'avenir et à la durabilité de leurs politiques. Dans nos sociétés vieillissantes, ce sont les personnes âgées et les baby-boomers qui constituent les groupes les plus importants."

Les partis d'opposition allemands se montrent également sensibles aux préoccupations de la jeune génération. Le président des Verts, Felix Banaszak, a déclaré sur la chaîne ZDF : "Le contrat entre les générations ne fonctionne plus. Les générations plus âgées ont conduit le climat dans une impasse." Les systèmes sociaux atteignent eux aussi leurs limites, les loyers sont devenus inabordables, et la seule chose que l'État adresse à la jeunesse, selon lui, ce sont les lettres envoyées par l'État aux jeunes de 18 ans… concernant le nouveau service militaire.

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