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La nouvelle stratégie de Trump pour l'Afrique

11 décembre 2025

​Le président américain Donald Trump privilégie désormais la sécurisation des matières premières et des projets énergétiques, au détriment des programmes de développement pour l'Afrique.

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald TrumpImage : Jonathan Ernst/REUTERS

Selon un document publié le 4 décembre, les États-Unis entendent coopérer avec certains pays africains, afin de promouvoir des relations commerciales “mutuellement avantageuses”, d'exploiter les ressources naturelles et le potentiel économique du continent africain.  

Cela inclut le développement et le déploiement de l'énergie nucléaire, du gaz naturel liquéfié et l’accès aux matières premières comme les minéraux stratégiques. 

D​'après Robert Kappel, spécialiste de l'Afrique, le document américain souligne l'urgence de la situation pour le continent africain. 

"Pour les pays, les gouvernements, la société civile et les entreprises africaines, les actions du président Trump constituent un véritable avertissement : sortez de toute dépendance" ​, explique-t-il.

​Nouvelle perspective de développement?

Mais le projet de Donald Trump d’intégrer l’Afrique, principalement comme fournisseur de matières premières essentielles, à la politique américaine, offre-t-il réellement une nouvelle perspective de développement pour le continent ? 

L’économiste kényan James Shikwati en doute fortement, car les États-Unis privilégient une approche bilatérale. 

​Selon lui, "il est évident que sa stratégie va à l'encontre des aspirations de l'Union africaine et des blocs économiques régionaux africains. Ces blocs ont pour objectif d'intégrer les économies des régions et de permettre à l'Afrique d'agir comme une seule entité​".

Cette nouvelle approche américaine n’offre aucune perspective de renouveau au continent, ajoute James Shikwati. "Au contraire, elle risque d’accroître le nombre de conflits, notamment ceux liés aux ressources", conclut le chercheur qui pointe du doigt les "puissances émergentes, les États du Golfe et même l’Union européenne, qui sont tout aussi intéressés par ces ressources."

​Une opportunité pour l'Afrique


Ahunna Eziakonwa, directrice du programme Afrique du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), considère le renforcement de la coopération économique comme une opportunité pour l'Afrique de se développer, à condition qu'il s'accompagne d'une aide au développement. 

Or, aucune aide au développement n'est actuellement visible en provenance des États-Unis : Trump l'a réduite, dès le début de son mandat, et a fermé l'agence américaine pour le développement, l'USAID. 

​Un tournant décisif pour l'Afrique

Daniel Silke, analyste économique indépendant en Afrique du Sud​ estime pour sa part que  ​la stratégie américaine actuelle marque un tournant décisif dans la politique des États-Unis​.

​"L'époque où de nombreux produits importés aux États-Unis bénéficiaient automatiquement des avantages de l'AGOA (African Growth and Opportunity Act) est révolue. Du moins pour l'instant​", affirme  Daniel Silke​.

Lancé en 2000, le programme commercial AGOApermettait à de nombreux pays africains d'exporter leurs produits vers le marché américain en franchise de droits. L'ancien président américain Barack Obama considérait l'AGOA comme un levier essentiel de la croissance économique en Afrique et l'a prolongé de dix ans en 2015. Donald Trump a laissé le programme expirer fin septembre 2025. Un débat prévu ce mercredi à Washington pourrait décider d'une prolongation de trois ans. Cependant, la pérennité du partenariat, jusqu'ici important, avec l'Afrique du Sud est incertaine suite à la forte dégradation des relations bilatérales l'an dernier.
Développement d'une zone de libre-échange en Afrique.

Image : SIPHIWE SIBEKO/REUTERS

Selon Daniel Silke, interrogé par DW, la nouvelle politique étrangère de Trump pourrait inciter les pays africains à combler leur retard en matière de commerce par le biais de partenariats avec d'autres États.

"Ils pourraient également libéraliser leurs politiques intérieures, accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et s'efforcer de dynamiser les échanges commerciaux sur l'ensemble du continent. Ils ne pourraient plus dépendre des subventions et des avantages que les États-Unis et l'AGOA offraient auparavant", souligne Silke.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est entrée en vigueur en 2019, mais sa progression reste lente. Ce projet de l'Union africaine englobe désormais un vaste marché continental de plus de 1,3 milliard d'habitants, avec 54 États membres. La réduction des droits de douane et des formalités administratives vise à stimuler le développement industriel en Afrique.


Se libérer de la dépendance


Pour Robert Kappel, spécialiste de l'Afrique, le document américain impose à l'Afrique une tâche urgente : "pour les pays, les gouvernements, la société civile et les entreprises africaines, les actions du président Trump constituent un véritable signal d'alarme : il est impératif de se libérer de toute dépendance. De l'Europe, de la Chine et de la Russie, mais aussi des États-Unis".

Un facteur crucialà ses yeux est la poursuite de l'industrialisation de l'Afrique. "La mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le renforcement de la coopération militaire et la recherche de partenaires stratégiques par les pays peuvent y contribuer", a déclaré Kappel à la DW.
Il évoque une "politique de la répression" : le président Trump a souvent réagi par des insultes envers l'Afrique et les responsables politiques africains, et il "déploie désormais tout l'arsenal de son programme", critique Kappel. Le message est clair : "Fini les concessions".
"Trump est guidé par ses propres intérêts".

La géostratégie et l'Afrique jouent un rôle crucial pour les États-Unis, car leur principal ennemi, la Chine, y étend son influence. Si cette stratégie évoque également la possibilité d'une intervention dans la résolution des conflits, Kappel affirme que, même dans ce contexte, les matières premières restent la priorité absolue.

La RDC  illustre parfaitement la politique de puissance américaine : Trump joue le rôle de médiateur dans le conflit armé entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. Les États-Unis ont négocié un accord de paix en juin 2025, mais les combats reprennent régulièrement dans l'est du Congo, riche en ressources naturelles.

"En réalité, il s'agit des matières premières du Congo, que les Américains sont ravis de contrôler, de produire et d'exporter. Comme toujours dans la politique de Trump, c'est l'intérêt personnel qui prime", déclare Kappel.
D'après Kappel, les pays qui se sont opposés aux États-Unis, comme l'Afrique du Sud – qui a récemment adopté une déclaration finale lors du sommet du G20, contre la volonté des États-Unis absents – sont en train d'être démantelés.

"Les Chinois ont également renforcé leur présence militaire sur le continent, et les États-Unis estiment désormais devoir intervenir pour empêcher que l'Afrique ne tombe entre les mains de la Chine, de la Russie et des pays BRICS", explique Kappel. Washington entend accroître son aide militaire, précise-t-il, et évoque une  "course aux armements"  imminente.

​De gauche à droite, Paul Kagame, Donald Trump et Félix Tshisekedi à Washington le 4 décembre 2025Image : Andrew Caballero-Reynolds/AFP
Photo de famille des dirigeants du BRICS lors de leur sommet à Rio de Janeiro, au Brésil, les 6 et 7 juillet 2025Image : Mika Otsuki/Yomiuri Shimbun/AP Images/picture alliance