DW Fact-checking : reconnaître la propagande
28 septembre 2026
La guerre en Iran de 2026 ne s'est pas seulement jouée sur le champ de bataille. Elle s'est également déroulée sur les réseaux sociaux.
Des animations générées par intelligence artificielle, inspirées de La Grande Aventure Lego (The Lego Movie en VO, ndlr), ont mis en scène la puissance militaire iranienne. Dans une autre vidéo d'animation, une version gigantesque du vice-président américainJD Vance semait le chaos dans les rues de Téhéran, à la manière de Godzilla.
Les comptes diffusant ce type de contenus ont cumulé des millions de vues, offrant une illustration particulièrement frappante de la propagande à l'ère de l'intelligence artificielle.
Ces exemples montrent également que la propagande, loin d'être un phénomène nouveau, continue d'évoluer au rythme des avancées technologiques.
Mais qu'est-ce que la propagande exactement ? Et surtout, comment la reconnaître ?
Le service de vérification des faits de la DW (Deutsche Welle) livre quelques conseils pour mieux s'orienter dans le paysage informationnel contemporain.
Définir la propagande
La propagande est généralement définie comme l'utilisation délibérée de l'information par des gouvernements, des responsables politiques ou d'autres acteurs dans le but d'influencer les croyances, les attitudes ou les comportements d'un public.
Elle repose sur une présentation sélective de l'information : certains faits sont mis en avant, tandis que d'autres sont passés sous silence, déformés ou présentés de manière trompeuse.
Contrairement à une idée répandue, la propagande n'est pas l'apanage des régimes autoritaires comme la Russie, la Chine ou la Corée du Nord. On la trouve sous diverses formes partout dans le monde.
La principale différence réside dans le fonctionnement des systèmes politiques. Dans les États autoritaires, la propagande est souvent fortement centralisée et étroitement contrôlée par le pouvoir.
Dans les sociétés démocratiques, elle tend à être plus plurielle, émanant d'un éventail plus large d'acteurs, qu'il s'agisse de partis politiques, de groupes d'intérêt, de médias ou d'organisations diverses.
Par ailleurs, l'accès à des sources d'information alternatives et à des médias indépendants est généralement beaucoup plus facile dans les démocraties, ce qui permet aux citoyens de confronter différents points de vue et de vérifier les informations auxquelles ils sont exposés.
À quoi sert la propagande ?
Dans un entretien accordé à la DW, le politologue Piers Robinson, membre de l'Organisation for Propaganda Studies, explique que la propagande vise avant tout à persuader les individus d'agir ou de se comporter d'une certaine manière.
Pour illustrer son propos, il cite la manière dont les responsables politiques américains ont cherché à convaincre l'opinion publique de soutenir l'invasion de l'Irak en 2003.
"Dans ce cas, devenu emblématique, les renseignements concernant les armes de destruction massive ont été exagérés afin de présenter l'Irak comme une menace plus importante qu'il ne l'était réellement", souligne Piers Robinson.
Or, aucune arme de destruction massive n'a jamais été découverte en Irak. Les images et éléments présentés à l'époque par la CIA pour étayer leur existence se sont révélés relever de la désinformation utilisée à des fins de propagande.
La guerre en Irak illustre également un autre objectif central de la propagande : discréditer des adversaires politiques, des pays rivaux, ou encore des cultures et des valeurs perçues comme indésirables ou menaçantes.
Le président américain Donald Trump est souvent cité comme exemple dans ce domaine.
Des chercheurs ayant analysé sa rhétorique politique mettent en avant son recours fréquent aux surnoms péjoratifs pour discréditer ses opposants ainsi que son usage d'affirmations exagérées visant à présenter les immigrés en situation irrégulière sous un jour négatif.
Ces procédés illustrent l'un des mécanismes classiques de la propagande : façonner la perception du public en simplifiant les enjeux et en opposant de manière marquée un "nous" à un "eux", afin d'influencer les opinions et les comportements.
Quel rôle les médias jouent-ils dans la diffusion de la propagande ?
Les médias peuvent contribuer à la diffusion et à l'amplification de messages de propagande, parfois de manière délibérée, mais aussi involontairement. C'est ce qu'explique à DW Christian Mihr, de l'organisation Reporters sans frontières (RSF).
La chaîne d'information internationale RT, financée par l'État russe, est souvent accusée de servir de relais aux positions du Kremlin. Sa couverture de l'actualité reflète largement les orientations et les discours du gouvernement russe.
Cependant, dans leur rôle idéal, les médias devraient précisément faire l'inverse : agir comme des contre-pouvoirs capables de repérer, d'analyser et de déconstruire les récits propagandistes.
Les spécialistes des médias considèrent d'ailleurs cette mission comme l'une des responsabilités fondamentales du journalisme. Il ne s'agit pas seulement de relayer l'information, mais aussi de vérifier les faits, de confronter les déclarations officielles à la réalité et de mettre en lumière d'éventuelles tentatives de manipulation.
Selon Christian Mihr, les journalistes sont particulièrement bien placés pour contextualiser les messages politiques et les discours de propagande. Ils peuvent notamment exercer ce rôle en soumettant les responsables politiques à des questions exigeantes, en confrontant leurs affirmations à des données vérifiables et en sollicitant l'analyse d'experts indépendants.
Dans un paysage médiatique saturé d'informations, cette fonction critique est essentielle. Elle permet au public de mieux comprendre les enjeux, d'identifier les tentatives d'influence et de se forger une opinion fondée sur des faits plutôt que sur des narratifs orientés.
Quid de la propagande alimentée par l'IA ?
L'intelligence artificielle est en train de transformer en profondeur les méthodes de production et de diffusion de la propagande.
Alors qu'il fallait autrefois des heures, voire des jours de travail pour créer des contenus propagandistes, les outils d'IA permettent désormais de générer en quelques minutes des images, des vidéos ou encore des enregistrements audio.
Cette évolution offre aux gouvernements, aux organisations et à d'autres acteurs la possibilité d'adapter très rapidement leurs messages et de les personnaliser en fonction des publics visés, des plateformes utilisées ou encore des langues de diffusion.
C'est dans ce contexte qu'est apparu le terme "slopaganda", contraction des mots propaganda (propagande) et slop, un terme souvent employé pour désigner des contenus générés par l'IA de faible qualité ou produits en grande quantité.
Les images créées par intelligence artificielle qui ont circulé durant la guerre d'Iran de 2026 en constituent une illustration. Leur diffusion massive a conduit certains observateurs à qualifier ce conflit de "guerre de la slopaganda", mettant en lumière l'émergence d'une nouvelle forme de guerre informationnelle en ligne.
Grâce à leur faible coût de production et à leur capacité à être diffusés à grande échelle, ces contenus peuvent rapidement saturer l'espace numérique, brouiller la frontière entre réalité et fiction et compliquer le travail de vérification des faits.
Conseils pour repérer la propagande
Même si la propagande est souvent subtile, il existe plusieurs méthodes pour l'identifier.
L'une des plus efficaces consiste à examiner attentivement l'origine de l'information.
Le message a-t-il été publié par un responsable politique, une institution publique ou une agence gouvernementale ? Provient-il d'un média financé par l'État ? Ou d'un compte qui lui est lié ?
Prenez le temps d'enquêter sur la source : qui est à l'origine du contenu ? Les responsables du média ou du compte sont-ils clairement identifiés ? Des informations sur son financement sont-elles disponibles ? Son objectif ou sa ligne éditoriale sont-ils explicitement indiqués ?
Plus vous disposez d'informations sur la source, mieux vous pourrez évaluer sa fiabilité. À l'inverse, un manque de transparence constitue souvent un signal d'alerte.
Une fois la source analysée, il convient d'examiner le contenu lui-même.
Méfiez-vous des messages qui suscitent des émotions particulièrement fortes, qu'elles soient positives ou négatives. La propagande, tout comme la "slopaganda", est souvent conçue pour provoquer une réaction émotionnelle immédiate plutôt que pour encourager une réflexion critique.
Si une publication vous met en colère, vous inquiète, vous choque ou cherche à flatter fortement votre identité personnelle, religieuse, ethnique ou nationale, prenez un instant de recul avant d'y réagir ou de la partager.
Examinez ensuite attentivement ce que le message affirme réellement. Lire davantage sur le sujet, consulter des sources indépendantes et comparer différents points de vue peuvent vous aider à porter un regard critique sur l'information.
Posez-vous notamment les questions suivantes :
- Le message présente-t-il des sujets complexes de manière excessivement simple ou manichéenne ?
- Suggère-t-il qu'une seule opinion est acceptable ?
- Cherche-t-il à diaboliser un groupe, un pays ou des adversaires politiques ?
- Sélectionne-t-il certains faits tout en omettant des éléments de contexte importants ?
- Utilise-t-il des statistiques de manière trompeuse ou hors contexte ?
Enfin, méfiez-vous de l'effet de masse.
Comme nous l'avons vu, la "slopaganda" repose sur la diffusion massive de contenus peu qualitatifs mais fortement chargés sur le plan émotionnel.
L'un de ses objectifs est de créer une impression de consensus : plus un message est vu et répété, plus il risque d'être perçu comme largement accepté ou incontestable.
Ainsi, si vous êtes exposé à plusieurs reprises à la même affirmation sur différentes plateformes ou via plusieurs comptes, ne considérez pas sa répétition comme une preuve de sa véracité. Prenez du recul, vérifiez les sources et cherchez des informations complémentaires avant de tirer une conclusion.
Dans un environnement numérique marqué par la multiplication des contenus générés par l'intelligence artificielle, l'esprit critique, la vérification des sources et la confrontation des points de vue demeurent les meilleures défenses contre la propagande.
Cet article a été publié pour la première fois en 2022 et a été révisé afin d'intégrer les évolutions et tendances les plus récentes. Les experts cités dans ce texte ont été interrogés pour la version originale de l'article, et leurs analyses continuent d'apporter un éclairage précieux sur les questions abordées. Ecrit par Kathrin Wesolowski et Thomas Sparrow. Édité par Josh Axelrod.