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CommerceArabie saoudite

Pourquoi les Emirats arabes unis quittent l'Opep

Nik Martin
29 avril 2026

Les EAU quittent l'Opep afin de s'extraire du système des quotas, qui limite leur production de pétrole. Ce départ accentue l'incertitude quant à l'avenir de l'organisation.

Le symbole de l'Opep aux quartier général de l'organisation à Vienne.
Pour l'Opep, le risque principal est que d'autres pays soient tentés de partir.Image : Joe Klamar/AFP

Pourquoi les Émirats arabes unis ont-ils décidé de quitter l'Opep maintenant ?

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) se fonde sur un système de quotas qui limite la quantité de pétrole que chaque pays membre peut produire.

Ce système est depuis des années une source de dispute entre les Émirats arabes unis (EAU) et l'Arabie saoudite, le pays le plus puissant de ce cartel des pays producteurs de pétrole. Les EAU ont massivement investi pour développer leur industrie pétrolière et accroître leur part de marché, mais s'estiment freiné par la limitation de leur production.

Les EAU ne sont pas le premier démissionnaire de l'Opep. Le Qatar est sorti en 2019, tandis que l'Angola, l'Équateur, le Gabon et l'Indonésie ont quitté le cartel ces dernières années, souvent en raison de désaccords sur les quotas.

Les Émirats misent donc désormais sur la possibilité de vendre plus de pétrole une fois la guerre en Iran et la crise du détroit d'Ormuz terminées, tant à moyen qu'à long terme. Les analystes, quant à eux, considèrent ce geste comme une étape calculée d'un producteur qui veut désormais agir de manière indépendante.

"Perdre un membre ayant une capacité de 4,8 millions de barils par jour et l'ambition d'en produire davantage, retire un véritable outil des mains de l'Opep”, estime Jorge Leon, responsable de l'analyse géopolitique au sein du cabinet de conseil Rystad Energy.

"Avec une demande qui atteint des sommets, le calcul pour les producteurs disposant de barils à faible coût évolue rapidement, et attendre son tour dans un système de quotas, c'est laisser filer de l'argent entre ses doigts”.

Les EAU ont rejoint l'Opep en 1967 à travers l'émirat d'Abou Dhabi. Ils quitteront ce vendredi 1er mai à la fois l'Opep et l'alliance plus large de l'Opep+, qui inclut la Russie.

Les EAU produisent actuellement environ 3,2 à 3,6 millions de barils par jour en suivant des quotas, mais disposent en réalité d'une capacité excédentaire de près de 4,8 millions barils par jour, explique l'agence de presse Reuters. Abou Dhabi ambitionne ainsi une augmentation de la production pour passer à 5 millions de barils par jour d'ici l'année prochaine.

Si d'autres pays, comme le Qatar ou l'Angola, ont quitté l'union ces dernières années, ce départ des EAU est de loin le plus gros défi de l'histoire de l'alliance.Image : Karim Sahib/AFP

Comment la sortie des Émirats affaiblit-elle l'Opep et le leadership saoudien ?

Avec le départ des EAU de l'organisation, l'Arabie saoudite se retrouvera incapable à elle seule de compenser les ajustements de production.

Riyad a traditionnellement géré les prix du pétrole en réduisant sa propre production et en imposant une discipline à l'ensemble du groupe. Avec le départ des EAU, l'Arabie saoudite devra encore plus compter sur ses propres réductions de production pétrolière pour stabiliser les prix.

Cela rendra le maintien d'un certain prix du pétrole plus coûteux et moins efficace pour Riyad. 

David Oxley, économiste en chef à Capital Economics qualifie cette décision de "début de la fin”, avertissant que "les liens entre les membres de l'Oep se sont affaiblis”.

L'Arabie saoudite a besoin de prix élevés du pétrole — à environ 90 $ (77 €) le baril — pour financer les dépenses publiques et son ambitieux plan appelé Vision 2030. C'est un ensemble de projets d'infrastructure visant à réduire la dépendance du Royaume aux combustibles fossiles. Cela inclut Neom, une ville futuriste de 500 milliards de dollars.

Or, chaque baril supplémentaire que le pays retient signifie une perte de revenus, ce qui nuit à sa capacité à développer son économie.

Ce départ met également en lumière des tensions de longue date au sein de l'Opep, en particulier la perception que l'Arabie saoudite domine la prise de décision.

Le départ des EAU intervient aussi au moment où l'influence globale de l'Opep diminue. Le cartel contrôlait autrefois plus de la moitié de l'approvisionnement mondial. Aujourd'hui, c'est moins d'un tiers.

Avant que la guerre au Moyen-Orient, les EAU étaient le quatrième plus grand producteur des 22 membres de l'Opep.Image : Gustavo Ferrari/AP Photo/picture alliance

Que signifie la sortie des Émirats arabes unis pour les prix mondiaux du pétrole ?

Dans l'immédiat, la décision des EAU ne devrait pas provoquer de fortes fluctuations des prix mondiaux du pétrole, principalement parce que les perturbations dans le détroit d'Ormuz affectent déjà le marché.

En effet, comme une grande partie des exportations pétrolières de la région est bloquée, Abou Dhabi ne sera pas en mesure d'écouler sur les marchés d'éventuelles productions supplémentaires.

En conséquence, l'annonce a eu peu d'effet immédiat sur les prix. Le Brent, qui est un type de pétrole qui sert de référence de prix pour le pétrole du Moyen-Orient, d'Europe, et d'Afrique est resté quasiment inchangé mardi.

Jeff Colgan, expert de l'Opep à l'université Brown estime qu'”à court terme, je ne m'attends pas à ce que [la sortie] ait des impacts majeurs car ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz domine toute la situation pétrolière mondiale, ce qui fait des nouvelles concernant l'Opep un détail mineur”.

En revanche, à plus long terme, la sortie de l'EUA laisse supposer des prix du pétrole légèrement plus faibles et plus volatils.

Après les EAU, à qui le tour ?

Certains analystes de l'industrie pétrolière mettent en doute la future cohésion de l'Opep.

"Il n'est pas impossible de voir toute l'organisation s'effondrer”, avance même Jeff Colgan. Il pense toutefois que l'Arabie saoudite tentera certainement de jouer la carte de l'unité en tant que "pilier clé de toute l'organisation”.

Cette unité de l'Opep a déjà été mise sous pression par le passé avec des dépassement répétés des quotas par certains pays membres comme l'Irak et le Nigeria, ainsi que par le comportement incohérent de la Russie au sein de l'OPEP+. 

À moyen terme, David Oxley de Capital Economics prévoit que si d'autres producteurs disposant de capacité excédentaire "voient les Émirats arabes unis gagner avec succès en flexibilité et en part de marché” en dehors de l'Opep, "d'autres pays pourraient suivre” et claquer la porte de l'organisation.

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