Une aide américaine de 242 millions de dollars face à Ebola
10 août 2026
Les Etats-Unis ont annoncé une enveloppe de 242 millions de dollars pour financer les "efforts immédiats de lutte contre Ebola et de prévention dans la région, ainsi qu'à l'aide humanitaire liée à l'épidémie" en RDC et en Ouganda.
Si le département d'Etat américain présente ce soutien comme découlant des engagements pris lors du dernier G7, en juin, et que les Etats-Unis "restent le principal contributeur financier à la lutte contre Ebola", l'ampleur de l'aide et le moment choisi pourraient laisser supposer une démarche intéressée de la part de Washington.
D'autant que les opérations de l'agence américaine USAID sont suspendues dans le cadre de coupes drastiques dans l'aide au développement international depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2025.
La RDC fait face à la plus importante épidémie d'Ebola de son histoire. Au 8 août, environ 4 200 cas et 1 916 décès avaient été confirmés.
Fin juillet, l'Ouganda voisin a affirmé ne plus être touché par l'épidémie.
Protéger les Américains en priorité
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) craint que le nombre de cas pourrait être trois à quatre fois plus élevé que les chiffres officiels, ce qui signifie que le risque de propagation transfrontalière reste élevé.
En annonçant son enveloppe d'aide, le département d'État a déclaré que l'administration de Donald Trump n'a "pas de priorité plus élevée que la sécurité et la sûreté des citoyens américains". Ainsi, une partie de cet investissement vise clairement à protéger les Américains en contenant Ebola à la RDC.
Il y a près d'un mois, le CDC, qui est la principale agence fédérale des États-Unis pour la protection de la santé publique, a imposé des restrictions d'entrée sur le territoire américain pour 21 jours à toute personne s'étant rendu en RDC. Cela concerne aussi les citoyens américains.
Des experts de l'Economist Intelligence Unit (EIU), une cellule d'analyse du média britannique The Economist, affirment que l'épidémie et cette restriction de voyage commencent à affecter les pourparlers entre les responsables congolais et les investisseurs américains dans le cadre de l'accord minier signé entre les deux pays, en décembre dernier.
Les restrictions de voyage ont déjà fait rater aux responsables de la société américaine KoBold Metals la grande conférence minière, la DRC Mining Week, à Lubumbashi, en juin.
Les minéraux critiques au coeur des discussions entre les Etats-Unis et la RDC
Ainsi, l'aide pour lutter contre Ebola pourrait également avoir pour but une reprise plus rapide des négociations.
Aussi, en janvier, les États-Unis ont identifié plusieurs sites miniers clés pour des investissements potentiels. Bien que beaucoup se trouvent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans des zones qui n'ont pas encore été encore beaucoup touchées par Ebola (la province de l'Ituri concentre l'essentiel des cas confirmés), la propagation du virus pourrait représenter une menace.
Darren Davids, de l'EIU, observe que Washington intensifie ses efforts pour garantir l'accès aux minéraux critiques comme le cobalt, le coltan et le cuivre, dans un contexte de concurrence croissante avec la Chine.
Reste que, quelles que soient les motivations réelles des Etats-Unis, les Congolais semblent considérer cette enveloppe d'aide comme vitale pour tenter de venir à bout de l'épidémie.