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Comment Ebola a débuté avant le 15 mai en RDC

Jean-Michel Bos
14 septembre 2026

L’épidémie, qui a déjà causé la mort de près de 3.500 personnes, a pu débuter dès février, selon l’OMS et une étude américaine. Récit d’une catastrophe amplifiée par une réaction tardive des autorités sanitaires.

Des membres du personnel médical avancent en file indienne en pulvérisant du désinfectant devant plusieurs maisons à Mongbwalu, le foyer de départ de la 17e épidémie d'Ebola en RDC.
Opérations de désinfection pendant l'épidémie d'Ebola à Mongbwalu, le foyer de départ de la 17e épidémie d'Ebola en RDC.Image : Xinhua/picture alliance

Cet article fait partie d'une série sur le data journalisme.

L'épidémie d'Ebola, causée par le variant Bundibugyo, a été officiellement déclarée en République démocratique du Congo le 15 mai dernier. Mais plusieurs éléments suggèrent qu'elle aurait commencé en réalité bien avant cette date.

Ce calendrier est encore sujet à discussion, mais une chose est sûre : plusieurs organismes internationaux ont souligné des retards dans la réponse initiale, dans un pays qui en est à sa 17e épidémie d'Ebola et qui mettait en avant, jusque-là, son expertise dans la lutte contre cette maladie.

Alerte de l'OMS

Les données disponibles commencent avec la chronologie reconstituée par l'OMS et l'Africa CDC.

Selon ces organismes, le premier cas identifié rétrospectivement est un professionnel de santé de Mongbwalu, dans la province de l'Ituri, qui a développé des symptômes caractéristiques d'Ebola autour du 24 ou du 25 avril 2026, selon les sources citées.

La personne est décédée dans un centre médical de Bunia, le chef-lieu de l'Ituri. Il s'agit de la province où a débuté l'épidémie et qui regroupe toujours 80 % des cas cumulés.

L'OMS n'est informée de l'existence d'une maladie inconnue à forte mortalité à Mongbwalu que le 5 mai 2026. Elle lance alors une alerte, avant les autorités congolaises.

L'Organisation mondiale de la santé affirme alors avoir "été informée d'une épidémie d'une maladie inconnue entraînant un taux de mortalité élevé dans la zone sanitaire de Mongbwalu (…) qui a notamment causé la mort de professionnels de santé."

Kinshasa réagit

Dix jours plus tard, le 15 mai, les analyses réalisées par l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), à Kinshasa, confirment la présence du virus Bundibugyo Ebola et conduisent à la reconnaissance de la 17e épidémie d'Ebola en RDC.

A peine trois jours plus tard, l'Africa CDC souligne le retard de la réponse des autorités congolaises.

Il a fallu quatre semaines entre les premiers symptômes du cas index présumé et la détection du virus Bundibugyo en laboratoire. Alors même que la victime était un professionnel de santé.

"Ce retard important met en évidence un niveau initial extrêmement faible de suspicion clinique chez les professionnels de santé locaux, ce qui a favorisé une propagation géographique plus large avant le lancement des mesures de confinement", conclut l'Africa CDC.

Selon des témoignages recueillis par la DW, les habitants de Mongbwalu ont pourtant signalé des cas de décès suspects dès la fin avril. Dieudonné Lossa Dekhana, le coordonnateur provincial de la société civile de l'Ituri, affirmait ainsi qu'"après de fortes fièvres, plusieurs décès ont été enregistrés et les victimes présentaient souvent des traces de sang au niveau de différents orifices."

Depuis le 30 mars, selon la Croix-Rouge...

Plusieurs éléments indiquent que la maladie circulait déjà avant l'apparition de ce premier cas reconnu.

Dans un rapport diffusé le 16 mai 2026 par la Croix-Rouge de la RDC, il est indiqué que "depuis le 30 mars 2026, une peur généralisée sévit au sein de la population de la zone de santé de Mongbwalu, à la suite d'une série de cas de décès".

Là encore, les symptômes étaient compatibles avec Ebola : la forte fièvre, les douleurs thoraciques, la fatigue intense, la toux persistante, les saignements nasaux, le vomissement, la perte de connaissance, l'état comateux et enfin le décès.

Le rapport de la Croix-Rouge ajoute que "l'élément déclencheur serait le corps sans vie d'un habitant de Mongbwalu, décédé et mis dans un cercueil acheté à Bunia, puis remplacé une fois à Mongbwalu. Cette manipulation à la fois du corps sans vie et du cercueil contaminé serait à l'origine de la série de cas de contamination et de décès en croissance alarmants observés à Mongbwalu et dans la ville de Bunia."

Une ambulance est garée devant une maison, dans le Quartier Shuni 1, un quartier résidentiel de Mongbwalu.Image : Gradel Muyisa Mumbere/REUTERS

...mais peut-être dès février 2026

Les données publiques ne permettent pas d'affirmer que ces décès étaient liés au virus Bundibugyo. Elles démontrent néanmoins qu'un phénomène sanitaire inhabituel était observé localement, plus de six semaines avant la déclaration officielle de l'épidémie.

Mais l'hypothèse d'une circulation encore plus précoce a émergé au fil des investigations menées après la déclaration de l'épidémie.

Dans une étude publiée le 11 juin 2026 dans le Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), une équipe de chercheurs, affiliée aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis, a reconstitué la dynamique initiale de l'épidémie.

Les chercheurs ont modélisé plusieurs scénarios de croissance épidémique sur une période de trois mois, en fonction du nombre cumulé de décès, ainsi que de différentes hypothèses d'interventions sanitaires.

La conclusion est claire : "L'analyse a mis en évidence un cas plausible de transmission interespèces (c'est-à-dire la transmission d'un virus de son réservoir animal naturel à l'homme) entre la mi-février et la fin février 2026."

Selon les auteurs, l'ampleur déjà atteinte par l'épidémie, lorsqu'elle a été déclarée, est difficilement compatible avec une émergence limitée à la fin avril.

Une hypothèse confirmée par l'OMS

Cette hypothèse a ensuite été renforcée par le travail de l'Organisation mondiale de la santé. Le 10 août dernier, Mohamed Janabi, directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, a déclaré que les analyses de séquençage génomique indiquaient que l'épidémie avait probablement commencé "dès février 2026".

Selon lui, plusieurs infections précoces auraient été attribuées à tort à des pathologies beaucoup plus courantes dans la région, notamment le paludisme et la fièvre typhoïde.

Toujours en août dernier, Mohamed Janabi a aussi confirmé que les autorités sanitaires n'avaient de visibilité que sur un tiers des cas, ce qui suggère une sous-détection importante.

"La situation d'Ebola est catastrophique. En trois mois, nous n'avons eu accès qu'à un tiers des malades", expliquait-il ainsi à la DW.

Le précédent Pig Ebola

La possibilité d'un phénomène plus ancien trouve un écho dans les travaux de l'anthropologue Jules Villa, de l'Institut Pasteur. Son étude ne porte pas sur l'épidémie de 2026, mais sur les récits locaux recueillis lors de précédentes flambées d'Ebola dans le nord-est de la RDC.

Jules Villa montre que des éleveurs, des vétérinaires et des habitants rapportaient des mortalités animales inhabituelles, avant le début d'une épidémie humaine d'Ebola.

Dans le cas de 2017, plusieurs témoins évoquaient notamment ce qu'ils appelaient le "pig Ebola", une mortalité importante chez les porcs, finalement attribuée à la peste porcine.

Jules Villa n'établit aucun lien direct avec l'épidémie de 2026, mais il souligne que ces observations communautaires constituent les premiers signaux d'alerte utiles, bien avant l'apparition d'une confirmation biologique.

Jean-Michel Bos Journaliste au programme francophone de la DW.JMBos
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