Ebola en RDC : défi sanitaire dans un territoire divisé
19 mai 2026
"Nous avons des cas à Goma. Il y a des impératifs de sécurité de ce côté-là qui doivent être pris en compte", Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, reconnaît que la coordination de la riposte contre Ebola pourrait être compliquée entre Kinshasa et les zones sous contrôle du M23, dont la ville de Goma.
Mais le gouvernement se veut rassurant. A l'issue d'une réunion d'urgence présidée par le chef de l'État lundi 18 mai, Patrick Muyaya a assuré que la riposte sera menée sur l'ensemble du territoire.
"Pour nous, c'est clair que tous les compatriotes qui sont touchés, même s'ils sont dans des zones sous occupation, le gouvernement va s'assurer que l'aide puisse leur parvenir et que nous puissions être partout mobilisés pour mettre fin à cette épidémie comme on a vaincu les épidémies passées."
La province du Nord-Kivu reste divisée entre des territoires administrés par l'État congolais et d'autres sous contrôle du M23, notamment autour de Goma. Pour John Banyene, président de la société civile du Nord-Kivu, cette situation soulève des inquiétudes, mais ne doit pas empêcher la coordination de la riposte.
"Nous gardons la foi que cette coordination n'aura pas d'inconvénient, même s'il y a des difficultés, mais de part et d'autre, je crois que les autorités sanitaires sont en alerte. La santé est apolitique et les personnels de santé sont apolitiques. La première chose, c'est de sauver les vies humaines", a insisté Banyene.
"Le gouvernement doit aussi s'occuper de nous"
Lors des précédentes épidémies, les équipes sanitaires avaient déjà dû intervenir dans des zones en conflit, parfois difficiles d'accès. Mais cette fois, la fragmentation administrative constitue un défi supplémentaire : partager rapidement les informations, acheminer le matériel médical et garantir l'accès aux populations.
A Kirumba, une localité située entre Butembo et Goma et administrée par le M23 depuis juin 2024, Eveline Malimbo exprime la crainte des habitants d'être oubliés.
"Le gouvernement doit aussi s'occuper de nous, car nous sommes des Congolais comme les autres. Nous demandons aux deux camps de mettre leur conflit de côté et d'agir pour le bien de la population."
Au Nord-Kivu, la lutte contre Ebola se joue donc autant sur le terrain médical que sur celui de la coordination entre autorités rivales. Car le virus, lui, circule sans tenir compte des zones d'influence politique ou militaire.
La RDC a fait état mardi de 136 décès, "supposés" être liés à Ebola et d'environ 543 cas suspects. L'OMS a alerté mardi sur "l'ampleur et la rapidité" de l'épidémie d'Ebola. Ebola provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse. Le virus a fait plus de 15.000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années.