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SciencesAfrique

Ebola : ce qu'il faut savoir sur la transmission

Kaukab Shairani | Carole Assignon
29 mai 2026

Le virus reste actif dans les cadavres et les rites funéraires ont souvent lieu précisément au moment où les corps sont les plus contagieux.

 Rwampara 2026 | évacuation du corps d'une victime d'Ebola
La transmission du virus Ebola est possible même après le décès d'un malade.Image : Moses Sawasawa/AP Photo/picture alliance

Alors que la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle épidémie d'Ebola, des analyses génétiques suggèrent que le virus se propageait depuis des semaines, voire des mois, avant d'être détectée. 

Pour comprendre le mode de propagation du virus il faut commence par comprendre comment il pénètre dans l'organisme. Contrairement aux virus respiratoires qui se transmettent par voie aérienne, Ebola nécessite une pénétration plus directe.

Comment le virus Ebola pénètre dans l'organisme

Le virus a besoin d'un accès direct par les muqueuses de la bouche, du nez ou des yeux, ou par des coupures et des plaies cutanées. Une peau intacte constitue une barrière, mais toute brèche représente une porte d'entrée.

David Heymann, épidémiologiste à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, qui a étudié Ebola pour la première fois en 1976, décrit ainsi la transmission : « Le virus Ebola se transmet d'une personne à l'autre par les fluides corporels.

Cela signifie par le sang, la salive, possiblement par les selles, par l'urine, et nous savons maintenant que chez les personnes guéries, la transmission se fait également par le sperme. » Le virus cible ces voies spécifiques car elles offrent un accès direct.

Les personnes infectées excrètent d'énormes quantités de virus dans ces fluides.

Le personnel soignant court un risque particulier de contamination Image : Xinhua/IMAGO

Le personnel soignant manipulant des sécrétions corporelles sans protection court un risque particulier.

Les membres de la famille qui prennent soin de leurs proches malades en phase terminale, lorsque la charge virale atteint son pic, sont également très vulnérables.

Ce qui se passe dans l'organisme

Le virus n'attaque pas au hasard.Bodo Plachter, professeur de virologie à l'université de Mayence en Allemagne, explique le mécanisme : « Le virus se réplique toujours au site d'entrée, dans les ganglions lymphatiques, puis il se propage dans tout le corps et est transporté par les cellules via la circulation sanguine vers différents organes.»

Point crucial, il cible d'abord les défenses immunitaires de l'organisme – les cellules mêmes conçues pour reconnaître et détruire les envahisseurs. Une fois affaibli, le système immunitaire est incapable de se défendre.

Le résultat est catastrophique : la charge virale devient énorme et le personnel soignant et les membres de la famille sont exposés à des concentrations extrêmement élevées de matériel infectieux.

Symptômes  et évolution de la maladie

David Heymann, qui observe Ebola cliniquement et épidémiologiquement depuis des décennies, décrit une maladie insidieuse.

Les premiers symptômes sont presque impossibles à distinguer de ceux d'affections courantes.Il explique : « Les premiers signes et symptômes ressemblent à ceux de n'importe quelle autre maladie bénigne, comme un rhume, une infection, voire le paludisme. Puis, dans certains cas, les patients commencent à se sentir mieux. Ensuite, ils développent une forme hémorragique, avec des saignements provenant de différents orifices du corps. »

 Au moment où la maladie est diagnostiquée avec certitude, les patients sont au pic de leur contagiosité. « Les personnes les plus contagieuses sont celles qui présentent la plus forte charge virale dans le liquide biologique infectant. Ainsi, en cas de contamination sanguine d'une personne en contact avec un patient, le sang sera saturé de virus », précise-t-il.

 Pourquoi le virus Ebola reste-t-il infectieux après la mort ?

La mort ne rend pas le virus inoffensif. Lorsqu'une personne décède d'Ebola, son corps contient une forte concentration de virus viable. Des substances corporelles telles que le sang, le liquide synovial et les sécrétions intestinales persistent. Le corps reste donc humide, surtout dans les climats chauds et humides.

David Heymann décrit ce qui se passe : « Il y a un rituel de purification du corps et d'autres rites. Et ce virus est présent dans les sécrétions corporelles et les solutions avec lesquelles les gens peuvent entrer en contact », ajoute-t-il. « Généralement, le corps est encore assez chaud et le virus est toujours vivant. »

Le virus reste présent dans le corps même après le décès.Image : Gradel Muyisa Mumbere/REUTERS

Le virus persiste tant qu'il reste humide dans les fluides corporels.Au niveau moléculaire, Bodo Plachter décrit un virus comme une structure complexe de multiples macromolécules maintenues ensemble par l'humidité. « Si une personne décède, il reste suffisamment de fluides pour que le virus soit stable dans le corps. »

C'est pourquoi le moment des funérailles est important. Dans certaines régions d'Afrique, les familles lavent et manipulent les corps quelques jours seulement après le décès, période durant laquelle le virus est le plus dangereux.

Que va-t-il se passer ensuite face à cette épidémie ?

Cette épidémie est difficile à contenir. Les déplacements de population à travers les frontières propagent le virus dans d'autres pays, tandis que les pratiques funéraires traditionnelles impliquent un contact avec des cadavres infectés.

David Heymann explique : « Il sera très difficile de l'arrêter en raison de la mobilité des populations, des malentendus concernant les rites funéraires et des violences actuelles, de la guerre civile et du manque de confiance des populations locales envers les étrangers. »

Les « malentendus concernant les rites funéraires » sont liés à des pratiques spécifiques. Des méthodes sûres existent : port de gants et de masques, manipulation et lavage soigneux des corps. Celles-ci nécessitent l'acceptation de la communauté et l'implication des autorités locales.

L'histoire offre un contrepoint. En 1977, la deuxième épidémie d'Ebola au Congo a été contenue grâce à un diagnostic précoce et à l'isolement approprié des patients. 

Mais la situation actuelle est plus complexe. L'épidémie se déclare dans des zones marquées par d'importants mouvements de population et des conflits persistants.

La recherche elle-même est limitée

Le virus ne peut être étudié en toute sécurité que dans des laboratoires de biosécurité de haut niveau, qui sont très rares dans le monde. Concernant cette souche épidémique, des questions essentielles restent sans réponse.

Les deux experts s'accordent sur certains points clés : un dépistage précoce, une maîtrise rigoureuse de l'infection et la sensibilisation de la population. Cependant, dans les zones marquées par la mobilité, les conflits et le scepticisme, réunir ces trois éléments simultanément pourrait s'avérer extrêmement difficile.

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