Elections législatives en Egypte
11 juin 2007
Pour les électeurs égyptiens, le choix est bien mince. Les partis libéraux et de gauche boycottent le scrutin et le seul mouvement d’opposition représenté au parlement, les Frères Musulmans, a vu ses moyens d’actions quasiment supprimés. Campagne électorale, manifestations et banderoles leur ont été interdits. Raison officielle : selon les amendements constitutionnels adoptés au mois de mars, un parti ne peut avoir pour base la religion. Depuis le début de la campagne électorale en mai environ 600 membres de la confrérie ont été placés en détention provisoire. Une situation que Human Rights Watch juge très inquiétante, comme l’explique Abdel Razeq Gasser, directeur régional de l’organisation pour le Proche-Orient :
« En 2000 et en 2005, il y avait une forte présence judiciaire, des juges surveillaient les élections. Mais depuis la révision de la constitution, il n’y a plus de contrôle par les magistrats. Cela discrédite l’ensemble du processus électoral. »
Pour contourner leur interdiction, en vigueur depuis 1954, les Frères musulmans présentent leurs candidats en tant qu’indépendants aux législatives. 19 sont en lice, contre 109 pour le parti au pouvoir, le Parti National Démocratique. Lors des élections de 2005, la confrérie avait emporté près d'un cinquième des sièges de la chambre basse du parlement. Selon Abul Fotouh, membre des Frères Musulmans, cette progression a alarmé le gouvernement du président Hosni Moubarrak.
« S’il y avait des élections libres et démocratiques en Egypte, la société entière serait réorganisée. Si au lieu de la tyrannie et de la corruption nous avions un régime libéral, de nouveaux mouvements naîtraient, la lutte politique n’aurait plus seulement lieu entre le gouvernement et les Frères Musulmans. Il y aurait plus de partis et nous n’obtiendrions pas plus de 20 ou 25% des voix. Je ne vais pas mentir et prétendre que nous aurions 66% des voix, ça ce n’est possible que dans les conditions actuelles. »
Un changement de régime qui paraît pour l’instant peu vraisemblable. Alors que le dirigeant d’opposition Ayman Nour est toujours emprisonné, la majorité des Egyptiens se tient elle à l’écart de la politique, et peu prennent la peine d’aller voter.