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Saxe-Anhalt : et si l'AfD gagnait les élections ?

Sandrine Blanchard | Jens Thurau
14 août 2026

La Saxe-Anhalt est un Land de l'ex-RDA. Au terme des régionales du 6 septembre, ce Land pourrait devenir le premier à être dirigé par l'AfD, un parti d'extrême droite.

Élections régionales de Saxe-Anhalt 2026 | Campagne électorale de l'AfD à Bitterfeld-Wolfen | Visiteurs au stand d'information
Le parti « Alternative pour l'Allemagne » (AfD), arrive nettement en tête dans tous les sondages, avec plus de 40 % des intentions de vote des électeurs de la région.Image : Hendrik Schmidt/dpa/picture alliance

La Saxe-Anhalt est un Land situé dans l’ex-Allemagne de l’Est (RDA). Cette région à caractère rural est structurellement défavorisée. Ses habitants vont élire leur Parlement régional le 6 septembre 2026. L'AfD, parti d'extrême-droite, est donné favorite des sondages.

C'est de l'actuelle Saxe-Anhalt que sont originaires bon nombre des architectes de renommée mondiale du Bauhaus de Dessau.

À Eisleben, et surtout à Wittenberg, on rend hommage au réformateur Martin Luther. C'est là qu'il a affiché ses célèbres 95 thèses sur la porte de l'église du château, déclenchant ainsi la Réforme protestante.

Les élections du 6 septembre détermineront quels partis politiques seront représentés au Parlement régional de Saxe-AnhaltImage : Dirk Sattler/IMAGO

La population

Avec environ 2,1 millions d'habitants, la Saxe-Anhalt est un Land relativement peu peuplé. Le taux de chômage y est légèrement plus élevé que dans l'ensemble de l'Allemagne.

Seules deux villes, Magdebourg, la capitale du Land, et Halle, comptent plus de 200.000 habitants.

L'économie charbon et chimie

En Saxe-Anhalt, le « triangle chimique », situé autour de Leuna et de Bitterfeld, dans l'est du Land, emploie encore aujourd'hui environ 10 000 personnes.

À l'Ouest se trouve la chaîne de moyenne montagne du Harz. L'Elbe, fleuve européen, traverse la région depuis l'Est en se dirigeant vers le Nord.

À la suite de la décision des autorités allemandes de renoncer progressivement à l'extraction du lignite (charbon fossile brun), le sud de la Saxe-Anhalt est contraint de se réinventer dans le cadre d'une mutation structurelle.

Sven Schulz (CDU) espère contrer l'AfDImage : Chris Emil Janssen/picture alliance

L'AfD largement en tête dans les sondages 

En septembre 2026, les médias internationaux tourneront eux aussi leur regard vers ce petit Land car, pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne d'après-guerre, un candidat d'un parti qualifié d'extrême droite par les services de protection de la Constitution pourrait devenir chef du gouvernement.

Le parti « Alternative pour l'Allemagne » (AfD), avec son candidat Ulrich Siegmund, arrive nettement en tête dans tous les sondages, avec plus de 40 % des intentions de vote des électeurs de la région.

Les conservateurs de la CDU ont gouverné le Land pendant la majeure partie de la période écoulée depuis la réunification allemande de 1990, mais désormais, ils sont loin derrière l'AfD, avec des scores compris entre 23 et 26 % des intentions de vote des personnes sondées.

Dans les sondages, le parti de gauche Die Linke est crédité de 13 %, tandis que le SPD se situe entre 6 et 7 %.

Il n'est pas certain que les Verts et le FDP parviennent à nouveau à entrer au Parlement régional.

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L'ombre du nazisme

Les propos de l'ancien ministre-président CDU, Reiner Haseloff, ont résonné comme une sorte de signal d'alarme. Il a annoncé, à l'été 2025, qu'il comptait quitter la Saxe-Anhalt si l'AfD arrivait au pouvoir.

Reiner Haseloff avait alors déclaré au magazine d'actualité Der Spiegel : « Je ne veux pas vivre dans un Land où l'AfD est au pouvoir. » À ce jour, l'AfD compte 23 députés sur les 97 que compte le Parlement régional.

Au Parlement régional de Magdebourg, Reiner Haseloff raconte qu'il a souvent eu l'impression « d'être au Reichstag pendant la dernière phase de la République de Weimar, ou plus tard au Sportpalast de Berlin ».

La République de Weimar a été le premier État allemand démocratique. Proclamée en 1919, elle a pris fin en 1933 avec la prise du pouvoir par les nazis.

C'est au Sportpalast de Berlin que Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du régime nazi et proche confident d'Adolf Hitler, avait proclamé la « guerre totale », en 1943.

En janvier 2026, Reiner Haseloff a quitté ses fonctions après 15 ans à la tête de la région. Son successeur, Sven Schulze (également membre de la CDU), doit désormais faire face à l'AfD.

S'il échoue, une longue période de gouvernements régionaux dirigés par la CDU prendra fin en septembre.

Dernièrement, les conservateurs gouvernaient en coalition avec les sociaux-démocrates et le FDP.

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Expérience de 1994 : un gouvernement minoritaire toléré par le PDS

De 1994 à 2002, la Saxe-Anhalt avait déjà fait la une de l'actualité politique. En juillet 1994, Reinhard Höppner, social-démocrate aujourd'hui décédé, a formé avec les Verts un gouvernement minoritaire, toléré par le PDS, le parti qui avait succédé au SED, celui au pouvoir en RDA.

Une collaboration avec les héritiers du parti d'État de la RDA, cinq ans seulement après la chute du mur séparant les deux Allemagnes, avait suscité un tollé dans tout le pays. Les conservateurs y voyaient la transgression d'un tabou.

En 1998, le succès du parti d'extrême droite DVU 

Par la suite, jusqu'en mai 2002, Reinhard Höppner a gouverné seul, sans les Verts, et a de nouveau dû compter sur les voix du PDS.

On a rapidement parlé d'un « modèle de Magdebourg » : le PDS, puis le Parti de gauche qui lui a succédé, ont par la suite également accédé à des responsabilités gouvernementales dans d'autres Länder.

En Saxe-Anhalt, la propension à voter pour des partis extrémistes était déjà plus élevée que dans d'autres régions du pays dans les années 1990. Ainsi, en 1998, l'« Union populaire allemande » (DVU), considérée comme d'extrême droite, avait réussi à faire son entrée au Parlement régional avec 12,9 % des voix.

Toutefois, ce groupe, profondément divisé, a renoncé à se présenter à nouveau aux élections régionales de 2002.

Les sondages donnent l'AfD en têteImage : Hendrik Schmidt/dpa/picture alliance

Ce que l'AfD au pouvoir changerait 

Les experts attribuent les bons résultats actuels de l'AfD dans les sondages au profond mécontentement de nombreux habitants de Saxe-Anhalt face à la situation qui prévaut actuellement en Allemagne.

Après la chute du Mur de Berlin, en 1989, de nombreux emplois ont été supprimés, notamment dans les mines de lignite à ciel ouvert et dans l'industrie chimique.

De nombreux jeunes ont quitté le Land et ne sont pas revenus.

Beaucoup d'habitants sont hostiles à une « nouvelle vague d'immigration », alors même que la proportion d'étrangers dans la population, comprise entre 8 et 9 %, est bien inférieure à la moyenne nationale.

Selon de nombreux observateurs, l'exemple de la DVU, il y a environ 25 ans, montre que les groupes d'extrême droite de Saxe-Anhalt disposent depuis longtemps d'un noyau dur d'électeurs qui soutient l'AfD d'aujourd'hui, indépendamment des programmes électoraux.

Benjamin Höhne, politologue à l'université de Chemnitz en Saxe, a déclaré à la radio Deutschlandfunk qu'il pensait que l'AfD prévoyait de remanier l'ordre constitutionnel si elle arrivait au pouvoir en Saxe-Anhalt.

Selon lui, en cas de victoire du parti d'extrême droite, les normes libérales et celles relatives à l'État de droit pourraient être systématiquement démantelées : « Je pense qu'au sein de l'AfD, on observe actuellement les États-Unis avec beaucoup d'attention. » Là-bas, le gouvernement de Donald Trump suit une ligne similaire.

Benjamin Höhne estime toutefois que de tels programmes radicaux sont difficilement applicables dans un seul Land : « On ne peut pas, dans une seule région, inverser la tendance et faire en sorte que tout suive le scénario de l'extrême droite. » 

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