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En Guinée, les journalistes toujours sous pression

10 juillet 2026

Entre contraintes économiques, suspension, fermeture et même disparition, la situation des médias guinéens reste compliquée depuis l'arrivée au pouvoir des militaires.

Guinea Conakry 2019 | Marche en 2019 (avant le coup d'état militaire) pour la libération du journaliste Lansana Camara.
Du temps du président Alpha Condé aussi, la situation des médias n'était pas simple : en 2019, les confrères du journaliste Lansana Camara s'étaient mobilisés pour qu'il soit libéré.Image : Cellou Binani/AFP

En Guinée, depuis l'arrivée des militaires au pouvoir en 2021, les voix dissidentes ont de plus en plus de mal à se faire entendre. Plusieurs partis politiques ont été dissous, les manifestations sont interdites depuis 2022, de nombreux dirigeants de l'opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l'exil.

Les disparitions forcées et enlèvements se sont également multipliés. Ainsi, on est sans nouvelle des activistes politiques Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah kidnappés le 9 juillet 2024. Idem pour le journaliste Habib Marouane Camara qui s'est volatilisé en décembre de la même année.

La Guinée occupe actuellement la 111ème place sur 180 au classement mondial sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2026. 

De passage à Bonn pour le Forum Global des Médias, organisé par la Deutsche Welle, Thierno Amadou Bah se fait l'écho de cette situation délicate.

Son média, BTA Média Labé a lui-même été suspendu début juin par la HAC, la Haute Autorité de la Communication, pour une durée de cinq mois. Une décision qui fait suite à la publication de résultats électoraux qui, selon la HAC, n'étaient pas encore officiels. 

Écoutez ou lisez l'interview e Thierno Amadou Bah ci-dessous. 

Retranscription de l'interview 

"Si tu ne restes pas dans les clous, on peut à tout moment te sanctionner."

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Nous avons été suspendus par la HAC, la Haute Autorité de la communication, qui nous disent que nous n'avons pas respecté l'éthique et la déontologie du journalisme, tout simplement parce qu'on a diffusé des résultats d'un bureau de vote alors qu'il revenait à la direction générale des élections de diffuser. Mais pour nous, une élection, quand c'est fait et que les résultats centralisés sont affichés devant les portes, c'est que c'est rendu public.

DW : Cette histoire d'élections, c'était peut être un prétexte pour vous donner un avertissement ?

Ça démontre que si tu ne restes pas dans les clous, on peut à tout moment te sanctionner parce qu'il faut être en règle pour exercer. Nous ne sommes pas contre tout ça. Ça c'est très normal. Mais avant de sanctionner quelqu'un, il faut quand même l'avertir, il faut qu'il y ait des avertissements et que tu sois aussi informé par l'institution en question, mais que toi, tu vois les informations qu'on t'appelle pour dire "Ah, nous avons vu une telle information sur les réseaux sociaux". Donc, c'est ce qui est déplorable.

DW : Est-ce que les militaires ont besoin d'être sensibilisés à l'importance des médias et du journalisme indépendant ?

Non, je ne pense pas que ça soit le cas. Le cas de la Guinée, à l'arrivée de ces militaires au pouvoir, ils nous ont octroyé une maison de la presse et ils ont augmenté la subvention. Mais le hic, c'est après tout ça aujourd'hui que nous avons vu des grands médias être fermés. Il y a des disparitions. On n'a pas un élément qui prouve que c'est tel qui a kidnappé telle personne ou telle. On retrouve des journalistes disparus, des activistes disparus. Il y a même certains gendarmes disparus ! Quelques mois après, c'est le corps qui a été retrouvé.

DW : Donc du coup, cette maison de la presse, par exemple, au début, c'était un écran de fumée ?

Ils se sont rapprochés de nous, nous nous sommes rapprochés d'eux. Après, maintenant les coups bas ont commencé. Est-ce qu'on doit tous s'exiler parce qu'on a un problème d'information alors que c'est notre pays, Ça nous appartient.

Nous devons tous être libres, surtout chez nous. Nous, c'est la compréhension entre les journalistes et les autorités, c'est à dire ce qu'ils veulent que nous disons et ceux qui ne veulent pas que nous disons. Et pour nous, tout ce qu'ils font, les citoyens lambda ont besoin de le connaître. Et notre combat, c'est quoi ? C'est l'accessibilité à l'information, donner à nos citoyens, à nos auditeurs une information vraiment fiable.

 

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