L’Éthiopie face à de nouvelles tensions avec le Tigré
23 février 2026
Bien que l'accord de paix de Pretoria de 2022 ait mis fin aux combats entre les Forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF) et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), beaucoup dans la région affirment qu'aujourd'hui, la vie ressemble à "marcher sur des œufs".
Le TPLF, autrefois parti dominant au sein de la coalition au pouvoir en Éthiopie (l'EPRDF) et pilier politique de la région, s'est fracturé en factions rivales qui se disputent l'influence, laissant les habitants incertains quant à savoir qui parle réellement en leur nom.
Cette division politique a créé un vide. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral éthiopien accuse l'Érythrée de soutenir le TPLF, une accusation que le TPLF comme Asmara démentent. Mais pour de nombreux Tigréens, le sentiment est que les fantômes de la guerre ne se sont jamais vraiment dissipés.
Plusieurs médias rapportent que des soldats du gouvernement éthiopien et des combattants tigréens se sont déployés le long de la frontière nord de la région du Tigré.
"La situation est très effrayante", a déclaré Mustafa Abdu, juriste et analyste politique basé à Mekele, la capitale du Tigré.
"Les forces fédérales de défense sont stationnées à toutes les frontières. Ainsi, tout indique que [la guerre] est inévitable", a-t-il confié à la DW, ajoutant que, selon l'accord de Pretoria, le gouvernement fédéral est responsable de la protection des frontières.
La menace imminente d'un nouveau conflit a fait flamber les prix au Tigré.
"La semaine dernière encore, un litre d'essence coûtait 220 birrs éthiopiens (1,42 $, 1,20 €). Mais à mesure que la tension augmente, le prix grimpe de 50, 60, 70 birrs supplémentaires chaque jour", a déclaré à DW Gebre Tsadiq Abraha, un chauffeur de taxi à Mekele. Cette situation pousse les habitants à prendre des mesures radicales.
"Les gens sont contraints d'accumuler non seulement du carburant, mais aussi de la nourriture et d'autres biens essentiels", explique Nathaniel Tekleberhan, un habitant de Mekele.
"Ceux qui souffrent de maladies chroniques, comme le diabète, sont obligés d'acheter et de stocker leurs médicaments en grande quantité. Cela est aussi lié à l'expérience passée : beaucoup de personnes ont perdu la vie lors de la dernière guerre faute de médicaments", ajoute-t-il.
Risque réel de guerre
Amdom Gebreselassie, président d'Arena Tigray for Democracy and Sovereignty, un parti d'opposition tigréen fondé par des dissidents du TPLF, a déclaré à la DW : "Le TPLF est également actif militairement dans la région."
Il a averti que Shabia, un autre nom du Front populaire de libération de l'Érythrée (EPLF), infiltrait plusieurs zones, en particulier avec du personnel de renseignement.
"Beaucoup sont totalement déployés. Il existe un risque de guerre, et donc une reprise des hostilités est à craindre."
"Le peuple du Tigré est dans une situation désespérée", a déclaré Abdu.
Au début de la semaine, Volker Türk, le haut‑commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a appelé toutes les parties au conflit à "désamorcer” d'urgence la situation.
Selon le responsable onusien : "Le dialogue politique et les mesures de confiance sont urgemment nécessaires, et non un retour à la violence armée."
Les ambitions maritimes de l'Éthiopie
Tout cela survient alors que les tensions avec l'Érythrée voisine s'intensifient. Les déclarations répétées d'Abiy Ahmed sur la nécessité pour l'Éthiopie d'obtenir un accès à la mer ont suscité de l'inquiétude en Érythrée, où beaucoup craignent que cela n'alimente de nouvelles tensions.
"Cette année, nous prévoyons une croissance de 10,2 %", a déclaré Abiy cette semaine aux journalistes, aux côtés du président turc Recep Tayyip Erdogan.
"Mais la continuité de cette croissance ne peut être garantie lorsqu'un pays de plus de 130 millions d'habitants est privé d'accès à la mer. Indépendamment de l'expérience et des tendances mondiales, et en raison de la conspiration de longue date de nos ennemis, l'Éthiopie est devenue une prisonnière géographique, et ce n'est pas juste", a affirmé Abiy.
Pendant une brève période après 2018, les relations entre l'Éthiopie et l'Érythrée s'étaient réchauffées.
Mais depuis 2023, cet optimisme a disparu. L'Érythrée a lancé une mobilisation militaire nationale tandis que l'Éthiopie a déplacé des troupes vers la frontière. Les civils des deux côtés vivent désormais dans la crainte que ces mouvements militaires ne dégénèrent en quelque chose de bien pire dans la Corne de l'Afrique.
L'Érythrée a combattu l'Éthiopie lors de la guerre de 1961–1991 pour son indépendance. Une autre guerre a éclaté entre les deux pays de 1998 à 2000 à cause d'un différend frontalier.
En 2018, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Isaias Afwerki ont signé un accord de paix, ce qui a conduit à la réouverture de la frontière et a valu à Abiy le prix Nobel de la paix en 2019.