HRW appelle à protéger les chauffeurs routiers au Mali
12 mars 2026
Au Mali, l'attaque qui a visé fin janvier un convoi d'environ 40 camions-citernes, escorté par l'armée malienne, en route pour la ville de Kayes, a causé la mort d'au moins douze chauffeurs, dont deux adolescents qui étaient des apprentis.
Six semaines plus tard, les blessures morales demeurent pesantes chez les survivants de l'attaque qui ont du mal à oublier.
Ce chauffeur de camions, que la DW a contacté et qui s'exprime de façon anonyme, affirme souffrir d'un traumatisme sonore après les échanges de tirs entre l'armée malienne et les éléments du Jnim.
J'ai toujours du mal à entendre maintenant, ça ressemble à des sifflements au niveau de mes oreilles, explique-t-il, alors qu'il a perdu son chef et son mentor dans cette attaque. Sans nul doute, parce que je n'avais rien vu de tel de toute ma vie. J'exerce cette activité depuis l'adolescence. Aujourd'hui, j'ai près de quarante ans. Il me sera donc très difficile de quitter ce travail pour un autre, malgré le traumatisme. Nous allons ainsi reprendre les activités après avoir observé la période de deuil. Nous demandons à l'armée de veiller davantage sur notre sécurité, mais nous reconnaissons que nos FAMa font un grand sacrifice dans ce sens."
Exécutions sommaires
Dans un communiqué, Human Rights Watch appelle les autorités maliennes à mieux protéger les civils, notamment les chauffeurs routiers, exposés aux violences des groupes djihadistes.
Selon Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Wright Watch, l'exécution de douze chauffeurs de camions par le Jnim pourrait constituer un crime de guerre.
Elle explique que "les victimes ont été retrouvées les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée. Il s'agit donc d'un crime de guerre, selon le droit humanitaire international. Cette attaque s'inscrit dans un contexte plus large, parce que depuis septembre 2025, le Jnim mène une campagne pour, disons, perturber l'approvisionnement en carburant du Mali et il attaque les camions-citernes des pays voisins. Les familles de certains chauffeurs disparus disent ne pas avoir de nouvelles, des informations autour du sort de leurs proches. Ils sont donc toujours dans l'incertitude, ne sachant pas si leurs proches sont morts ou vivants."
Ilaria Allegrozzi précise qu'il a fallu le retour de l'armée sur place, 15 jours après l'attaque, pour pouvoir récupérer les corps des chauffeurs exécutés.
Pour Human Rights Watch, le gouvernement malien devrait solliciter l'aide de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, en vue de la traduction en justice des responsables de l'attaque.