Etude : l'état du fack-checking en Afrique francophone
2 avril 2026
C'est un document qui appelle les fact-checkers d'Afrique francophone à "engager une véritable pause introspective”.
Les initiatives se sont multipliées ces dernières années, à un rythme mondialisé à la faveur notamment de la pandémie de Covid-19 pour lutter contre la désinformation et débusquer le vrai du faux et satisfaire la demande du public d'une information vérifiée. Ainsi, le fact-checking est selon les auteurs de l'étude "un rempart essentiel pour les sociétés démocratiques confrontées à des vagues continues de contenus falsifiés”.
En Afrique francophone, la PAFF, la Plateforme africaine des fact-checkers francophones, constate une "sophistication croissante” de la pratique et son "intégration progressive dans la formation et la pratique journalistiques”.
Toutefois, expliquent les auteurs, il existe peu d'études sur la portée et l'implantation du fact-checking dans cet espace. La PAFF s'est ainsi penchée sur quelque 3.000 articles de 26 organisations de fact-checking dans neuf pays francophone : RDC, Mali, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Mali, Centrafrique, Sénégal et Togo.
Les thèmes les plus souvent passés au crible
Premier constat : les sujets relatifs à la politique et la sécurité sont les plus susceptibles d'être vérifiés par les fact-checkers. Cela concerne quasiment un article sur deux. Cela s'explique par des crises et conflits persistants dans des pays comme la RDC, mais aussi par la menace terroriste dans les pays du Sahel et de plus en plus leurs voisins.
Viennent ensuite les canulars et l'escroquerie en ligne, suivis par l'information sur la santé et l'économie.
Cette répartition varie toutefois en fonction des pays. Le fact-checking d'informations liées à la santé sont très représentés au Togo ou en Centrafrique, mais quasiment pas au Sénégal.
Enfin, les sujets liés aux droits des femmes et l'égalité entre les sexes représentent moins de 2% des articles analysés. Les enjeux climatiques et environnementaux ont une présence de seulement 3%.
Le debunking se taille la part du lion
En réalité, même s'il existe des disparités entre les pays étudiés, le fack-checking, qui vérifie l'exactitude d'une information pour savoir si elle est vraie ou fausse, ne concerne à proprement parler qu'un article sur dix analysé dans l'étude. Cette manière d'aborder l'actualité demande de plus longues recherches et des articles de fond. L'étude comprend ici le fack-checking comme "l'examen des déclarations faites par les acteurs publics de premier rang".
Le rapport note ici que les thèmes liés au climat et à l'égalité sont davantage traités à travers la méthode du fact-checking : "les thématiques marginalisées font, paradoxalement, l'objet de plus d'investissement dans le traitement journalistique par le fact-checking".
Dans 90% des cas, la lutte contre la désinformation passe par la pratique du debunking, qui consiste à démasquer des fausses informations et à rétablir la vérité factuelle. Cela concerne par exemple les fausses rumeurs largement répandues sur les réseaux sociaux.
Faible investissement dans le fact-checking
Selon la PAFF, la faible représentation du fact-checking est notamment dû à ce que les auteurs de l'étude appellent le "pluralisme autoritaire” qui domine dans les paysages médiatiques des pays d'Afrique francophone.
Cela veut dire qu'il existe un espace public et des médias, mais ceux-ci travaillent sous un certain contrôle des pouvoirs.
"Parce qu'il démolit la propagande de tout pouvoir, le fact-checking et ses praticiens sont perçus comme des trouble-fêtes dont il faut contenir les effets réels ou fantasmés par tous les moyens, même les plus coercitifs”, écrivent les auteurs de l'étude.
La PAFF estime que dans les pays d'Afrique francophone "en crise ouverte”, comme le Burkina, le Mali ou encore la RDC, "les pouvoirs en place sont engagés dans une guerre de récits qui n'épargne pas les fact-checkers".
L'étude relève aussi le caractère chronophage du fact-checking et l'incapacité de "couvrir l'ensemble des informations trompeuses diffusées sur les réseaux sociaux”.