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MédiasAfrique

Fact-checking : les journalistes vus comme des trouble-fête

Mahamadou Saley
7 avril 2026

C'est ce qui ressort d'une étude récemment publiée par la PAFF (Plateforme africaine des factcheckers francophones), ce qui en dit long sur le climat pesant dans lequel évoluent ces journalistes

Symbole de la désinformation
Avec l'évolution d'Internet, les "fake news" deviennent de plus en plus difficile à repérerImage : Imago Images/Panthermedia/O. Le Moal

Le fact-checking, ou vérification des faits, est une pratique journalistique qui consiste à passer au crible des déclarations, des images ou encore des informations devenues virales, afin d’en mesurer l'authenticité.  

Un travail minutieux qui exige du temps, des compétences et des moyens. Mais en Afrique francophone, notamment dans les pays du Sahel, cette mission s’exerce bien souvent sous pression politique. 

Pour le journaliste burkinabè Boureima Salouka, qui a travaillé pour la DW Akademie, et est par ailleurs le coordinateur de l’étude, la guerre informationnelle tend aujourd’hui à prendre le pas sur le fact-checking en Afrique francophone. 

"Ce que l'on appelle aujourd'hui la guerre des récits, ou la guerre informationnelle, (c’est une injonction) dans laquelle on demande aux journalistes, aux facts checkeurs, de s'aligner sur une position. Soit de s'aligner sur des positions gouvernementales, ou bien, dans des régions qui sont sous contrôle de groupes rebelles ou de groupes terroristes, de s'aligner sur le narratif promu par ces différents groupes. Donc, tout cela crée une situation qui ne favorise pas un travail en toute indépendance, en toute transparence", assure-t-il.

Des contraintes juridiques qui compliquent le travail

Malgré ces pressions, notamment sur les sujets politiques ou sécuritaires, les vérificateurs de faits poursuivent leur mission. Leur objectif : lutter contre la désinformation et permettre aux citoyens d’accéder à une information fiable. 

Mais sur le terrain, certaines contraintes juridiques viennent compliquer davantage leur travail, comme l’explique le fact-checker béninois King Jérôme. 

"Il y a une loi ici, au Benin, qui concerne l'apologie du crime. Quand tu veux parler (de certains sujets sensibles, ndlr), tu es sanctionné par cette loi qui parle de l'apologie des crimes. Donc ces situations font qu'on a du mal à traiter des sujets liés à la sécurité", estime-t-il.

Début 2025, Meta (la maison-mère de Facebook) a abandonné le concept de fact-checking au profit de commentaires provenant des utilisateurs.Image : Imago Images/ZUMA Press

Une adaptation face à l'évolution constante de la désinformation

Boureima Salouka dénonce également un environnement de travail de plus en plus contraignant, marqué par un accès limité aux sources d’information. 

"Il faut des sources ouvertes, mais quand il y a une crise assez profonde, on remarque, que ce soient les autorités qui sont à la tête des États, ou des sources indépendantes, des sources expertes, des chercheurs, que tous ont tendance à ne plus s'exprimer. Les autorités contrôlent l’information et les sources expertes, souvent, craignent de s'exprimer. Donc, quand il y a cet empêchement de la prise de parole, le fact-checking est vidé de tout son sens, parce que le fact-checker n'invente pas."

Pour assurer la pérennité du fact-checking, Boureima Salouka préconise une adaptation face à l’évolution constante de la désinformation. Car, même s’il est admis que la vérification des faits ne constitue plus, à elle seule, une réponse suffisante, cette technique demeure une réponse éditoriale nécessaire. 

Selon Boureima Salouka, il est essentiel d’y associer une véritable éducation au numérique, à tous les niveaux, afin de mieux armer les citoyens face aux manipulations de l’information. 

Mahamadou Saley Correspondant DW Maradi
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