Pression américaine sur un chef de renseignement des FDLR
6 juin 2026
Les Etats-Unis ont pris cette semaine de nouvelles sanctions contre un responsable du mouvement FDLR. Il s’agit de Gustave Kubwayo, présenté comme commandant d’une unité de renseignement et d’opérations spéciales de ce groupe armé à majorité hutu qui opère depuis le sol congolais contre le gouvernement rwandais.
Le ministère rwandais des Affaires étrangères a publié une note indiquant que la RDC continuait de soutenir les FDLR. Le Rwanda, félicité par les Etats-Unis qui affirment que Kigali remplissait sa part d'obligations dans l'Accord de Washington, dit souhaiter qu'il n'y ait pas de traitement sélectif pour les parties à cet accord impliquant le Rwanda et la RDC.
La santion américaine survient alors que certains observateurs estiment que les FDLR ont fortement perdu de leur capacité de nuisance. Mais selon Washington, elle vise à contrer les menaces persistantes contre la stabilité dans l’Est de la RDC.
Un groupe affaibli mais toujours actif
Entre moins de 1 000 et 3 000. C’est l’effectif estimé aujourd’hui des membres des FDLR encore actifs sur le territoire de la RDC. Washington accuse ce groupe armé d’implication dans des violences contre les civils, de recrutement d’enfants soldats, de violences sexuelles et d’attaques transfrontalières menaçant le Rwanda.
Parmi les sanctions imposées à Gustave Kubwayo figurent le gel de ses avoirs relevant de la juridiction américaine, l’isolement financier, et la restriction de ses déplacements.
Josaphat Musamba, doctorant à l’université de Gand, en Belgique, pense que ces sanctions américaines n’auront pas de grand effet sur les FDLR.
"Sanctionner Gustave Kubwayo ne réduit pas leur collaboration avec les autres groupes armés qui se battent jour et nuit contre les forces rwandaises et le M23 », souligne t-il en ajoutant que "les FDLR résistent malgré les sanctions, malgré le fait que le M23 contrôlent une bonne partie des territoires de Rutshuru et de Masisi".
Un engagement difficile à tenir
Dans les accords de paix de Washington signés entre la RDC et le Rwanda le 4 décembre 2025, Kinshasa s’est engagée à neutraliser les FDLR. Mais six mois plus tard, aucune réalisation n’a été effectuée dans ce sens.
La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a pourtant répété il y a peu à la Deutsche Welle que la RDC ferait le nécessaire pour que les éléments rwandais se retirent du territoire congolais.
Mais pour le professeur Philippe-Doudou Kaganda, directeur scientifique du centre de recherche sur les conflits et la paix dans la région des Grands Lacs, la RDC n’est pas en mesure de tenir cet engagement.
"On sait que les FDLR opèrent en majorité dans les zones occupées aujourd’hui par l’AFC-M23. L’opérationnalisation d’un tel engagement semblait d’avance être un échec. Le Rwanda continuera à accélérer sur cet engagement qui, visiblement, ne sera pas respecté par le gouvernement de la RDC. Comment expliquer que le gouvernement pouvait accepter de neutraliser les FDLR dont il ne disposait pas du maximum de contrôle."
Les Etats-Unis considèrent les FDLR comme un groupe terroriste depuis 2013. Et depuis 2009, ils prennent des sanctions en coopération avec l’Onu contre les commandants politiques et militaires de ce mouvement.
Les nouvelles sanctions américaines ciblent également John Imani Nzenze, le chef du renseignement de l’AFC-M23, mouvement armé soutenu par le Rwanda, qui occupe depuis plus d’une année, de vastes territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.