Les conditions des femmes se détériorent au Nord-Kivu
24 septembre 2025
En République démocratique du Congo, Shasha, dans la province du Nord-Kivu, est une zone sous contrôle des rebelles de l'AFC-M23. Les habitants qui ont fui les combats ont commencé à retourner chez eux, mais désormais, les femmes sont confrontées à une difficulté supplémentaire.
En effet, les services de planification familiale ont quasiment disparu. Les éducateurs communautaires ne sont pas revenus et les campagnes de sensibilisation ont été suspendues. Depuis que les rebelles ont pris le contrôle de ce territoire, les conditions se sont donc dégradées pour les femmes, ce qui se traduit par une hausse des grossesses, alors que les familles vivent déjà dans une grande précarité.
Après plusieurs mois passés dans des camps de déplacés internes, près de Goma et de Minova, des centaines de familles retournent ainsi progressivement dans leurs villages.
Mais ce retour est semé d'embûches, car ces familles doivent reconstruire une vie nouvelle, dans des conditions d'extrême pauvreté. Enfin, il y a un autre défi : celui de la planification familiale.
Aucune sensibilisation
À Shasha, à une trentaine de kilomètres de la ville de Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, les femmes ne bénéficient quasiment plus des programmes de contrôle des naissances.
Or, l'accès à la planification familiale est un droit fondamental, d'autant plus vital en période d'incertitude et d'insécurité.
Bembeleza Fikiri, 34 ans, mère de huit enfants, se souvient qu'avant le conflit avec les rebelles du M23, des éducateurs communautaires venaient informer les familles sur les services de planification familiale.
Depuis son retour, elle n'a plus revu ces agents de proximité. Bembeleza explique que "les éducateurs communautaires qui venaient autrefois nous sensibiliser à la planification familiale ont disparu. Aujourd'hui, on n'en parle que dans les centres de santé, lors des vaccinations. Sans éducation, nous risquons d'avoir des grossesses inattendues. Le plus grand problème, c'est que nous ne pouvons pas élever correctement ces enfants dans de telles conditions".
Les prestataires de soins confirment que des kits de planification familiale sont disponibles. Mais le défi majeur est de rétablir la sensibilisation dans les zones rurales, où les populations retournées manquent d'accompagnement.
Ce programme, autrefois soutenu par des ONG locales et internationales, s'est effondré, faute de financements.
Justine Furaha est infirmière à l'hôpital de Shasha et elle insiste sur l'importance d'une relance de ces campagnes.
Elle pense que "la sensibilisation à la planification familiale doit continuer, car si les femmes sont informées, les grossesses non désirées diminueront et elles pourront décider quand avoir des enfants".
La crainte d'une grossesse non désirée
À Shasha, cette réalité est partagée par de nombreuses femmes. Beaucoup peinent à utiliser efficacement les services de planification familiale.
Fideline Asifiwe, mère de neuf enfants, a eu la chance d'être formée à la planification familiale pendant son séjour dans un camp de déplacés. Depuis son retour, elle tente d'appliquer ce qu'elle a appris, mais reconnaît les difficultés.
"Avant, dit-elle, je n'entendais parler que du planning familial et du fait qu'on pouvait mieux gérer ses grossesses. Mais après mon déplacement, j'ai regretté : je n'avais rien à donner à mes enfants. La guerre m'a tout pris et je ne pouvais pas imaginer une nouvelle grossesse. Je devais d'abord voir mes enfants grandir. Mais sans suivi, c'est très difficile".
À Shasha, comme dans de nombreuses zones rurales du Nord-Kivu, la planification familiale dépasse la simple question de santé. C'est une question de survie ou d'échec. Une question de dignité.