En Afrique, la stigmatisation des femmes sans enfants
9 juillet 2026
C'est un tabou mis en lumière par deux célébrités qui en sont victimes : le harcèlement social et en ligne subi par les femmes africaines qui n'ont pas d'enfants. Début juin, l'influenceuse guinéenne Mimiche Diabaté a fait cas du cyberharcèlement qu'elle a subi depuis son mariage. Avant elle, il y a eu le cas similaire de Konnie Touré, la célèbre journaliste et animatrice ivoirienne. Depuis ces témoignages, la parole s'est libérée sur les réseaux sociaux, créant une forme de mouvement Me too.
Harcèlement sur les réseaux mais aussi dans la sphère familiale
Mariame Tanou Diallo fait partie de celles qui ont décidé de parler. Elle en est à son deuxième couple sans enfants. Cette deuxième relation qui s'accompagne d'un harcèlement en ligne incessant. Pour Mariame, la question a commencé par des remarques sur son corps.
"Quand je publie des photos, certaines personnes me demandent si je suis enceinte parce que j'ai pris du poids, explique-t-elle. Elles me demandent même de combien de mois je suis (enceinte). J'ai arrêté de publier sur Facebook. Je me limite désormais aux statuts WhatsApp, où je peux contrôler qui les voit."
Renoncer aux réseaux sociaux ne la préserve pas pour autant. Le harcèlement est d'abord social. Il est même familial pour cette femme âgée de 27 ans. Mariame est souvent amenée à répondre à des questions sur son infertilité et elle reçoit beaucoup de recommandations pour consulter des guérisseurs.
"Souvent, ce sont des membres de ma famille, assure-t-elle. Certains vont même voir ma mère pour lui conseiller des guérisseurs. Cela m'affecte, parce que je souhaite avoir un enfant depuis mon mariage. Parfois, je me dis que, peut-être, je n'aurai jamais d'enfants et que mon mariage ne sert à rien."
L'infertilité masculine reste un tabou
Des recommandations qui, toutefois, sont rarement adressées aux hommes. Les femmes sont, en effet, perçues comme les seules responsables de l'infécondité d'un couple. Une discrimination qui conduit à la stigmatisation et à l'isolement des femmes sans enfants.
Kadiatou Konaté, une féministe guinéenne, observe que "c'est un sujet extrêmement tabou. Beaucoup de femmes vivent cette situation sans en parler. Elles tentent de résoudre le problème seules, ce qui les expose à d'importantes difficultés financières et parfois sanitaires. Et on ne demande même pas si le problème vient de l'hommec.
Pourtant, l'infertilité d'un couple provient autant de la femme que de l'homme, mais la pathologie masculine demeure souvent ignorée dans les prises en charge médicales.