Soudan–Tchad : une frontière fermée et des soupçons
24 février 2026
Le conflit au Soudan provoque une crise humanitaire majeure. Près d’un million de personnes ont fui vers le Tchad voisin, désormais en première ligne après la chute d’El‑Fasher, au Darfour du Nord. En deux semaines, près de 100 000 civils ont fui la ville, dont environ 6 000 ont franchi la frontière tchadienne. Une situation critique dans un pays déjà saturé par des années d’instabilité régionale.
Une frontière stratégique sous pression
Les 1 300 kilomètres de frontière entre les deux pays traversent des zones désertiques difficilement contrôlables. Historiquement utilisées par des milices et rébellions, ces régions sont aujourd’hui menacées par la progression des Forces de soutien rapide (FSR), qui contrôlent désormais l’essentiel du Darfour.
Depuis décembre 2024, les tensions militaires s’accumulent : une frappe de drone tue deux soldats tchadiens, une incursion attribuée aux FSR en janvier 2025 fait sept morts près de Tiné.
Face à ces attaques, N’Djamena a fermé entièrement sa frontière, invoquant la menace directe d’un débordement du conflit sur son territoire.
Neutralité affichée, accusations persistantes
Le Tchad affirme rester neutre dans la guerre soudanaise. Mais plusieurs enquêtes, dont des analyses satellitaires, laissent penser que des armes en provenance des Émirats arabes unis auraient transité par son territoire au profit des FSR. Les autorités démentent fermement, rappelant qu’elles sont, elles aussi, victimes de frappes et d’incursions.
Cette situation alimente des divisions internes : en avril 2025, plusieurs hauts gradés ont été radiés, en particulier au sein de l’ethnie zaghawa, très présente dans l’appareil sécuritaire et historiquement opposée aux FSR.
Un rapprochement stratégique avec la France
Après une période de froid diplomatique, le pouvoir tchadien se rapproche à nouveau de Paris.
Le sujet soudanais figure désormais au cœur des discussions entre Mahamat Idriss Déby et Emmanuel Macron. La France avait autrefois fourni un appui crucial en matière de renseignement, indispensable pour sécuriser la frontière. Cet appui ayant diminué, un réchauffement des relations apparaît stratégique pour N’Djamena.
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