Le chancelier allemand accusé de faire le jeu de l'AfD
22 octobre 2025
Il y a des petites phrases qui provoquent de grands effets. En Allemagne, Friedrich Merz est ainsi au cœur d’une vive polémique depuis quelques jours.
Le chancelier allemand a, en effet, tenu des propos qui ont choqué une partie de la classe politique et de l'opinion publique, sur les problèmes liés à l'immigration qui seraient visibles, selon lui, dans "le paysage urbain".
Hier soir, des manifestations ont même été organisées devant le siège de son parti, la CDU, pour réclamer une clarification, dans un contexte où la montée de l'extrême-droite continue d'inquiéter.
"Des problèmes dans le paysage urbain" (Stadtbild)
Les "jeunes hommes en situation irrégulière" présents dans les rues d'Allemagne, les femmes voilées… voilà des signes de "problèmes visibles” dans l'espace public, selon Friedrich Merz, et la raison pour laquelle son gouvernement travaille à des "rapatriements à grande échelle".
Ces propos, tenus lors d'une conférence de presse, suscitent une vague d'indignation dans le pays.
Le député social-démocrate, Adis Ahmetovic, a appelé, ce matin, à une décision commune de la coalition gouvernementale pour clarifier le débat.
L'élu SPD critique une rhétorique floue qui alimente les préjugés et renforce l'extrême droite. Plusieurs voix au sein du SPD réclament des réponses plus nuancées aux problèmes qui se posent aux villes d'Allemagne.
Les écologistes et la gauche dénoncent des propos stigmatisants de la part du chancelier.
Heidi Reichinnek, par exemple, membre très médiatique du parti de la gauche radicale Die Linke, accuse Friedrich Merz d'instrumentaliser les femmes pour justifier un discours raciste. Même point de vue pour Sören Pellmann, le chef du groupe parlementaire de la gauche radicale au Bundestag : "Monsieur Merz, a déclaré le député de gauche, le dérapage évident de votre formulation n'était pas seulement déplacé, c'est une nouvelle épine dans notre démocratie et, en tant que chancelier, vous ne devriez pas faire cela."
Misbah Khan, des Verts, reproche au chancelier d'accentuer les divisions au sein de la société et d'alimenter les discours d'extrême droite relayés, entre autres, par le parti AfD.
Critiques venues de la CDU aussi
Même au sein des conservateurs de la CDU, des voix s'élèvent. Armin Laschet juge les propos du chef du gouvernement "trop flous" et craint qu'ils ne profitent à l'AfD.
Un autre conservateur, Dennis Radtke, appelle à plus de clarté. Mais Friedrich Merz campe sur ses positions et il a affirmé qu'il n'avait "rien à retirer" à ses déclarations. Il a même insisté :
"Demandez à vos enfants, demandez à vos filles, demandez à vos amis et à vos connaissances. Ils confirmeront tous que c'est un problème, au moins après la tombée de la nuit."
Des jeunes filles au cardinal de Munich
Alors, en ligne, des jeunes filles répondent, comme l'une d'entre elles, qui affirme, face à la caméra, que "le problème de notre paysage urbain, c'est le racisme".
Hier soir, près de 2 000 personnes ont manifesté devant le siège de la CDU à Berlin, dénonçant une vision réductrice et dangereuse de la société. Les organisateurs parlent de 7 500 participants.
Autres réactions en Allemagne : ce matin, le cardinal de Munich, Reinhard Marx, a estimé dans une interview qu'il est essentiel que les villes allemandes restent diversifiées, avec un développement urbain qui favorise "le bien-être de tous, le dialogue, la paix et la tolérance, tout en rendant visible la richesse culturelle".
Quant à l'actrice Denise M'Baye, elle se dit blessée par les propos du chancelier Merz. L'artiste alerte sur la montée de l'hostilité envers les personnes issues de l'immigration.
Par ailleurs, Amnesty International s'adresse au gouvernement fédéral pour lui demander de ne pas expulser de ressortissants afghans qui seront renvoyés dans un pays gouverné par les talibans.
La pression continue de monter pour que le chancelier clarifie ses propos.