15 ans après Fukushima, le nucléaire toujours en discussion
11 mars 2026
Le 11 mars 2011, un séisme a provoqué un tsunami de grande ampleur dans l'océan Pacifique. Au Japon, dont le nord-est est alors particulièrement frappé par le raz-de-marée, un demi-million de personnes sont contraintes de quitter leur domicile et plus de 20.000 morts sont enregistrés.
Trois des six réacteurs de la centrale de Fukushima-Daiichi entrent en fusion, des substances radioactives s'échappent dans l'air et dans la mer. Il s'agit de l'une des pires catastrophes nucléaires de l'histoire.
Aujourd'hui, comme tous les ans le 11 mars à 14h46, les Japonais ont observé une minute de silence en hommage aux victimes de cet accident.
Quinze ans après la catastrophe de Fukushima, le nucléaire civil connaît un retour en grâce dans le monde. Pourtant, aucune solution pérenne de recyclage des déchets nucléaire n'a encore été trouvée.
Le Japon n'a pas renoncé à cette source d'énergie et le gouvernement réfléchit à utiliser une île déserte de l'océan Pacifique pour y enfouir les déchets nucléaires, à environ 2.000 kilomètres de Tokyo.
L'UE veut davantage de centrales
De son côté, la présidente de la Commission de l'Union européenne aimerait doter l'UE de davantage de centrales. Ursula von der Leyen a estimé lors d'un sommet organisé mardi [10.10.2026] à Paris que l'abandon progressif de l'énergie atomique avait été une "erreur stratégique".
Selon elle, le nucléaire est une source d'énergie "fiable et abordable" pour produire "de l'énergie à faibles émissions" de CO2 . C'est pourquoi Ursula von der Leyen prévoit de nouvelles aides financières pour de nouvelles centrales.
La semaine dernière, Fatih Birol, le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie, avait déjà déclaré qu'"il est dans l'intérêt des pays européens, pour leur sécurité énergétique et pour leur souveraineté, de développer davantage leurs énergies renouvelables" et "d'opérer un retour en force de l'énergie nucléaire".
Pas de stockage des déchets nucléaires en Allemagne
Ursula von der Leyen a un lien quasi familial avec ce type controversé d'énergie. Feu son père, Ernst Albrecht, a dirigé le Land de Basse-Saxe dans les années 1970. Il était un fervent partisan du nucléaire. Mais il a échoué à installer un dépôt dans l'est de sa région pour y stocker les déchets nucléaire.
La localité prévue pour abriter ce site, Gorleben, est même devenue un symbole pour des centaines de milliers de militants contre le nucléaire. Au vu de la mobilisation citoyenne contre ce projet, le dépôt définitif n'a pas vu le jour.
Aucune centrale allemande active depuis 2023
Aujourd'hui encore, le nucléaire est loin de faire l'unanimité en Allemagne. Suite à la catastrophe de Fukushima il y a quinze ans, le gouvernement allemand a décidé de renoncer progressivement à l'énergie nucléaire. La dernière centrale a été „débranchée" en 2023 alors que l'Allemagne de l'ouest s'était dotée, à partir de 1961 (année de la construction du Mur de Berlin), de 37 réacteurs qui lui ont fourni jusqu'à 30% de sa production d'énergie.
A l'est, la RDA exploitait deux centrales principales et avait lancé deux projets, tous les réacteurs ainsi que les projets issus de l'ère soviétique ont été arrêtés au début des années 1990.
Le débat sur l'utilité de revenir à l'énergie nucléaire a été relancé avec les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, qui font craindre des pénuries de gaz et de pétrole.
Merz ne veut pas revenir sur l'abandon du nucléaire
Le chancelier Friedrich Merz (CDU) rappelle que les gouvernements allemands précédents ont décidé de sortir du nucléaire. Selon lui, il n'est pas possible de revenir sur cette décision. "Je le regrette, mais c'est ainsi et nous nous concentrons désormais sur la politique énergétique existante."
Le chef du gouvernement le sait : les partis conservateurs (CDU/CSU) ne pourraient obtenir de majorité favorable au nucléaire au sein du Bundestag actuel qu'en s'alliant avec le parti d'extrême-droite AfD, ce que le chancelier exclut par principe.
Le „non" franc du SPD aux centrales
L'autre parti membre de la coalition gouvernementale, le SPD, rejette la proposition d'Ursula von der Leyen. Le ministre de l'Environnement social-démocrate, Carsten Schneider, rappelle les milliards que l'énergie nucléaire a coûté au contribuable allemand pendant des décennies : "Quand une technologie à risque dépend encore, au bout de trois quarts de siècle, du soutien de l'Etat et qu'il existe des alternatives bien meilleures, il faut en tirer les conséquences", a-t-il déclaré.
Le directeur général de RWE, le plus grand fournisseur d'électricité allemand, a récemment rejeté l'idée d'investir dans de petits réacteurs : "À l'heure actuelle, un investissement dans les SMR n'est pas envisageable pour une entreprise privée."
Paris s'allie avec 15 Etats européens
Contrairement à l'Allemagne, certains Etats de l'UE sont au contraire très favorables au développement de l'énergie nucléaire. Avec la France en tête, qui exploite encore 57 réacteurs.
Emmanuel Macron a mis sur pied un cercle de 15 Etats membres de l'UE qui veulent de nouvelles centrales en Europe. La Suède et l'Italie en font partie, contrairement à l'Allemagne, donc, ou encore à l'Espagne ou à l'Autriche.
La catastrophe de Tchernobyl, en 1986, avait déjà laissé une empreinte forte en Allemagne et conduit à un changement de mentalité au sujet du nucléaire. En Allemagne, le parti des Verts s'est créé dans les années 1980 autour de la lutte contre le nucléaire.