Génocide des Rohingyas : la Gambie en quête de justice
30 janvier 2026
La Gambiea porté plainte, en novembre 2018, contre la Birmanie devant la Cour internationale de justice. Elle l'accuse d'avoir perpétré un génocide contre la minorité musulmane rohingya, lors des opérations militaires de l’armée birmane, en 2016 et 2017, dans l’ouest du pays. À la suite de ces opérations de grande envergure, plus de 700 000 Rohingyas avaient fui vers le Bangladesh voisin, afin de se mettre à l'abri.
Les juges de ce tribunal de l'Onu ont démarré, depuis le 12 janvier, l'examen des preuves apportées par le ministre gambien de la Justice, mandaté par l’Organisation de la coopération islamique (OCI) pour saisir la Cour principale de l’Onu.
Selon une enquête des Nations unies, au moins 10 000 personnes auraient été tuées durant ces attaques contre la minorité musulmane rohingya.
Environ 1,17 million de Rohingyas vivent dans des conditions difficiles dans des camps de réfugiés au Bangladesh.
Voici la réaction de Reed Brody, avocat spécialisé dans les crimes de guerre, membre de la Commission internationale des juristes, auteur de "La traque de Hissène Habré : juger un dictateur dans un monde d’impunité" (Karthala, 2024).
Pour écouter son interview, veuillez cliquer sur l'image ci-contre
Reed Brody: La Gambie a saisi la Cour au nom de la communauté internationale, en faisant valoir que le génocide est un crime qui concerne tous les États et que tout État partie à la Convention sur le génocide peut engager la responsabilité d'un autre État lorsqu'un génocide est allégué.
La Cour a accepté cet argument et autorisé la poursuite de l'affaire. En présentant devant les audiences le ministre de la Justice, Dawda A. Jallow, a déclaré que son pays avait agi par obligation morale de dénoncer l'oppression. Mais pourtant, la Birmanie, ou du moins les officiels birmans, ont catégoriquement rejeté toutes ces accusations. Le fait que vous menez une opération militaire ne peut pas justifier tous les moyens. Ce que la Gambie a présenté devant la Cour pendant les audiences, c'est village par village, l'incendie des maisons et surtout la violence sexuelle et le meurtre des enfants qui ne peut pas se justifier avec l'argument de contre terrorisme.
DW: L'Afrique du Sud également à porter plainte devant la Cour internationale de justice contre Israël, qu'elle accuse de génocide dans la bande de Gaza. Pensez vous que l'issue de la procédure en cours pourrait influencer celle concernant justement Gaza?
C'est la première fois que la Cour examine au fond des accusations de génocide depuis les affaires issues de la guerre en ex-Yougoslavie. En réalité, la Cour n'a jamais jugé qu'un État était lui-même responsable de la commission d'un génocide, car elle a historiquement fixé un seuil très élevé pour parvenir à cette conclusion. Et donc la décision que la Cour donnera aura une importance capitale sur l'intention et la preuve du droit du génocide. Et donc ce que la Cour va décider sur l'affaire Gambie. Myanmar aura beaucoup d'influence pour la décision qu'elle va rendre plus tard. Entre l'Afrique du Sud et l'Israël.