À Gaza, une paix fragile aux contours incertains
14 octobre 2025
Le plan de cessez-le-feu, négocié par les États-Unis entre Israël et le Hamas, reste empreint d’une grande ambiguïté. Pour certains experts, cette ambiguïté est volontaire, afin d’obtenir un accord minimal entre deux camps irréductibles : le gouvernement israélien de droite et le mouvement islamiste palestinien. Pour d’autres, ce flou pourrait au contraire raviver les tensions.
"Le fait qu’Israël et le Hamas aient accepté une première phase du plan est une étape importante, mais il est trop tôt pour parler de paix", estime Hugh Lovatt, spécialiste du Moyen-Orient au European Council on Foreign Relations.
Selon lui, la réussite du cessez-le-feu dépendra de la mise en œuvre concrète des engagements pris par chaque partie. Mais ce n’est pas si simple.
Des points de friction majeurs
Les points d’achoppement restent nombreux : sur la démilitarisation du Hamas et de Gaza, la création d’une "force internationale de stabilisation", mais aussi sur les garanties internationales et les intentions à long terme d’Israël.
Le plan prévoit un retrait progressif de l’armée israélienne, d’abord jusqu’à une "ligne jaune" à l’intérieur de Gaza, puis jusqu’à une "ligne rouge", après le déploiement d’une force internationale. Mais aucun calendrier n’a été fixé.
Israël entend par ailleurs maintenir une zone tampon élargie, représentant près de 17 % du territoire de Gaza, au nom de sa sécurité.
Cette force internationale, censée sécuriser les frontières et appuyer une nouvelle police locale, peine à voir le jour. Washington souhaite y associer ses partenaires arabes et européens, mais peu de pays se disent prêt à déployer des troupes au sol.
La France s’est dit disposée à contribuer, tandis que l’Allemagne privilégie un soutien financier. L’Égypte, elle, réclame une participation américaine plus directe.
Parallèlement, le Hamas reprend progressivement le contrôle de Gaza, selon plusieurs sources. Ses combattants affrontent des groupes rivaux accusés de pillages. Si le plan évoque la « démilitarisation complète » du territoire, il ne fixe aucun critère précis, laissant le champ libre à des interprétations divergentes.
Israël pourrait retarder son retrait, arguant que cette condition n’est pas remplie, tandis que certains membres du Hamas pourraient refuser de désarmer.
Un avenir politique toujours incertain
Au-delà de son bras armé, le Hamas demeure une force politique et idéologique profondément ancrée. Le plan de paix mentionne la perspective d’un État palestinien, mais sans en définir les contours.
Pour le spécialiste du Moyen-Orient, Hugh Lovatt, seule une véritable reprise des négociations israélo-palestiniennes et un retrait clair d’Israël de Gaza permettraient de stabiliser la région.
Enfin, la question du suivi du plan reste entière. Beaucoup redoutent qu’en l’absence d’un mécanisme solide, le processus échoue. Certains analystes craignent que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, sous la pression de son aile droite, relance l’offensive dès la libération des otages.
D’autres avertissent que le cessez-le-feu pourrait s’effondrer si Washington relâche son attention ou cède aux pressions des faucons israéliens. Ainsi, ce plan, salué comme un premier pas vers la paix, reste suspendu à un équilibre fragile entre prudence diplomatique et réalités de terrain.