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Ghana : un patchwork géant pour dénoncer la fast-fashion

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15 juin 2026

À Accra, l’artiste ghanéen Emmanuel Aggrey Tieku transforme des panneaux publicitaires en œuvres monumentales pour dénoncer l’afflux massif de vêtements de seconde main. Une installation choc qui met en lumière les ravages environnementaux de la fast-fashion et interpelle citoyens et autorités.

À Accra, des milliers de vêtements usés cousus en patchwork recouvrent des panneaux publicitaires géants. Cette installation, baptisée "Baleboard", est l’œuvre de l’artiste ghanéen Emmanuel Aggrey Tieku. Son objectif : faire irruption dans l’espace public pour dénoncer la pollution textile liée à l’importation massive de vêtements de seconde main.

Des panneaux publicitaires pour révéler l’ampleur du problème

Lancée en avril 2026, l’exposition prévoit sept installations dans la capitale ghanéenne. Âgé de 31 ans et basé à Paris, Emmanuel Aggrey Tieku utilise des vêtements invendables récupérés au marché de Kantamanto pour créer des œuvres monumentales. "Quand on le met sur un panneau publicitaire, nous disons : 'Voici l’ampleur du problème actuel'", explique l’artiste.

Des mètres de tissus cousus les uns aux autres pour dénoncer les effets néfastes de la fast-fashionImage : Claudia Lacave/DW

Le Ghana est l’un des principaux importateurs mondiaux de fripes. En 2021, le pays se classait au douzième rang mondial. Chaque semaine, près de 15 millions de vêtements d’occasion y entrent, pour une population d’environ 34 millions d’habitants. Une quantité impossible à absorber, d’autant que beaucoup de ces vêtements arrivent déjà endommagés.

Kantamanto, symbole d’une crise environnementale

Faute de système efficace de gestion des déchets à Accra, une partie des textiles finit dans les rues, les égouts ou sur les plages. Au marché de Kantamanto, principal centre de revente de fripes de la capitale, les vêtements invendables s’accumulent au sol. "Quand vous regardez les étiquettes, vous voyez le Royaume-Uni, l’Amérique, la France, l’Italie ou la Turquie", constate Patrick Adjei, agent commercial ghanéen.

Malgré cette pollution visible, les fripes restent populaires pour leur prix abordable, face aux vêtements traditionnels locaux, souvent plus chers. Les habitants sont néanmoins conscients de l’ampleur des importations et de leurs conséquences environnementales.

Une œuvre collective et un message mondial

Pour assembler ses installations, Emmanuel Aggrey Tieku emploie une équipe entièrement féminine, chargée de coudre et d’organiser les tissus selon leur poids et leurs couleurs. L’artiste a financé seul le projet, pour un coût supérieur à 20 000 euros. "C’est une œuvre d’art public, une manière d’engager la conversation avec les gens", souligne-t-il.

Avec "Baleboard", Emmanuel Aggrey Tieku espère interpeller les autorités ghanéennes et attirer l’attention du monde entier sur les dérives de la fast-fashion. Après Accra, il envisage d’installer son projet en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigeria, en Tanzanie et en Ouganda.

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