Le Global Gateway, la réponse de l'UE à la Chine
26 novembre 2025
Le chancelier allemand Friedrich Merz l'a dit en Angola, lieu du dernier sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne : l'Europe ne veut pas "laisser le continent aux autres”. "
Les autres" que le chancelier évite de citer nommément, c'est surtout la Chine qui investit massivement en Afrique en construisant des ponts, des ports, des routes et, ironie du sort, des aéroports comme celui, flambant neuf de Luanda.
Le Global Gateway, initiatve de l'Union europénne, est lui aussi composé de projets d'infrastructures qui sont financés par l'UE mais aussi des investisseurs privés, pas seulement en Afrique, mais dans le monde entier. Il vise à mobiliser des centaines de milliards d'euros, dont 150 milliards sur le continent africain. Lors du lancement de ce programme, le G20 estimait que le déficit d'investissement dans les infrastructures au niveau mondial atteindrait 13 000 milliards d'euros d'ici à 2040
Le projet de Lobito, projet type du Global Gateway
En Afrique, ce n'est certainement pas un hasard si l'un des projets phares, en partie financé par le programme, est en cours de construction justement en Angola. Il s'agit du corridor de Lobito, une ligne ferroviaire de 1.700 km qui doit relier les régions minières en Zambie et en RDC à l'Atlantique, par le port de Lobito, en Angola.
Comme l'écrit la Commission européenne, le temps de transport de marchandises d'un bout à l'autre du corridor doit passer d'un mois à seulement à une semaine.
Par ailleurs, des entreprises doivent être construites le long de l'itinéraire – des secteurs de l'agriculture à la logistique. Selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, "c'est la meilleure façon pour les entreprises africaines de croître et de se préparer à la concurrence mondiale".
Pour le chancelier Friedrich Merz, "le marché unique européen est une grande réussite et le plus grand projet de paix que l'Europe ait jamais connu. Et c'est précisément dans ce contexte que l'Allemagne soutient la zone de libre-échange panafricaine depuis sa création.”
Les critiques abondent
"Dans sa conception, le Global Gateway n'a pas été développé en consultation avec des acteurs africains et a négligé les priorités africaines”, estime par exemple Hermione Sam, du German Marshall Fund, dans une interview à la DW. Selon elle, l'UE est souvent critiquée pour "faire de grands discours mais les concrétiser peu - surtout si on la compare à la Chine”.
La chercheuse rappelle qu'il faut "mettre l'accent sur l'échange de connaissances et de compétences qui contribuent à la transformation des économies locales africaines”. Sinon, l'ancienne spirale va continuer, avec des matières premières qui quittent le continent à bas prix et reviennent plus chers une fois transformées.
Également interrogé par la DW, le représentant de la Fondation Konrad Adenauer à Bruxelles se veut plus optimiste. Pour lui, "c'est le moment où l'Europe peut marquer des points face à la Chine en renforçant les capacités de traitement locales”.
Enfin, signe que la concurrence est féroce : pendant que l'UE se retrouvait en Angola, la Chine vient de lancer dans l'est du contient le chantier de la modernisation du corridor de Tazara. Il relie depuis les années 1970, sur plus de 1.800 km, la Zambie à la Tanzanie et l'océan Indien.