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Un an de contestation en Algérie

Georges Ibrahim Tounkara
21 février 2020

Il y a un an, le 22 février 2019, de nombreux Algériens envahissaient les rues à travers le pays pour manifester contre la volonté annoncée d’Abdelaziz Bouteflika de briguer un 5e mandat présidentiel.

Les Algériens réclament un changement de système, pas de président
Les Algériens réclament un changement de système, pas de présidentImage : picture-alliance/AP Photo/T. Doudou

Dénommé "Hirak", ce mouvement a fini par obtenir la démission du président le 2 avril 2019. Cependant, la rue algérienne ne veut rien lâcher en dépit de la chute d’Abdelaziz Bouteflika et l’élection d’Abdelmadjid Tebboune en décembre 2019. Ce vendredi 21 février, des milliers d’Algériens sont pour la 53e semaine consécutive, descendus dans les rues. Aussi bien dans la capitale, Alger, que  dans les grandes villes de province. 

Pour eux, un président a certes démissionné et un nouveau a été élu, mais le changement de système espéré n'a pas eu lieu. Dans un texte appelé "Manifeste du 22 février", publié jeudi, des organisations proches du "Hirak" appellent à "continuer la mobilisation", soulignant que leur slogan "qu'ils partent tous", était "toujours d'actualité."

Ce manifeste dénonce aussi la poursuite des mesures répressives contre les journalistes, les militants politiques et les manifestants et rappelle que les Algériens "veulent que leur pays soit gouverné et géré dans la transparence, que la justice soit indépendante et le Parlement légitime." 

Il faut du temps pour changer les choses

Le président Abdelmadjid Tebboune demande du temps pour changer les chosesImage : picture-alliance/AP/F. Guidoum

Le  président Abdelmadjid Tebboune a semblé répondre à ce mouvement de contestation. Dans un entretien accordé à des medias étrangers, il a réclamé du temps pour opérer le "changement radical" promis en matière de fonctionnement de l'Etat. "On ne peut pas réformer, réparer et restaurer ce qui a été détruit pendant une décennie en deux mois", a dit le président algérien.

 

Risque d’essoufflement du mouvement 

La mobilisation de ce vendredi 21 février peut apparaître comme un test pour l’avenir du "Hirak". Selon des témoins, cette mobilisation est plus massive que celles des vendredis précédents. Mais, certains spécialistes estiment que la contestation doit se repenser au risque de s'essouffler. 

Pour Karina Dirèche, directrice de recherches au Centre national de recherche scientifique (CNRS), "la mobilisation est toujours là mais on voit bien qu'il y a une vraie difficulté à passer à autre chose que ces rassemblements hebdomadaires."

La rue maintient la pression sur le nouveau pouvoirImage : picture-alliance/AP Photo/T. Doudou

Quant à Dalia Ghanem, également chercheuse, elle estime que "l'absence de figures dirigeantes identifiées, entrave la capacité du mouvement à négocier avec le pouvoir."

La présidence algérienne a décrété le 22 février de chaque année "Journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée". 

Au pouvoir depuis deux décennies, Abdelaziz Bouteflika, âgé de 82 ans et très affaibli par un AVC, avait annoncé le 10 février 2019 qu'il briguerait un 5e mandat. Le 22 février, plusieurs milliers de personnes avaient pris d’assaut les rues pour manifester contre cette annonce. Le 2 avril, sous la pression de la rue et de l’armée, Abdelaziz Bouteflika annonçait sa démission.
 

Georges Ibrahim Tounkara Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle