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EconomieAllemagne

Prévisions : aucune reprise en vue pour l'économie allemande

Sabine Kinkartz | Reliou Koubakin
28 mai 2026

La guerre en Iran a anéanti tout espoir de croissance économique. Cela met l'Allemagne sous pression, notamment en matière de retraites et de santé.

Des employés de Volkswagen travaillent sur la chaîne de montage de la voiture électrique ID.3 du constructeur automobile allemand Volkswagen, sur le site de production à Dresde, dans l'est de l'Allemagne, le 14 mai 2025
Volkswagen n'est qu'une des nombreuses entreprises allemandes qui connaissent des difficultésImage : JENS SCHLUETER/AFP/Getty Images

Ce rendez-vous n'a sans doute pas été des plus agréables pour Friedrich Merz. Le chancelier allemand a reçu mercredi (27.05.26), en compagnie de plusieurs ministres de son gouvernement, le " Comité des Sages". C'est ainsi que l'on désigne les cinq professeurs qui composent le Conseil d'experts chargés de l'évaluation de l'évolution économique globale, un organe consultatif indépendant auprès du gouvernement fédéral.

Le Comité des Sages (Wirtschaftsweise) conseille le gouvernement allemand sur des questions économiques Image : ABBfoto/picture alliance

"Dans notre rapport, nous avons malheureusement dû revoir à la baisse nos prévisions de croissance pour cette année", a déclaré la présidente Monika Schnitzer avant sa réunion à la Chancellerie. "Nous tablons désormais sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) de seulement 0,5 % pour l'année en cours et de 0,8 % pour l'année prochaine."

Dans le même temps, le taux d'inflation, c'est-à-dire la hausse des prix, grimpe à 3 % en 2026.  Ce sont là des chiffres catastrophiques, qui vont à l'encontre de ce que le chancelier fédéral avait promis comme priorité absolue lors de l'entrée en fonction de son gouvernement en mai 2025 : relancer rapidement l'économie en Allemagne.  

Les prix de l'énergie ont considérablement augmenté

En automne encore, une reprise de l'économie était espérée pour cette année 2026. Mais la guerre en Iran a bouleversé ces prévisions. Le prix du fioul a augmenté de 40 %, et les tarifs du gaz et de l'électricité devraient eux aussi continuer à grimper.

Dans le même temps, la pression concurrentielle s'intensifie sur les marchés mondiaux, notamment en raison de la Chine. En 2025, Pékin a de nouveau augmenté ses exportations de marchandises vers l'Europe, principal débouché des exportations allemandes, "ce qui pèse lourdement sur l'industrie allemande, tant sur le marché intérieur que sur les marchés tiers", selon l'économiste autrichien Gabriel Felbermayr.

L'absence de croissance économique met d'autant plus en évidence les problèmes structurels dont souffre l'Allemagne. La population allemande vieillit rapidement. Les générations les plus nombreuses de l'après-guerre atteindront l'âge de la retraite dans les années à venir. Parallèlement, l'espérance de vie augmente, le taux de natalité a continué de baisser et l'immigration vers l'Allemagne est en recul. Le vieillissement de la société entraîne également une augmentation des coûts liés aux soins des malades et des personnes dépendantes. 

Avant la guerre en Iran, 20 % de la consommation mondiale de pétrole et de gaz liquéfié transitait par le détroit d'Ormuz, au large des côtes iraniennes. Ce blocage de facto touche le monde entierImage : Amirhosein Khorgooi/ISNA/AP Photo/picture alliance

En Allemagne, les caisses sociales sont financées par les salariés et les employeurs. Actuellement, les cotisations représentent un peu plus de 42 % des coûts salariaux. "Sans réformes, le taux de cotisation cumulé de toutes les assurances sociales dépassera les 50 % d’ici 2040", estime la présidente du Comité des Sages, Monika Schnitzer. "Cela signifie une baisse du salaire net, une diminution de la consommation, une moindre incitation à travailler, une augmentation des coûts salariaux pour les entreprises, ce qui est néfaste pour l’économie ; il y a donc une pression énorme pour agir."

La santé est précieuse, mais elle coûte aussi cher en Allemagne

L'Allemagne possède le deuxième système de santé le plus coûteux de tous les pays de l'OCDE, rapporté au produit intérieur brut. Or, selon l'économiste du Comité des Sages, Martin Werding, les prestations ne sont que médiocres. Il faudrait réduire les dépenses et stabiliser les recettes. La prévention est également insuffisante, estime Martin Werding. "Notamment pour éviter les comportements néfastes pour la santé. Il s'agit d'initier dès le plus jeune âge une bonne alimentation dans les crèches et les écoles, mais aussi d'augmenter les taxes sur le tabac, l'alcool et les boissons sucrées, ce qui aurait un certain effet incitatif."

Le Comité recommande que la génération la plus âgée contribue davantage aux coûts. Dans l'ensemble, il faut "s'attaquer à des réformes qui entraînent déjà de réelles contraintes", a déclaré Monika Schnitzer. Son collègue Achim Truger a exprimé son désaccord. Ce professeur de socio-économie estime que certaines propositions, notamment en matière de retraite et de soins, étaient "assez radicales". Il craint des difficultés sociales.

Le nombre de centenaires a continué d'augmenter en AllemagneImage : Kasper Ravlo/Zoonar/IMAGO

C'est précisément la raison pour laquelle la coalition gouvernementale formée par les partis conservateurs CDU/CSU et les sociaux-démocrates (SPD) peine tant à mettre en œuvre ces réformes. Elle a certes présenté un projet de loi visant à réformer l'assurance maladie. Mais il reste à voir quelles mesures seront finalement adoptées parmi les milliards d'économies prévues. Actuellement, divers groupes d'intérêt s'insurgent contre ce projet. La proposition visant à faire payer des cotisations plus élevées à l'assurance dépendance aux personnes sans enfants suscite également des critiques. 

Seule une reprise économique pourrait y remédier. Les experts ont quelques propositions à cet effet. Il serait important de mettre l'accent sur le progrès technologique en tant que moteur de la puissance économique. Mais cela ne fonctionnera pas uniquement grâce aux start-ups, met en garde Veronika Grimm, membre du Comité des Sages.

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