La guerre reprend dans le nord de l'Ethiopie
23 septembre 2026
La guerre est en train de reprendre dans le nord de l'Ethiopie. La compagnie aérienne nationale, Ethiopian Airlines, a suspendu ses vols en direction et en provenance du Tigré. Ces violences mettent en péril l'accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022. Et font craindre une guerre de grande ampleur.
Accusations mutuelles
Les deux camps s'accusent d'avoir déclenché cette nouvelle guerre : d'un côté, le TPLF, redevenu la force dominante au Tigré depuis la fin du précédent conflit en 2022 et de l'autre, le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed.
Des combats auraient éclaté dans la région voisine d'Afar entre les forces du Tigré et les troupes fédérales éthiopiennes. Ethiopian Airlines a suspendu ses vols à destination de Mekelle, Shire et Axoum, invoquant la « situation actuelle dans la région du Tigré ».
Dimanche, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et six autres groupes opposés au gouvernement fédéral d'Addis Abeba ont annoncé s'allier. Parmi ces groupes se trouvent aussi des milices amhara Fano ou encore l'Armée de libération oromo. Leur objectif commun : "renverser" le gouvernement d'Abiy Ahmed.
"La guerre a commencé"
La DW a joint Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'Oslo New University College, en Norvège, dans l'après-midi de ce mercredi. Il dépeint la situation sans ambages.
"La guerre a déjà commencé, estime Kjetil Tronvoll. Hier, non seulement l'aéroport de Mekele, mais aussi ceux de Shire et d'Aksoum ont été pris par les forces tigréennes. Et d'après ce que nous avons entendu, des combats font rage en ce moment même, le long des lignes de front face à la région d'Afar, mais aussi plus au sud, en direction de la région d'Amhara. Il semble s'agir d'une coordination entre plusieurs forces : non seulement les forces tigréennes, mais aussi celles d'Afar et de Fano semblent être impliquées dans ce qui apparaît comme le début ou le lancement de campagnes coordonnées."
Getachew K. Reda, ancien porte-parole du TPLF désormais en rupture avec le mouvement et passé conseiller du Premier ministre éthiopien, déplore dans un tweet l' "irresponsabilité" de ses anciens camarades : "Il est particulièrement navrant d'apprendre que, malgré les efforts déployés par de nombreux acteurs, y compris la communauté internationale, pour éviter une nouvelle vague de combats au Tigré, les dirigeants du TPLF ont lancé tôt ce matin une offensive de grande envergure contre les positions gouvernementales dans les régions d'Afar et d'Amhara".
Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF ) a été interdit en 2025 en Ethiopie. Cette formation politique a gouverné pendant longtemps le pays. Le gouvernement d'Abiy Ahmed l'accuse de gouverner illégitimement le Tigré, province du nord de l'Ethiopie.
Les dirigeants tigréens du TPLF affirment quant à eux défendre leur peuple contre une invasion des forces armées fédérales qu'ils accusent de vouloir perpétrer un "génocide" dans le Tigré.
Contenir l'escalade
Gerrit Kurtz, analyste allemand spécialisé dans les questions de sécurité à l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP) à Berlin, évoque-lui aussi "une grave escalade" : "Des combats avaient déjà lieu ces derniers mois, des affrontements sporadiques. Mais c'est un pas vers la guerre et [il sera difficile de] contenir la situation maintenant que l'on a atteint le niveau actuel d'escalade … "
Des diplomates et des spécialistes de la région redoutent qu'un nouveau conflit ne s'étende au-delà des frontières même de l'Ethiopie. Tous pensent à la guerre qui a éclaté au Soudan voisin, en 2023. Le conflit a amené de nombreuses puissances étrangères à s'impliquer et il a provoqué la pire crise humanitaire au monde.
L'Union africaine a appelé aujourd'hui à une désescalade immédiate en Ethiopie.