Guinée/Cédéao : réactions mitigées à la levée des sanctions
29 janvier 2026
La Cédéao a levé ses sanctions contre la Guinée, imposées après le coup d'État militaire de septembre 2021. Une décision qui marque un tournant dans les relations entre Conakry et l'organisation ouest-africaine. Mais sur le terrain, cette décision suscite des réactions contrastées, notamment chez les défenseurs des droits humains, au sein de la société civile, mais aussi de la presse guinéenne.
Pas de grand changement
Les chefs d'État ouest-africains ont salué les efforts des autorités de transition, notamment l'adoption d'un calendrier de retour à l'ordre constitutionnel.Pour le pouvoir de Conakry, cette décision est perçue comme une reconnaissance des avancées réalisées depuis le coup d'État militaire de 2021.
Mais du côté des défenseurs des droits humains et de la société civile, la prudence reste de mise.Ils estiment que la situation sur le terrain n'a pas évolué, en particulier en ce qui concerne la liberté d'expression.
Avant l'élection présidentielle de décembre dernier, qui a vu la victoire du général Mamadi Doumbouya, les autorités de transition avaient en effet interdit les trois principaux partis d'opposition et suspendu plusieurs organes de presse. Ceci après avoir imposé la fermeture, en 2024, des principaux médias privés du pays : Fim, Groupe Espace et Djoma Médias.
‘'Pour vraiment en finir avec tout cela, je crois qu'il faut beaucoup travailler sur la libération des médias" estime Ibrahima Balaya le président du Forum civil guinéen.Selon lui, les médias sont "asphyxiés, sont mis au pas" et il précise qu'en Guinée "malheureusement, les médias qui existent sont des médias ennuyeux".
Pour Ibrahima Balaya ce sont "des médias ennuyeux parce qu'il n'y a pas cette liberté de critiquer l'action du gouvernement, l'action des pouvoirs publics.”
Entre espoir et de scepticisme
Pour la presse guinéenne, la levée des sanctions est accueillie avec un mélange d'espoir et de scepticisme. Si certains saluent une opportunité de relancer le dialogue, d'autres rappellent que les attentes des Guinéens restent fortes, notamment en ce qui concerne la justice, la gouvernance et l'inclusivité du processus de transition.
‘'Nous espérons que la donne va changer. Je pense que ça pourrait permettre aux autorités guinéennes de profiter de cette levée des sanctions, pour, elles aussi, lever l'interdiction faite à certains médias d'exister, autrement dit de rétablir les médias fermés. Donc, l'État guinéen doit lever l'interdiction qu'il avait prise contre les médias" explique Sékou Jamal Pendessa le secrétaire général du Syndicat de la presse de Guinée.
En levant ses sanctions, la Cédéao envoie un signal politique fort aux autorités guinéennes. Reste désormais à savoir si cette décision sera suivie d'actes concrets, pour répondre aux aspirations démocratiques et sociales des Guinéens.