En Guinée, la politique des disparitions des voix critiques
10 août 2026
En Guinée, l'inquiétude grandit autour de la disparition de l'activiste Bella Bah, interpellé samedi dernier (08.08) dans l'enceinte de son établissement scolaire, à Conakry, par des hommes présentés comme des gendarmes. Depuis, sa famille et son avocat disent n'avoir toujours pas eu d'informations sur son lieu de détention.
Les proches de l'activiste réclament des informations sur son sort.
L'affaire démarre par une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, le week-end passé, dans laquelle le grand imam de Conakry, El hadj Mamadou Saliou Camara, affirme, en soussou, une langue locale guinéenne, que "rien de grave ne se passe actuellement en Guinée".
Ce sont ces propos du religieux, tenus dans un contexte sociopolitique tendu dans le pays, qui vont pousser le célèbre activiste Bella Bah à réagir sur sa page Facebook. "C'est un malhonnête corrompu, manipulateur. Il est la caution morale de l'injustice que les Guinéens subissent", écrit-il.
Quelques heures seulement après ce post, Bella Bah est interpellé dans l'enceinte du groupe scolaire "Les dragons", situé dans le quartier Taouyah, en banlieue de Conakry. Une école dont il est le refondateur.
Silence radio
Un des encadreurs de l'école et témoin oculaire de l'interpellation de Bella Bah revient sur la scène. Il précise que "cela s'est passé samedi dernier, à 18 heures. J'étais au bureau et lui priait. Quand il a fini, un homme en civil qui est venu me demander des fiches de renseignement concernant l'année scolaire de 2027. L'homme est parti et quelques instants après et est revenu avec des policiers, ou plutôt des gendarmes. Voulant entrer dans son bureau qui est ici, ils l'ont suivi et l'ont pris. Il n'a pas insisté. Donc, il n'y a pas eu de violence".
L'annonce de la disparition de l'activiste a été faite sur les réseaux sociaux, samedi soir, par son épouse, Ami Bah.
Ce lundi matin, elle et l'avocat de Bella Bah, maître Salifou Béavogui, sont à pied d'œuvre pour localiser l’activiste toujours porté disparu. L'avocat, que la DW a e au téléphone, laisse entendre qu'"aucune communication n'est possible à ce stade".
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Pendant ce temps, l'inquiétude grandit dans la famille de l'activiste. Sa femme, Ami Bah, ne s'en cache pas.
"Nous restons très inquiets, car, jusqu'à présent, aucune information officielle ne nous a été communiquée, explique-t-elle. Nous demandons au procureur de la République de nous aider à savoir où il se trouve. Nous voulons simplement savoir où il est et s'assurer qu'il est en sécurité".
Les affaires se suivent et se ressemblent
Du côté des activistes guinéens, ce nouvel enlèvement est vécu avec résignation, comme les précédents cas enregistrés dans le pays.
"On a vu une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux où on nous montre clairement des hommes en uniforme qui entrent dans l'école. Finalement, on ne peut pas nous dire que c'est une disparition, déplore Ibrahima Balaya Diallo. Tous les activistes ont une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Personne n'est à l'abri. Les arrestations peuvent arriver à tout moment".
Bella Bah est célèbre pour ses prises de position audacieuses sur des sujets politiques et sociaux. Son enlèvement relance la question sur les nombreux cas de disparition d'activistes, acteurs politiques et journalistes guinéens, qui s'opposent au pouvoir du président Mamadi Doumbouya et des militaires dans son entourage.
Parmi les plus célèbres disparus, depuis le coup d'Etat militaire de 2021 en Guinée, figurent Oumar Sylla, alias Foniké Mangué, et Mamadou Billo Bah, tous deux cadres du Front national pour la défense de la Constitution, enlevés en juillet 2024, ainsi que le journaliste Habib Marouane Camara, porté disparu depuis le mois de décembre de la même année. On est sans nouvelle d'eux depuis leur disparition.