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L'élite guinéenne appelée à réfléchir sur l'avenir du pays

6 août 2026

Aliou Barry, du Centre d'analyse et d'études stratégiques dit craindre que la Guinée ne retombe dans une transition militaire.

Conakry 2025 | Mamadi Doumbouya avec ses hommes.
La Guinée est actuellement dirigée par Mamadi Doumbouya.Image : Patrick Meinhardt/AFP

En Guinée, alors que les spéculations se poursuivent sur l'état de santé du président Mamadi Doumbouya, Aliou Barry, du Centre d'analyse et d'études stratégiques, publie une tribune intitulée : "Appel à l'élite guinéenne : rompez le silence et sauvez la République". 

Dans ce texte, l'analyste interpelle les intellectuels face aux défis que traverse actuellement la Guinée. Il les exhorte à prendre leurs responsabilités, à s'exprimer publiquement et à ne pas être complices d'un régime autoritaire. Il souligne que cette démarche ne constitue pas une incitation à la violence de rue, mais plutôt une insurrection des esprits. 

Écoutez ou lisez l'interview de la DW avec Aliou Barry.

 

Aliou Barry : Pour moi, il est temps aujourd'hui, vu ce qui se dessine dans le pays avec la maladie du chef de l'État qui n'est plus un secret pour personne, on risque de retomber encore dans une transition où c'est encore l'armée qui va prendre le pouvoir.

C'est pourquoi dans la Tribune, si vous la lisez, je préconise même un colloque pour faire sortir au moins un livre blanc.

Quel projet pour la Guinée ? Qu'est-ce qu'on doit faire donc ? Cet appel-là, pour moi, c'est un appel au réveil de conscience de l'élite guinéenne.

DW : Vous avez parlé tout à l'heure de la maladie de Mamadi Doumbouya. Vous craignez que le pays ne retombe encore dans une transition ? Mais là, l'armée est totalement fidèle à Doumbouya.

Aliou Barry : Le problème, c'est que vous savez très bien, dans toute l'histoire de transition militaire en Guinée, on a vu quand Lansana Conté est décédé, c'est que depuis 1984, l'armée guinéenne a squatté complètement le pouvoir politique.

Aujourd'hui, même s'il y a une assemblée qui est mise en place, s'il arrive une indisponibilité complète du chef de l'État, je ne serais pas surpris que ce soit encore un militaire qui monte au créneau en disant : "On prend nos responsabilités, on dénonce la malgouvernance", comme ça s'est fait en septembre 2021. C'est là où je dis qu'il est temps qu'aujourd'hui, même si ce scénario se dessine, il est temps que l'élite guinéenne prenne ses responsabilités, au moins dans la réflexion.

"On risque de retomber encore dans une transition"

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Moi, je n'appelle pas à une manifestation de rue. Je dis qu'il est temps que l'élite guinéenne se mette autour d'une table pour réfléchir.Qu'est-ce qu'on fait de ce pays aujourd'hui en Guinée ? On a une élite qui se tait et une partie de l'élite qui est compromise dans la gouvernance actuelle.

DW : Vous avez parlé de réflexion, est-ce que vous avez déjà des idées concrètes ?

Aliou Barry : Alors tout à fait. C'est-à-dire qu'on est en train de rédiger des termes de référence pour ce prochain colloque où on décline quatre ateliers, c'est-à-dire une réflexion sur les institutions, une réflexion sur les ressources minières, l'exploitation des ressources humaines, une réflexion sur quel type de régime il faut en Guinée ?

Est-ce qu'il faut continuer à s'inspirer de la Constitution française avec un exécutif fort dans un pays qui est habitué à l'autoritarisme, où il faut réfléchir à faire un régime semi-présidentiel ou semi-parallèle ? Je n'en sais rien. Mais le débat, il faut qu'on le mette sur la table.

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