Homosexualité en Afrique : encore loin de l'acceptation
5 juin 2026
En Afrique, une trentaine d’Etats africains sur 54 criminalisent toujours les relations entre personnes de même sexe. Les peines encourues par les personnes homosexuelles peuvent être extrêmement lourdes, selon les pays.
Au Nigeria, par exemple, les relations homosexuelles peuvent valoir jusqu’à 14 ans de prison.
Dans d’autres pays, comme la Gambie, le Soudan, la Tanzanie ou la Zambie, les personnes homosexuelles risquent une condamnation à la réclusion à perpétuité. Et en Ouganda, en Mauritanie, dans le nord du Nigéria et certaines régions de Somalie, les personnes LGBTQI+ peuvent même être condamnées à mort.
Les pays où l'homosexualité est légale
Il existe toutefois des pays, sur le continent, où l’homosexualité est légale. Au Bénin, en Côte d’Ivoire, en RDC, au Niger, à Djibouti, au Rwanda, elle n’est pas criminalisée. En Angola, au Gabon, au Botswana, au Mozambique, elle a été décriminalisée récemment.
Cela ne signifie pas pour autant que l’homosexualité est socialement acceptée, que les droits des personnes concernées sont protégés. La reconnaissance officielle des couples homosexuels est quasi inexistante.
La grande exception est ici l’Afrique du Sud, qui a légalisé le mariage homosexuel il y a vingt ans déjà, en 2006.
Les défenseurs des droits humains dénoncent une intensification de la répression à l’échelle du continent.
Tendance au durcissement législatif
Au Mali, au Burkina Faso, les lois qui punissent l’homosexualité ont été renforcées depuis l’arrivée des militaires au pouvoir.
Au Sénégal, les personnes homosexuelles encourent depuis cette année jusqu’à 10 ans de prison.
Au Ghana, un projet de loi vise également à sanctionner non seulement les actes, mais aussi leur “promotion”.
Au Cameroun, le code pénal criminalise non pas l’homosexualité en tant qu’orientation sexuelle, mais l’acte homosexuel. Cependant, des personnes peuvent être arrêtées parce qu’elles sont simplement soupçonnées d’être homosexuelles.
Ulrich Mvaté, directeur pays de l’ONG Humanity First, explique que "les personnes qui sont suspectées homosexuelles, la plupart du temps, sont celles (…) qui ont été dénoncées ou bien qui sont suspectées et dont on fouille le téléphone et on voit parfois que c'est avéré ou non. (…) Et comme les forces de maintien de l'ordre sont très rusées, elles parviennent souvent à trouver d'autres motifs qui tendent à incarcérer ces personnes-là."
Le Cameroun, particulièrement répressif
Après les élections de 2025 au Cameroun, des personnes transgenres et des militants des droits ont été arrêtés pour "comportement suspect", "troubles à l’ordre public" et même "non‑respect des normes vestimentaires". Et, ce qui pourrait être cocasse si des vies n’étaient pas en jeu, c’est que la fille du président Biya clame ouvertement sur les réseaux qu’elle est lesbienne.
En Ouganda, la loi prévoit que les personnes qui ne dénoncent pas aux autorités des personnes homosexuelles dont elles auraient connaissance peuvent elles aussi être poursuivies en justice.
Le travail difficile des associations d'aide aux personnes LGBTQI+
Des sanctions sont aussi parfois prévues contre les ONG, les médias ou les acteurs de la société civile qui apportent leur soutien aux personnes LGBTQI+ victimes de discrimination. C’est pourquoi les militants de cette cause s’inquiètent de ce que de nombreux gouvernements passent d’une logique purement pénale à une logique de contrôle social et politique.
"En fait, l'aide que nous apportons en termes d'abri, en termes d'accompagnement, que ce soit psychosocial, que ce soit juridique, que ce soit médical, c'est justement sous couvert de la santé car la santé, le droit à la santé, est inhérent à l'humain", explique Ulrich Mvaté. "Aujourd'hui, malheureusement, avec le déclin des financements américains, c'est très compliqué, déplore-t-il. Et il y en a beaucoup qui là dehors, qui ne parviennent plus à avoir un abri, qui vagabondent un peu dans les rues des grandes métropoles en cherchant un abri, qui vont habiter chez des amis même."
Ulrich Mvaté assure que de plus en plus de magistrats camerounais font toutefois preuve de "magnanimité".
Ces politiques inquiètent les défenseurs des droits humains, qui dénoncent un glissement vers un contrôle social de la population.
Un espoir prudent
Il existe, comme évoqué ci-dessus, des pays où l’homosexualité est légale.
Pour autant, légalité ne rime pas toujours avec acceptation des personnes homosexuelles.
Dans la plupart des pays, les droits restent très limités, et les discriminations fréquentes.
Elles s’accompagnent souvent d’un rejet fort dans l’opinion publique, au nom de la religion ou de supposées “valeurs africaines”. Et pourtant, c’est un paradoxe, beaucoup de ces lois sont directement héritées de la colonisation européenne.
L’Afrique australe est généralement plus libérale. On a déjà évoqué l’Afrique du Sud, mais le Botswana a confirmé la dépénalisation de l’homosexualité.
Quand des préjugés tenaces engendrent la violence
Les opinions publiques sont souvent aussi hostiles à l’homosexualité, pour des raisons religieuses ou au nom de prétendues "valeurs africaines".
En 2024, par exemple, deux hommes suspectés d’être homosexuels ont été lynchés à mort dans le quartier d’Ekounou, à Yaoundé.
Un préjugé est répandu, selon lequel l’homosexualité serait une importation des colons occidentaux, pour dévoyer ou mener l’Afrique à sa perte. Et pourtant, beaucoup des lois antihomosexualité encore en vigueur viennent directement du droit colonial européen et des lois anti-sodomie mises en place par les colons britanniques, français ou portugais.
L'influence du christianisme
Par ailleurs, même dans les pays laïcs, les sphères religieuses influent aussi sur le débat public en Afrique.
Le christianisme est particulièrement fort en Afrique centrale, en Afrique de l’Ouest et en Afrique australe. Plusieurs églises (catholiques, évangéliques, pentecôtistes) considèrent l’homosexualité comme contraire au dogme.
L’Église catholique distingue l’homosexualité comme orientation sexuelle et les actes entre personnes du même sexe. Cette distinction est importante, les évêques du Ghana l'ont rappelée en 2023.
L'Église de Rome considère les actes homosexuels comme "contraires à la loi naturelle". Ils ne peuvent donc être "en aucun cas approuvés", selon le catéchisme.
En revanche, les personnes homosexuelles doivent, elles, être accueillies avec "respect, compassion et sensibilité" et sans discrimination injuste. Mais l’Église catholique les enjoint à vivre dans la chasteté.
Les conférences épiscopales africaines sont réputées pour être particulièrement conservatrices sur ces questions. En 2024, elles ont publié, en accord avec le pape, un communiqué dans lequel elles s’opposent aux bénédictions de couples homosexuels dans toutes les églises d’Afrique.
Ulrich Mvaté, directeur de l'ONG Humanity First au Cameroun, pense que "les religieux aujourd'hui sont dans une dynamique de non-appropriation de la "culture LGBT en Afrique, sous prétexte que c'est une dynamique ou bien c'est une opinion importée de l'Occident et que ce n'est pas culturellement acceptable pour l'Afrique. Non seulement culturellement, mais même bibliquement, c'est refusé dans la Bible."
Pour Ulrich Mvaté, "il y a beaucoup de discours qui sont faits dans les paroisses, dans des églises, dans des mosquées anti-LGBT qui tendent à faire que les populations pensent qu'effectivement c'est un acte contre nature."
Eglises pentecôtistes
Les églises évangéliques et pentecôtistes sont particulièrement mobilisées contre les droits LGBT. Elles sont parfois liées à des réseaux étrangers, notamment américains. Certains théologiens africains, minoritaires et controversés, défendent cependant une relecture des textes, vers davantage d’inclusion.
C’est le cas du professeur zimbabwéen de l’université de Harare Ezra Chitando, par exemple. Spécialiste reconnu du christianisme africain et des questions de genre, il défend l’idée d’un dialogue plus ouvert sur la sexualité. Isabel Apawo Phiri s’appuie dans ses travaux pour l’université de Bamberg sur ceux d’Ezra Chitando. Elle rappelle ainsi que l’homosexualité existait en Afrique avant la colonisation. La chercheuse cite le Conseil œcuménique des Églises qui prônait en 2022 la création d’espaces sûrs de discussion sur la sexualité, un enjeu à la fois spirituel et social.
En Zambie, le pasteur anglican Kapya Kaoma affirme que la foi chrétienne est compatible avec l’inclusion des personnes de la communauté LGBTQI+. Il a créé plusieurs réseaux religieux inclusifs en faveur d’un christianisme africain axé sur les droits humains.
Desmond Tutu aussi, archevêque anglican sud-africain, Prix Nobel de la paix, comparait la lutte lutte pour les droits LGBT à celle contre l’apartheid. Selon lui, la justice chrétienne réclamait de défendre la dignité de toutes les personnes, sans exception.
Mais les prêtres chrétiens qui osent revendiquer leur appartenance à la communauté LGBTQI+ ou leur soutien s’exposent à des violences et parfois à des sanctions de leur hiérarchie.
Toujours en Afrique du Sud, citons l’exemple d’Ecclesia de Lange, une pasteure méthodiste lesbienne. Elle s’est vu interdire par son église de célébrer certaines unions.
L’ancien évêque anglican ougandais Christopher Senyonjo a lui été sanctionné par son église pour ses positions en faveurs des droits des personnes LGBTQI+.
Quant au Révérend Jide Macaulay, ouvertement gay, il exerce surtout au Royaume-Uni où il propose une lecture inclusive de la Bible.
Les prises de position de musulmans
Du côté de l’islam, surtout présent en Afrique de l’Ouest, du Nord et de l’Est, la position dominante est de rejeter l’homosexualité, considérée comme "haram". Dans certains pays qui s’inspirent de la charia, les personnes homosexuelles encourent jusqu’à la condamnation à mort.
Le Sud-africain Muhsin Hendricks a été le premier imam au monde à révéler publiquement son homosexualité, en 1996. A la tête de la mosquée Al Ghurbaah au Cap (Afrique du Sud), ouverte aux personnes marginalisées, il a aussi créé des organisations comme The Inner Circle, pour soutenir les musulmans LGBTQ+. Il affirmait qu’"il est possible d'être un bon musulman tout en étant homosexuel". Il a été assassiné en février 2025.
Pour ce qui est des religions traditionnelles africaines, elles sont loin d’être homogènes. Mais aujourd’hui, les traditions sont souvent revues à l’aune du christianisme ou de l’islam.
Et si on essayait la tolérance ?
Des ONG de défense des droits humains tentent, malgré les dangers, de rappeler les responsables religieux à leurs principes de tolérance. Ulrich Mvaté explique le point de vue défendu par Humanity First :
"Certes, il faut garder ses croyances, il faut garder sa source première, mais ne pas donner des discours qui, pour des personnes qui sont là pour prôner la paix, pour prôner l'égalité, viennent faire des discours qui tendent justement à exacerber les violences basées sur le genre, et donc à faire en sorte que les personnes soient punies par des êtres humains des actes qu'elles n'ont pas demandé à avoir, ou bien à commettre, ou bien à faire."
Certains responsables politiques, comme Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko au Sénégal, s’appuient sur l’homophobie latente des milieux conservateurs et religieux pour l’utiliser comme un levier électoral et de mobilisation sociale.
Cette répression des personnes de la communauté LGBTQI+ a des incidences directes. En raison des agressions subies au quotidien, des arrestations, de la peur qui peut en pousser à vivre dans la clandestinité voire à émigrer.
Mais ces violences ont aussi un impact sur la santé publique, en rendant par exemple leur accès aux soins plus difficile, notamment pour ce qui est des traitements anti-VIH.