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Inde : le "Parti des cafards" maintient la pression

24 juillet 2026

Une partie de la jeunesse exprime sa colère face aux scandales liés aux examens et à la montée du chômage. Le "Parti des cafards" mène la contestation.

Inde, New Delhi, 2026 | Des manifestants du "Parti du Peuple des Cafards"scandent des slogans
Malgré une croissance économique rapide, des millions de jeunes Indiens peinent chaque année à trouver un emploi, mêmes bardés de diplômesImage : Vipin/AP Photo/picture alliance

Un mouvement de protestation dirigé par des jeunes, qui se fait appeler le "Cockroach Janta Party" (CJP, Parti du peuple des cafards), commence à rallier des soutiens au-delà de la capitale indienne.

Cette dynamique intervient après qu’au début de la semaine, des dizaines de milliers de jeunes manifestants ont marché vers le Parlement à New Delhi.

Le mouvement des "Cafards" est né en mai après que le président de la Cour suprême de l’Inde, Surya Kant, a qualifié publiquement les jeunes chômeurs de "cafards" lors d’une remarque faite en marge d’une audience sans lien avec cette question.

Les jeunes se sont réapproprié cette appellation, qui est devenue le symbole de leur colère face à ce qu’ils considèrent comme les défaillances du système éducatif indien et l’ampleur du chômage des jeunes dans le pays.

Les manifestations accroissent la pression populaire sur le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi.

Parallèlement, des rassemblements de solidarité ont vu le jour dans plusieurs régions du pays, alors que le soutien au mouvement continue de s’étendre.

La colère des étudiants est née de l'annulation en mai d'un examen national d'accès aux études de médecine passé par plus de 2 millions de candidats, dont les sujets avaient fuitéImage : Shonal Ganguly/AP Photo/picture alliance

Le BJP prend le mouvement au sérieux

Le mécontentement a commencé à s’intensifier lors d’une campagne réclamant des comptes après un scandale lié à un concours d’entrée universitaire très sélectif. La révélation, début mai, d’une fuite des sujets d’examen a ravivé des frustrations anciennes concernant les privilèges dont bénéficieraient certains étudiants.

Porté par des millions de jeunes sur les réseaux sociaux, le mouvement a rapidement élargi ses revendications aux questions du chômage, de la raréfaction des opportunités et d’un système éducatif que beaucoup de jeunes Indiens jugent défaillant.

Jusqu’à récemment, de nombreux responsables du BJP considéraient toutefois le mouvement comme un simple phénomène des réseaux sociaux.

La situation a changé après qu’un militant, Sonam Wangchuk, a observé une grève de la faim de trois semaines et que la police a lancé une répression contre les manifestations de cette semaine devant le Parlement.

Les images de gaz lacrymogènes, de charges à la matraque et d’étudiants blessés se sont rapidement propagées en ligne, provoquant des rassemblements de soutien dans tout le pays et plaçant le gouvernement sur la défensive.

Parmi leurs revendications, les manifestants exigent notamment la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan.

Dans un message publié sur X, ce dernier a promis "des réponses, des réformes et une véritable responsabilité".

Le principal chef de l’opposition, Rahul Gandhi, a déclaré mercredi soutenir les revendications des étudiants, y compris la démission du ministre et des excuses de Narendra Modi à leur égard.

La démission de Narendra Modi est de plus en plus demandée par une partie de l'oppositionImage : Altaf Hussain/REUTERS

Les "Cafards" attirent l’attention nationale

Si New Delhi demeure le centre névralgique du mouvement, des rassemblements et des marches ont également été organisés dans plusieurs autres États.

La militante pour la transparence Anjali Bhardwaj estime que le mouvement n’est plus limité à la capitale.

Selon elle, "la colère est palpable" et reflète la frustration ainsi que le désenchantement d’une jeunesse qui réclame davantage de responsabilité de la part des autorités.

L’État du Maharashtra, dans l’ouest du pays, est devenu le principal bastion du mouvement en dehors de New Delhi.

À Mumbai, la plus grande ville du Maharashtra et capitale financière de l’Inde, la police a imposé des restrictions sur les rassemblements publics jusqu’au 6 août après plusieurs manifestations de soutien au CJP.

La dispersion lundi (20.07) du rassemblement par la police, a fait au moins 180 blessés selon les autoritésImage : Ajit Solanki/AP Photo/dpa/picture alliance

Les organisations paysannes rejoignent le mouvement

Dans plusieurs États, le soutien au mouvement est porté par des étudiants, des militants locaux et des organisations de la société civile plutôt que par une structure centralisée.

"Les questions soulevées par le CJP ne peuvent être ignorées. Les fuites d’examens, la corruption et le chômage sont de véritables préoccupations pour les jeunes, et il est naturel que les étudiants s’identifient à ce mouvement", a déclaré à la DW M. Sivaprasad, président de la Fédération des étudiants de l’Inde dans l’État du Kerala.

Le mouvement a également reçu l’appui de certaines organisations agricoles.

Image : Vipin/AP Photo/picture alliance

Un mouvement appelé à durer ?

Le porte-parole du BJP, Tom Vadakkan, rejette toutefois l’idée que le CJP puisse rapidement devenir une force politique nationale. Selon lui, le mouvement devra surmonter les divisions entre villes et campagnes ainsi que les barrières linguistiques avant de prétendre à une implantation nationale.

Pour le politologue Gilles Verniers, de Sciences Po Paris, les revendications du mouvement ont un potentiel d’élargissement car elles touchent bien au-delà de la seule question des fuites d’examens.

Selon lui, face à la montée de la répression, le mouvement pourrait s’étendre à d’autres villes. Ses revendications, simples et largement non partisanes, facilitent la mobilisation sans nécessiter de direction centralisée.

Le principal défi du CJP est désormais de transformer cet élan de solidarité en une organisation durable. Comme de nombreux mouvements de protestation en Inde, il risque de perdre de son souffle une fois la crise immédiate passée. Son avenir dépendra de sa capacité à construire des relais locaux, à maintenir la mobilisation et à convaincre les jeunes de tout le pays que ses revendications concernent leurs propres aspirations autant que celles des étudiants de la capitale.

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