À Dakar, lors de la conférence Asie-Afrique, le teinturier malienIdrissa Dembélé partage son expertise à une trentaine de participants, venus découvrir les secrets du bogolan, ou bɔ̀gɔlanfini en bambara.
Un processus artisanal exigeant et respectueux de l’environnement
L’indigo naturel provient de l’indigotier Galanis, une plante poussant près des falaises et dont les feuilles sont transformées en boules puis mises à fermenter avec de l’eau et de la potasse pendant 30 jours. La pâte obtenue, d’abord verte et très odorante, devient bleue par oxydation.
Idrissa Dembélé explique comment les artisans jouent sur le nombre de trempages ou la dilution pour obtenir toute une palette de nuances. Certaines techniques, comme “l’attachage”, permettent de créer des motifs variés, donnant au textile une esthétique unique et très recherchée.
Pour des créatrices comme Yasna Vismale, cette démarche permet de renouer avec une production plus consciente : comprendre l’origine de ses vêtements, privilégier le naturel, et se reconnecter au processus de création.
Entre pression économique et renaissance écologique
Si la teinture indigo est écologique, elle reste exigeante physiquement et chronophage. Beaucoup d’artisans privilégient encore les colorants industriels, moins coûteux et plus rapides. L’anthropologue burkinabè Ludovic Kibora souligne le défi : garantir une production d’indigotier suffisante tout en maintenant la viabilité économique des artisans.
Avec la valorisation des savoirs endogènes et l’intérêt croissant pour les solutions durables, l’indigo naturel opère néanmoins un retour. Cette renaissance témoigne d’une volonté : puiser dans la tradition pour construire un avenir textile plus responsable.
