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Accès à l’eau et instabilité au menu du 39e sommet de l’UA

Eskinder Firew | Reliou Koubakin
13 février 2026

Les initiatives infructueuses de l’Union africaine (UA) en matière de paix et de sécurité seront examinées lors du 39e sommet de ce week-end en Ethiopie.

Des personnes déplacées soudanaises ayant quitté El-Fasher après sa chute s’assoient à l’ombre à Tawila, au milieu des vestiges d’un incendie qui s’est déclaré dans le camp le 11 février 2026
Des milliers et des milliers de personnes subissent des catastrophes humanitaires dans des zones de guerre en Afrique, comme ici au SoudanImage : AFP

Le 39e sommet de l’Union africaine (UA) des 14 et 15 février devrait être dominé par les préoccupations sécuritaires pressantes à travers le continent, alors que l’Afrique continue de faire face à une escalade des conflits. 

Cependant, de plus en plus de questions se posent quant à la capacité de l’organisation panafricaine à réellement mettre en œuvre ses stratégies de paix et de sécurité : une étude menée en 2023 par l’Institut d’études de sécurité (ISS) a révélé que 90 % des décisions prises par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA n’ont pas été appliquées depuis sa création en 2004. 

En amont du sommet, l’Union africaine (UA) avait donc entrepris un examen de haut niveau de ses cadres relatifs à la sécurité, à la stabilité et à la gouvernance, dans l’optique de restructurer ces programmes pour en améliorer l’impact ; les résultats et recommandations issus de cette revue seront également discutés lors du sommet, alors que la volonté de changement au sein de l’UA ne cesse de croître. 

"Il s’agit d’une tentative pour revitaliser l’Union africaine, qui a manifestement vacillé et fait face à d’importants défis, tant en interne que dans sa capacité à rassembler les Etats africains pour travailler collectivement dans l’esprit du panafricanisme", a déclaré sur la DW déclaré Tim Murithi, conseiller principal à l’Institute pour la Justice et la Réconciliation/Article 109 Coalition.  

Selon plusieurs observateurs, des faiblesses internes à l’Union africaine expliquent son incapacité à résoudre les crises Image : Solomon Muchie/DW

En plus de l’examen interne de l’UA, les conflits en cours au Soudan et en République démocratique du Congo (RDC) devraient à nouveau être au centre de l’attention à Addis-Abeba ce week-end. 

Aucun leadership africain pour résoudre le conflit au Soudan 

Depuis avril 2023, le Soudan est secoué par le conflit opposant les Forces armées soudanaises aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), entraînant une crise humanitaire et de déplacement d’une ampleur extraordinaire : environ 12 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer, et au moins 150 000 autres seraient mortes dans la guerre.

Jusqu’à présent, l’UA et ses partenaires régionaux n’ont pas été capables de proposer un plan de paix durable pour mettre fin à ce conflit prolongé. 
Moussa Soumahoro, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), estime que des problèmes structurels au sein de l’UA pourraient expliquer ce manque de progrès : selon lui, le principe de subsidiarité de l’UA — qui confie aux Communautés économiques régionales la responsabilité de gérer les crises sécuritaires dans leurs zones — a conduit à cette impasse. 

Les acteurs externes comblent désormais le vide laissé par les institutions africaines — notamment l’UA et l’IGAD dans le cas du Soudan », constate Moussa Soumahoro, en faisant référence aux Etats-Unis, à l’Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis (EAU) et à l’Egypte — connus collectivement sous le nom de pays du QUAD — qui ont pris la tête des initiatives de paix au Soudan en l’absence de solutions africaines.

Les autorités dans l’est de la RDC semblent mener un combat ardu contre les insurgés du M23Image : Alain Uyakani/Xinhua/dpa/picture alliance

RDC : pas de désescalade malgré des efforts mondiaux  

La crise en RDC sera également examinée à la loupe lors du sommet de l’UA — un autre conflit majeur en Afrique, marqué par des violences persistantes et un déplacement massif de populations. 

L’armée congolaise et les milices locales qui lui sont alliées affrontent l’AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu depuis plusieurs années. Le groupe rebelle contrôle depuis longtemps des zones clés dans ces deux provinces, et de nombreux dirigeants de la communauté internationale estiment que ce groupe violent est soutenu par le Rwanda voisin. 

Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine (CUA), a récemment exprimé sa profonde inquiétude face à l’absence de désescalade dans l’est de la RDC, tout en soulignant l’urgence de faire de la protection des civils une priorité, au vu des rapports croissants faisant état de crimes de guerre. 

Mais là encore, les efforts pour trouver des solutions politiques à la crise sont principalement menés par des pays extérieurs au continent. Les Etats-Unis et le Qatar jouent en effet un rôle de premier plan dans la facilitation du dialogue et la mise en place d’accords préliminaires entre les principales parties en conflit. 

Des forces extérieures, pas seulement des artisans de la paix 

Le président burundais Evariste Ndayishimiye prendra la présidence tournante de l’UA, en remplacement de son homologue angolais Image : Tchandrou Nitanga/AFP/Getty Images

Alors que des acteurs externes semblent prendre l’initiative des efforts de paix chaque fois que l’UA paraît paralysée par son inaction, l’ingérence de ces forces extérieures dans de nombreuses régions d’Afrique est également de plus en plus perçue avec suspicion, comme une source d’inquiétude sur le plan sécuritaire. 

Willy Nyamitwe, représentant permanent du Burundi auprès de l’Union africaine, fait remarquer aussi en effet sur la DW que "de nouveaux conflits éclatent. Nous observons également l’ingérence d’acteurs extérieurs — des acteurs qui ne viennent pas du continent"

Alors que le Burundi doit prendre la présidence tournante de l’Union africaine en 2026, grâce à son président Evariste Ndayishimiye, Willy Nyamitwe va désormais assumer le rôle de président du Comité des représentants permanents (CRP) de l’UA.

Malgré son engagement à contribuer à instaurer la paix sur le continent, Willy Nyamitwe lui‑même semble incertain quant à la capacité de l’UA à intégrer autant de changements : "La sécurité et la paix sur le continent sont la priorité numéro un de l’agenda de l’Union africaine depuis 2013, lorsque nous avons adopté notre feuille de route pour réduire les armes au silence d’ici 2030."

A seulement quatre ans de l’échéance, l’objectif d’établir la paix, la stabilité et la sécurité en Afrique demeure peut‑être aussi difficile à atteindre qu’auparavant.  

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