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L'Afrique de l'Ouest face au défi des inondations

12 juillet 2026

Les inondations se multiplient en Afrique de l'Ouest faisant des centaines de victimes et d’importants dégâts matériels. Comment les États peuvent-ils mieux anticiper ?

Tchad : inondations à N'Djaména en novembre 2022
À N'Djaména, plusieurs quartiers sont touchés par les inondationsImage : Abdullaue Adem/AA/picture alliance

Le changement climatique continue de frapper durement les pays du Sahel et l'Afrique de l'Ouest.

Entre sécheresses prolongées et pluies extrêmes, les populations font face à des phénomènes météorologiques de plus en plus violents. Parmi les pays du Sahel les plus exposés figurent le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie. 

Les dégâts matériels sont considérables : habitations détruites, routes impraticables, ponts effondrés et terres agricoles ravagées. Des centaines de personnes ont également perdu la vie et de nombreuses villes se retrouvent sous les eaux.

Les fortes pluies de la saison 2026 ont provoqué d’importantes inondations dans plusieurs régions du Mali et des dégâts importantsImage : Al Fousseini Camara/Le Pictorium/IMAGO

Des pluies toujours intenses

Ces inondations s’expliquent par la multiplication des épisodes de pluies intenses dans la région sahélienne et du Golfe de Guinée. En peu de temps, d’importantes quantités d’eau tombent sur des sols qui les absorbent difficilement, provoquant des crues soudaines. Longtemps associée aux sécheresses, la région sahélienne par exemple, est aujourd’hui confrontée à des inondations de plus en plus fréquentes et dévastatrices. 

À Niamey, la capitale du Niger, comme à Ouagadougou, au Burkina Faso, les crues ont causé d’importants dégâts à plusieurs reprises au cours de la dernière décennie.

"Il faut d’abord remonter aux années 1970 quand la région du Sahel a subi une série de sécheresse jamais connue dans le monde en intensité et en ampleur. Cela a entrainé la dégradation des sols et de la végétation. Du coup, les sols sont devenus de moins en moins perméables et de plus en plus ruisselants de sorte qu’une faible quantité de pluie peut entrainer beaucoup de ruissèlement et donc d’inondations. Cela est lié aux conséquences de ces sécheresses. En plus de ces sécheresses, depuis les années 1990, on a assisté à un changement de régime pluviométriques et on parle de l’intensification pluviométrique. Pendant cette période, les pluies tombent avec une certaine intensité qui fait qu’il y a de moins en moins d’infiltration et les sols étant déjà dégradés et les pluies sont intenses. Et c’est ce qui fait qu’il y a des inondations", explique Moussa Malam Abdou, géographe et professeur d'hydrologie à l'université André-Salifou de Zinder au Niger.

Intégralité du Focus Sahel Plus sur les inondations

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Le changement climatique favorise donc des pluies plus intenses, augmentant les risques d’inondation. Les crues des grands fleuves comme le Niger, le Sénégal ou le Chari aggravent également la situation. À cela s’ajoutent le manque d’infrastructures de drainage et leur mauvais entretien.

Les inondations au Sahel résultent ainsi de plusieurs facteurs combinés : pluies extrêmes, changement climatique, urbanisation non maîtrisée et insuffisance des infrastructures de gestion des eaux.

Des millions de personnes affectées

Si le changement climatique est une préoccupation majeure pour ces pays du Sahel, c’est parce que ces dernières années, des millions de personnes ont été affectées par des inondations.

Rien qu'en 2024, plus de 4,4 millions d'individus ont été affectés, et pour la seule année 2025, le bilan a grimpé à environ 590 000 personnes touchées. En plus des pertes en vies humaines, ces intempéries ont provoqué d'importants dégâts matériels, détruisant des milliers d'habitations et des hectares de terres agricoles, ce qui aggrave la crise alimentaire dans toute la région. La Banque mondiale estime que le changement climatique pourrait pousser jusqu'à 86 millions de personnes supplémentaires à migrer à l'intérieur de l'Afrique d'ici 2050. 

El Niño menace toujours

Et cela est d’autant plus inquiétant que des experts alertent sur le retour du phénomène El Niño qui pourrait encore vulnérabiliser ses pays. 

El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit dans l'océan Pacifique tropical lorsque les eaux de surface deviennent anormalement plus chaudes que la normale. Et les principales conséquences sont des sécheresses dans certaines régions et des pluies plus abondantes et des inondations dans d'autres. 

Pour tenter d'anticiper cette crise, la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM) lancent un appel de plus de 200 millions de dollars afin de protéger près de neuf millions de personnes.

Au moins cinquante-neuf personnes sont mortes dans des inondations en Côte d'Ivoire depuis le début de la saison des pluies mi-maiImage : Chris Boli/AFP

Prévenir les inondations 

Les Etats tentent par exemple de renforcer les systèmes de veille, d’alerte précoce et de diffusion des informations climatiques, afin de permettre aux populations et aux producteurs de prendre des décisions adaptées. Il y a également la sécurisation des zones à risque d’inondation, (On voit des populations qui sont forcées de quitter leur zone d'habitation). Certains villes ont élaboré une cartographie des zones inondables donc qui ne peuvent être habitées. Il y a aussi la promotion de pratiques agricoles résilientes au climat et le renforcement des dispositifs de gestion des catastrophes.

Urbanisation galopante

Face à des pluies de plus en plus intenses, il reste encore beaucoup à faire pour réduire les risques. L’urbanisation galopante figure parmi les principales causes de cette situation.

Attirées par les opportunités économiques, les populations affluent vers les grandes villes et s’installent souvent dans des zones inadaptées, faute de logements suffisants ou accessibles.

La pluie, à elle seule, n’explique donc pas l’ampleur des inondations. Selon plusieurs urbanistes, la vulnérabilité de villes comme Abidjan est aussi la conséquence d’une croissance urbaine rapide et mal maîtrisée. Avec plus de six millions d’habitants, la capitale économique ivoirienne a vu se développer des quartiers précaires dans des bas-fonds et sur des voies naturelles d’évacuation des eaux, tandis que les infrastructures de drainage n’ont pas suivi le rythme de cette expansion.

Face à cette situation, certains quartiers ont déjà été démolis et d’autres sont menacés. Pour de nombreux habitants, ces drames révèlent également les limites des politiques de logement et d’aménagement urbain.

Des spécialistes pointent aussi du doigt certaines interventions politiques qui permettent parfois à des personnes influentes de contourner les règles d’occupation des sols et de construire dans des zones pourtant protégées ou exposées aux risques environnementaux.

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Les  Etats du Sahel s’organisent 

Plusieurs Etats investissent dans la maîtrise de l’eau. Ils construisent des barrages, des retenues d’eau, des forages et de systèmes d’irrigation pour réduire la dépendance des agriculteurs aux seules pluies. 
Dans des pays comme le Niger, le Burkina Faso ou le Tchad, plusieurs programmes visent également à récupérer les terres dégradées et à lutter contre la désertification. Il y a aussi la promotion de cultures plus résistantes à la sécheresse, comme certaines variétés améliorées de mil, de sorgho ou de niébé. 

Des pays distribuent aussi des semences adaptées aux nouvelles conditions climatiques. Mais il y a également des initiatives régionales comme la Grande Muraille Verte, qui traverse plusieurs pays sahéliens. Lancée par l'Union africaine en 2007, cette initiative vise à restaurer 100 millions d'hectares de terres dégradées d'ici 2030. Malheureusement à cause de l'insuffisance des financements, de l'insécurité dans certaines zones du Sahel, des conflits armés et les difficultés de coordination entre les pays, seulement environ 20 millions d'hectares ont été restaurés, soit environ un cinquième de l'objectif final. Pour l'instant.

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