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Au Sahel, un habitant sur cinq a souffert de la faim en 2025

Alban Tchalla
3 août 2026

Dans une interview à la DW, Fanta Touré Diop, de l'ONG "Action contre la Faim", appelle notamment à une mobilisation dans le Nord du Mali

Une femme dans un camp de déplacés internes dans le Nord du Mali.
Les effets du changement climatique exacerbent encore davantage l'insécurité alimentaire dans le monde (Photo d'illsutration)Image : Giles Clarke/UNOCHA

Le nouveau rapport sur l'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde rapporte une situation préoccupante pour le continent africain, notamment au Sahel. Dans cette région, une personne sur cinq souffrait de la faim en 2025. Depuis 15 ans, les chiffres concernant la région du Sahel augmentent de manière alarmante. 

Dans une interview à la DW, la représentante régionale de l'ONG "Action contre la Faim" pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale, Fanta Touré Diop, appelle à une action commune pour le nord du Mali, afin d'endiguer cette insécurité alimentaire.

 

DW : Comment expliquer la situation décrite dans ce nouveau rapport sur l'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition au Sahel ?

Fanta Touré Diop : Les chiffres qui ont été partagés dans ce rapport sont très alarmants et montrent une aggravation continue de la situation liée à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle. Il y a plusieurs facteurs qui expliquent cette situation. Si nous prenons la zone spécifique de l'Afrique de l'Ouest et du centre et de façon plus spécifique le Sahel, nous sommes confrontés à un contexte humanitaire très difficile. Un contexte lié, par exemple, à l'accès ou l'accès devient difficile à cause de tout ce qui impacte sécuritaires dans ces pays-là. Ces conflits engendrent actuellement beaucoup de déplacés. L'autre facteur aggravant, il faut noter qu'il y a aussi le changement climatique. Donc actuellement, au niveau de la région, nous sommes confrontés à l'impact du changement climatique que cette région a par rapport à la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

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A cela s'ajoute la baisse des financements. Une crise des financements, donc qui complique aussi davantage les réponses appropriées et adéquates que tous les acteurs, y compris aussi les gouvernements, pourraient mettre en place face à cette situation dramatique dont la région fait face, 

DW : Le Mali figure parmi les pays les plus touchés par l'insécurité alimentaire au Sahel. Comment travaillez-vous dans les régions bloquées par les djihadistes ?

Fanta Touré Diop : Malheureusement, cette partie spécifique, à savoir le Mali, le Burkina, le Niger, sont des pays qui font face actuellement à ces contraintes liées aux conflits. Le nord du Mali représente la partie la plus impactée par les conflits sécuritaires. Nous avons beaucoup de déplacés actuellement, qui quittent ces régions du Nord pour aller s'installer au niveau des régions Sud du Mali, à Bamako, Sikasso, etc. Donc, il y a une importante population déplacée et aussi réfugiée que nous notons au niveau de cette zone du Mali.

A cela s'ajoute le taux d'insécurité alimentaire et nutritionnelle au niveau de cette région, particulièrement au niveau du Mali où l'on note une augmentation des populations qui sont dans le besoin. Je pense que c'est une situation qui mérite qu'on puisse travailler ensemble, de façon concertée avec les autorités de ce pays et toutes les parties prenantes, à savoir les organisations internationales, la société civile locale, le système des Nations unies pour apporter les réponses adéquates face à cette population malienne qui fait face à ces conflits. 

Ecoutez l'interview de Fanta Touré Diop...

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DW : Au-delà de l'aide d'urgence, quelles mesures le gouvernement malien devrait-il mettre en œuvre pour renforcer la résilience des populations ?

Fanta Touré Diop : Le gouvernement malien a le leadership pour trouver des solutions. Et c'est ce qu'ils sont en train de faire.

DW : "Action contre la Faim" a suspendu plus de 50 projets dans 20 pays, par exemple au Tchad. Quel impact cette décision aura-t-elle sur la prise en charge de la malnutrition dans le Sahel ?

Fanta Touré Diop : Avec ces réductions de financement qui sont en train d'être enregistrées, au niveau de la région, tout ce que les États-Unis donnaient pour les programmes de développement et d'urgence s'est drastiquement réduit. Actuellement, nous avons moins de ressources et des besoins qui ont explosé. 57 millions de personnes sont actuellement en insécurité alimentaire et nutritionnelle au niveau de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, y compris en RDC.  24,3 millions de personnes sont dans le besoin d'assistance et de protection au niveau de la région sahélienne. Le budget nécessaire pour prendre en charge ces personnes qui sont dans le besoin et globalement au niveau régional est de 3,7 millions de dollars. Mais au moment où je vous parle, seuls 21 % de cette somme a été mobilisée. Cela montre l'étendue des besoins et des cas qu'il faut actuellement combler. On fait face actuellement à 11,3 millions d'enfants et de femmes qui souffriraient aussi de la malnutrition dans cette région.

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DW : Quelles stratégies doivent mettre en place les gouvernants africains pour effectivement lutter contre l'insécurité alimentaire ?

Fanta Touré Diop : L'une des premières stratégies doit être politique. Le leadership politique doit être, selon moi, le pilier de toute stratégie à mettre en place. Et je pense qu'il est important d'avoir des données disponibles pour permettre une bonne planification.

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