Mali : auditions d’imams dans un contexte religieux tendu
23 janvier 2026
L’imam Mohamed Bouyé Bah, du courant wahhabite, a été, lundi (19.01), interrogé durant plusieurs heures par le Pôle national de lutte anti-cybercriminalité, à la suite d'une plainte. Celui-ci a dû s’expliquer sur des propos jugés " offensants " qu’il aurait tenus et qui viseraient le président du Haut conseil islamique du Mali, Ousmane Cherif Madani Haïdara.
Un autre imam, Mahamane Maiga, a connu le même sort, jeudi (22.01). L’intéressé avait d'ailleurs publié sa convocation sur sa page Facebook. On ignore toutefois les motifs de sa brève interpellation.
Appel à l’unité des fidèles
Jeudi (22.01), le Haut conseil islamique s’est réuni d’urgence autour de la question. L’organisation faîtière des associations et leaders musulmans du Mali appelle au calme et à la retenue.
Pour l’imam Mahmoud Baba Sylla, de la mosquée de Badalabougou, il n’y a pas de raison, de "s’entredéchirer entre frères musulmans" :
"On se dirige tous vers le Nord lorsque nous prions, nous observons tous le ramadan, nous partons tous en pèlerinage au même endroit, la Mecque. Nous demeurons tous musulmans. Ce qui nous unit est donc plus fort que ce qui nous divise. Les réseaux sociaux doivent plutôt nous rassembler, mais ils ne doivent jamais nous séparer", explique l'imam.
Les trois grandes figures de l’islam au Mali
Des tensions perceptibles, alors que les principaux guides religieux musulmans du pays ne sont pas du même bord idéologique.
Ousmane Cherif Madani Haïdara, fondateur de l’association Ançar Dine et président du Haut conseil islamique du Mali, revendique, par exemple, un islam traditionnel, basé sur le soufisme et le malikisme.
Mohamed Ould Hamahoullah, dit Bouyé Haïdara, le chérif de Nioro du Sahel, qui est également soufi, dirige la Hammawiyya qui appartient à la confrérie des Tidjanes.
Enfin, l’imam Mahmoud Dicko, adepte d’un islam rigoriste, incarne, pour sa part, le wahhabisme saoudien.
Ceux-ci demeurent les trois figures centrales et populaires de l’islam au Mali.
Mais à côté de ces leaders influents, d’autres prêcheurs émergent sur la scène publique. Il s’agit notamment des imams Mahi Ouattara et Abdoulaye Koita, du courant wahhabite, de Cheick Soufi Bilal, de la confrérie soufie, ou encore de Chouala Bayaya Haïdara, du courant chiite, réputé proche de l'Iran.
Des leaders religieux, dont les avis divergent et qui se confrontent régulièrement sur la scène publique autour des préceptes de la religion musulmane.
Mais au-delà de leurs désaccords idéologiques, tous s’accordent à dire qu’ils appartiennent à la même communauté et qu’ils sont à ce titre, " condamnés à cheminer ensemble pour renforcer la cohésion sociale au Mali ".