"Les victimes de body shaming ont des recours" (F. Chérif)
26 juin 2026
En Guinée, les femmes sont moins représentées dans les sphères de décision, notamment politiques. Présente en Allemagne pour le Global Media Forum qui vient de s'achever, Fatoumata Chérif, entrepreneure sociale, engagée sur les questions d’autonomisation des jeunes et des femmes en Guinée, explique les défis auxquels les femmes sont confrontées en Afrique, notamment en Guinée.
Suivez l'interview avec Fatoumata Chérif
Fatoumata Chérif : En Afrique, les femmes sont absentes aujourd'hui des sphères de prise de décisions. Pourtant, elles sont très engagées, notamment en politique. Mais lorsqu'il s'agit des sphères de décision, le pourcentage est très bas.
Dans la plupart des pays, les femmes sont des quotas.
On ne voudrait plus qu'elles soient des quotas parce qu'elles sont représentatives.
Les défis sociaux impactent l'avancée des femmes dans ces sphères politiques, sociales, à cause justement de tous les soubresauts, mais aussi de l'impact du quotidien sur la vie des femmes.
DW : Le nouveau gouvernement en Guinée a-t-il entrepris des actions pour favoriser davantage l'autonomisation des femmes ?
Fatoumata Chérif : Il y a plein de programmes qui permettent l'autonomisation des femmes.
Aujourd'hui, on a beaucoup de départements qui s'occupent justement de l'autonomisation des femmes à travers des programmes pilotes, qui aident justement les femmes de manière inclusive à s'auto-employer, à être indépendantes et aussi à participer à des challenges notamment.
Ça, c'est une innovation parce que dans tous les domaines, aujourd'hui, on voit des jeunes femmes qui ont des projets excellents, qui peuvent aujourd'hui souscrire à des subventions grâce à ces compétitions-là, qui ne sont pas du favoritisme parce qu'elles compétissent avec d'autres jeunes.
Et ça, c'est vraiment beau de voir que cette génération puisse profiter de toutes ces opportunités.
Il y en a qui gagnent jusqu'à plus de 25 .0000 € dans ces challenges là et qui leur permettent de lancer leurs solutions et au-delà de toute connotation politique, ethnique, de manière très inclusive, les femmes, petit à petit, ont leur place à travers ces types de programmes, et je crois que ce sont des programmes à saluer, à mobiliser aussi, faire en sorte que le rural, donc les femmes qui n'ont pas accès à la connectivité, qui ne sont pas éduquées en français, mais qui sont éduquées dans leur propre langue locale, puissent participer à ces différentes solutions.
DW : Les femmes sont victimes de violences, notamment la violence numérique. Nous avons récemment vu la ministre des Sports du Sénégal être victime de bodyshaming. Ne pensez-vous pas que cela peut constituer un frein à l'engagement des femmes en politique ?
Fatoumata Chérif : C'est un frein à l'engagement des femmes en politique. Parce que cette stratégie-là date des millénaires.
Elle a été utilisée dans tous les continents. La première chose à laquelle on s'attaque pour une femme, pour qu'elle se retire de la sphère politique, ce soit à son honneur, ce soit à son physique. C'est soit on invente des rumeurs sur sa personne ou sa personnalité, ou sa légèreté.
Ça s'est toujours fait. Et donc, ce que je dirais aux femmes : Mettez tout ça derrière vous, engagez-vous et soyez fières, soyez droit dans vos bottes et avancez parce que cette stratégie-là a toujours été utilisée.
Le body shaming, toucher à l'honneur des femmes, toucher à la dignité des femmes, faire des vidéos sur internet qui parlent de ce qui n'existent pas pour donner une connotation négative à l'engagement des femmes.
Et souvent, ça arrive aux femmes qui se sont battues toute leur vie pour être à ce niveau-là.
DW : Quels sont les mécanismes développés pour accompagner les femmes victimes d'harcèlement et de critiques sur leur physique en ligne ?
Fatoumata Chérif :Alors les femmes victimes de body shaming ont des voies de recours.
Aujourd'hui, nous avons les lois sur la liberté d'expression, nous avons les lois sur la cybercriminalité. Il faut s'informer sur les lois et les conventions.
Lorsqu'on a ces lois et les conventions, on est droit dans ses bottes.
Et lorsque vous êtes face à un body shaming, vous savez les juridictions que vous pourrez toucher.
Aujourd'hui, on a un office en Guinée, c'est l'Office des mœurs que vous pouvez toucher aujourd'hui pour ces questions-là justement de body shaming ou même d'utilisation d'images, de manipulation, d'images, parce qu'on peut utiliser plusieurs lois combinées pour se défendre.
Et donc n'ayez pas peur de vous défendre, il y a des juridictions pour cela au niveau national, au niveau international, et il est bien aussi lorsqu'on s'engage non seulement au niveau citoyen et même en politique, quel que soit le domaine, d'avoir des alliés.
Les alliés au niveau international, c'est très, très important.
C'est en ce sens que dans la sous-région ouest africaine et même d'autres pays, chaque jeune fille ou jeune femme engagée doit avoir des connexions parce que lorsque tu es attaquée, cette relève peut t'aider à justement surmonter cela.
Et justement, quand vous avez un appui qui est fort, généralement ceux qui ont tenté de vous nuire reculent.