"Il faut établir des barrières psychologiques anti-drogue"
29 janvier 2026
En Sierra Leone, la drogue est devenue un problème de société. De nombreux jeunes, notamment, fument régulièrement du "kush", une drogue fabriquée à base de cannabis, à laquelle sont ajoutés des psychoactifs puissants, comme des opioïdes de synthèse.
Cette drogue aurait déjà fait des milliers de morts en Afrique de l'Ouest, d'après une étude menée par l'Institut Clingdael, début 2025.
Parmi les structures qui tentent de lutter contre ses ravages et aussi de venir en aide aux personnes dépendantes, il y a l'Agro-action allemande Welthungerhilfe.
Interview avec Emmanuel Octave Bananeza, de la Welthungerhilfe en Sierra Leone
Quand on approche ces jeunes, ils sont désespérés car ils n'ont pas de lendemain, ils n'ont pas d'opportunités. C'est pourquoi nous demandons à ce que les financements soient aussi flexibles pour être accessibles aux jeunes quand ils ont, par exemple, des entreprises collectives. Présentement, pour avoir un crédit dans une banque, on doit avoir une garantie, mais ces jeunes n'en ont pas. Il faut aussi avoir accès à la formation et il faut la payer, ils n'ont pas ces moyens-là. Donc nous essayons de les accompagner et c'est très positif et très prometteur. Néanmoins, on a besoin de beaucoup d'efforts et beaucoup d'investissements dans ce sens.
DW : D'investissements où exactement ?
Nous avons besoin d'investir d'abord dans l'accompagnement psychologique, parce qu'il faut d'abord que les gens soient conscients des problèmes.
Il y a ceux qui ont besoin aussi de désintoxication. Ça, c'est un accompagnement curatif.
Mais après, il faut les encadrer dans des formations, dans des activités, dans un fonds de formation pour apprendre des métiers. Ce ne sont pas seulement des jeunes sans métiers, ça les expose aussi en termes de santé reproductive, à des violences basées sur le genre (VBG).
Donc, c'est vraiment un paquet complet qu'on doit proposer à ces jeunes.
DW : Quel est le rôle que vous attribuez aux partenaires pour la coopération et le développement?
Le rôle des partenaires de la coopération et de développement est très important, parce que nous devons accompagner les efforts des États et des gouvernements dans l'accompagnement de la communauté.
Or nous, nous sommes très proches de la communauté. Dans ce que nous faisons, que ce soit par nos organisations internationales, mais aussi les organisations de la société civile nationales, on est proche des communautés et on comprend mieux le problème et le langage des paysans. C'est pourquoi nous devons vraiment conjuguer nos efforts pour être à leur écoute et aussi répondre à leurs attentes.
Bien sûr, notre position en tant que Welthungerhilfe (Agro-action allemande), ce n'est pas seulement d'aller appuyer les gens et de les aider d'une façon temporaire ; nous voulons les aider à se prendre en charge eux-mêmes.
DW : Comment expliquer ces problèmes de drogue ?
Au niveau de la région, il y a beaucoup de problèmes politiques et d'instabilité. On est proche du Sahel où il y a vraiment une grande instabilité. Aussi, il ne faut pas oublier que c'est une région qui a connu la guerre, qui a connu les rébellions depuis longtemps.
Et ça, ça, ça ravive quelquefois des traumatismes psychologiques.
Il y a aussi la proximité avec la Guinée-Bissau, vous connaissez la situation là-bas.
Et donc, comme les frontières sont poreuses et que les gens circulent, c'est très facile de transporter la drogue à travers tous ces échanges.
Mais ce que nous devons faire, c'est vraiment faire une barrière psychologique, puisque la barrière physique est très difficile de la mettre.
Mais psychologiquement, nous pouvons aider nos jeunes et les protéger contre la drogue.
DW : Et on parle de quelle drogue exactement ?
On appelle cette drogue « kush ». C'est presque comme le chanvre, surtout à l'intérieur des villes comme Freetown.
À l'intérieur, il y a beaucoup de cas de jeunes - et pas seulement des jeunes, il y a aussi des grandes personnes - désespérés.
DW : Que ressentez-vous quand vous voyez ces personnes? Parce que c’est une drogue forte…
Notre mission première n'est pas seulement d'éradiquer la faim, mais on ne peut pas éradiquer la faim dans une communauté qui connaît ces frictions.
Nous estimons que nous ne devons pas tourner le dos aux problèmes de société, nous devons comprendre les problèmes de la société et ensuite, nous avons des interventions.
Par exemple, nous avons un projet appuyé par le BMZ (ministère allemand de la Coopération).
C'est un projet qui appuie les jeunes filles au niveau des institutions universitaires pour les accompagner, les aider et les protéger contre les violences sexuelles basées sur le genre.
Cela inclut aussi [lutte contre] la drogue.
Mais nous pensons aussi que dans l'avenir, nous pouvons aussi investir aussi pour les garçons, pour les sensibiliser, que ce soit au niveau des écoles primaires, des écoles secondaires, des écoles universitaires et des jeunes aussi qui ne sont pas à l'école pour les protèger contre la drogue.