1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

Les Etats-Unis misent sur sécurité et commerce au Sahel

4 février 2026

Interview avec Gnaka Lagoke sur la nouvelle politique américaine au Sahel. Il est maitre de conférences en Histoire et Etudes Panafricaines à la Lincoln University en Pennsylvanie.

USA Pennsylvanie | Dr. Gnaka Lagoke de la Lincoln University
Le Dr. Gnaka Lagoke estime que les Etats de l'AES peuvent avoir intérêt aussi à relancer le partenariat avec les Etats-Unis Image : privat

La visite au Mali, cette semaine, de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, marque le retour de Washington au Sahel. Mais les Etats-Unis opèrent un repositionnement stratégique dans la région, sur trois axes majeurs :  un virage vers une diplomatie axée sur le commerce, notamment des minerais, un recentrage sécuritaire, avec la réduction de la présence militaire permanente, et un désengagement de l’aide humanitaire au profit de partenariats économiques et sécuritaires ciblés.  

Interview avec Gnaka Lagoke

DW : Dr. Gnaka Lagoke, Nick Checker s’est donc entretenu avec le ministre malien des Affaires étrangères et Assimi Goïta lors de sa visite à Bamako. Qu’est-ce qui change, avec l’administration Trump, dans la politique étrangère américaine dans le Sahel ? Quels sont ses objectifs en Afrique de l’Ouest ?

Quand le président Bazoum avait été renversé [au Niger], et on s'était déjà rendu compte que là où la France était en train de mobiliser son conseil de guerre pour aller remettre Mohamed Bazoum au pouvoir, les Etats-Unis ont décidé d'avoir une stratégie un peu différente.

Et donc ils ont observé. C'est après que les nouvelles autorités du Niger ont demandé aux Etats-Unis de fermer leur base et de quitter le Niger. Mais l'Amérique n'a pas voulu s'engager dans une politique de va-t-en-guerre contre le Niger. Ça, c'était déjà sous Joe Biden.

Et donc je crois qu'aujourd'hui, dans le contexte de la guerre entre les puissances, la Russie et la Chine, l'État profond a voulu expliquer au président américain qu’il faut mettre l'accent sur les questions sécuritaires et sur les questions économiques, parce que cette région de l'Afrique regorge de nombreuses ressources.

Il y a des minerais dont l'Amérique a besoin et c’est un des objectifs assez importants de la politique étrangère des Etats-Unis.

On l’a vu au Venezuela, on le voit aujourd'hui en Iran, on le voit en République démocratique du Congo, et c'est la même chose dans les États du Sahel.

 

DW : Pourquoi les Etats-Unis ont-ils choisi le Nigeria, dorénavant, comme partenaire privilégié en Afrique de l’ouest, maintenant qu’il n’y a plus de bases militaires permanentes de l’armée américaine au Niger, notamment ?

Quand le président américain Donald Trump a voulu voler au secours des chrétiens qui, d'après ce que lui-même a dit, seraient tués par les islamistes au Nigeria, nous avons vu qu’avec l'accord des autorités nigérianes, l'Amérique est allée bombarder certaines régions du nord.

Et, sur la base de ce que nous avons entendu, ce n'est pas avec quelques bombardements que l'Amérique peut déraciner les bases des militants islamistes dans cette région. De nombreux analystes sont d'accord que la véritable raison, c'était soit le pétrole du Nigéria, soit les [autres] ressources du Nigeria.

Et donc c'est la même logique sécuritaire et économique qui pousse à l'Amérique de Donald Trump à faire ce qu'elle est en train de faire [au Sahel]. Certainement que cela va conduire à la mise sur pied de certaines bases militaires dans la région.

Et je sais que celles qui étaient au Niger s’étaient déplacés entre le Bénin et la Côte d'Ivoire.

 

DW : Et quels avantages peuvent espérer retirer les Etats de l’AES à coopérer avec les Etats-Unis de Donald Trump ?

Il faut apprécier le fait que l'Amérique donne une possibilité de négociation, de discussion au pays de l’AES que la France et l'Union européenne ont voulu présenter comme des parias. Donc, ça, c'est le premier avantage. Le deuxième avantage c'est que, que ce soit dans le débat entre l'Occident et les pays des Brics, cela donne toujours la possibilité du choix aux pays africains.

Et donc les États-Unis, naturellement, voudraient profiter de la tension qui existe avec les pays de l'Union européenne pour pouvoir poursuivre leurs intérêts particuliers et donc cela pourrait, profiter aux pays de l’AES, si les gens savent bien négocier, dans la mesure où un des éléments assez importants dans le discours américain, c'est le respect de la souveraineté du Mali et des pays de l’AES.

C'est un discours, euh, qui va certainement faire plaisir aux gens dans la région.

Mais sur la base de mes informations il y a des réseaux qui impliquent la France, les États-Unis et puis bien d'autres et qui voudraient voir un changement de régime au Mali et au Burkina et au Niger.

Est-ce que c'est une tactique de duplicité? L'histoire nous le dira. 

Passer la section Sur le même thème
Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW